U INTRODUCTION
Dieu, il en est vraiment ainsi : la liberté règne dans tous les pays éclairés par TÉvangile : il n'y a plus d'esclaves en terre chrétienne. Cependant la question de Tesclavage est encore agitée. Elle n'inquiète plus personne dans le présent : on Tétudie avec ardeur dans le passé. Sans tenir compte des livres savants et sincères dont j'ai nommé les auteurs, une récente école historique a entrepris de contester la part qui revient au christianisme dans la destruction de l'esclavage et, en général, dans le progrès intellectuel, moral et social accompli depuis dix-huit siècles. A la tête de cette école s'est placé r M. Havet, et son livre sur le Christianisme et ses ^ origines en est le plus remarquable manifeste. Je it n'entreprendrai pas de réfuter cette œuvre pas- ^ sionnée, digne de son auteur par le talent qui y r éclate et les brillants morceaux de critique littéraire j dont elle est semée, mais où la critique historique se montre à la fois si audacieuse et si fragile. J'en ^ veux détacher seulement quelques lignes, qui ont :^ rait à la question que j'ai posée en commençant :
<r II n'y a pas, dit M. Havet, de plus grand ^ exemple des illusions que peuvent se faire les croyants, que leur obstination à faire honneur au' cliristianisme et à l'Église de l'abolition de l'escla- ; vage ; quand il est certain que l'esclavage antique a subsisté dans l'oniipire chvfeUew comme dans l'em- ^W? païen, qu'il a duré assez a\w\\\. à^w^V wx^^^^ssv*.
INTRODUCTION. lU
âge..., que l'esclavage des noirs s'est établi sous le règne de l'Église..., et qu'à l'heure qu'il est la Papauté, qui condamne si facilement et si imprudemment tant de choses, n'a pu encore se résoudre à le condamner. L'Église a régné dix-huit cents ans. et l'esclavage, la torture, l'éducation par les coups, bien d'autres injustices encore, ont continué tout ce temps, de l'aveu de l'Église et dans l'Église : la philosophie hbre n'a régné qu'un jour, à la fin du XVIII" siècle- et elle a tout emporté presque d'un seul coup*. ^
Je n'ai point à relever les erreurs de détail que contiennent ces paroles : qu'il me suffise, pour en signaler une seule, de rappeler les protestations des papes contre la renaissance de l'esclavage à la fin du XV* siècle, les bulles de Pie II en 1462, de Paul III en 1557, d'Urbain VIII en 1639, de Benoît XIV en 1741, citées elles-mêmes dans un acte pontifical trop récent pour être oublié, une bulle de Grégoire XVI, datée du 3 novembre 1839, dans laquelle la servitudfe et la traite des noirs sont condamnées avec une vigueur vraiment apostolique. Je m'arrête seulement ici à l'idée générale du passage qui vient d'être reproduit. En le lisant, on sent que la question si rapidement tranchée dans ces lignes est de celles qui n'ont pas perdu le don
Ce CArisiianùime et tes oriffines, t. I, Introduction, p. \XU