‹ Les Essais de Michel de MontaigneChapitre 118 sur 449 · PAR DIVERS MOYENS ON ARRIVE A PAREILLE FIN · texte numérisé non relu

PAR DIVERS MOYENS ON ARRIVE A PAREILLE FIN

P. 3, 1. 6. Edouard). Il s'agit du Prince Noir (the Black Prince), le fils d'Edouard EU, et le père de Richard II. Le siège de Limoges dont il est ici question est le siège de 1370. L'anecdote que Montaigne rapporte se trouve longuement développée chez Froissart : « Là eussiez veu très grand' pitié, car hommes, femmes et enfans, se gettoyent à deux genoux devant le Prince, en criant merci, mais il estoit enflammé de si grand' ardeur, que point n'y entendoit : ne nul, ne nulle, n'estoit ouy, mais tout mis à l'espee, quant qu'on trouvoit et rencontroit, & mesmes ceux & celles, qui point n'en estoyent coupables... Quand ils (Messire Jehan de Villemur, Messire Hugues de la Roche, & Roger de Beaufort, fils au Comte de Beaufort, Capitaines de la Cité) veirent la tribulation & la pestilence qui ainsi couroit sur eux & sur leurs gens ils dirent, Nous tous serons morts, si nous ne nous défendons. Or nous vendons chèrement, ainsi que tous Chevaliers doivent faire... Et firent ces trois François plusieurs appertises d'armes : & les laissèrent tous les autres convenir : &: mal pour ceux, qui se fussent tirés avant. Le Prince en son chariot vint celle part : & les regarda moult voulontiers : & se rappaisa & adoucit, en eux regardant, moult fort... Si donna le Prince congé à toutes ses Gens-d'armes : & n'en fit pour celle saison plusavant. Car il ne se sentoit bien à son aise : ains

tousjours aggravoit sa maladie : dont ses frères & ses gens estoyent tous ébahis.» (Éd. de 1559, i, 289.) Il faut noter d'ailleurs que, d'après Froissart et contrairement à l'allégation de Montaigne, si le Prince de Galles fit grâce aux trois gentilshommes, il n'épargna pas les habitants.

P. 4, 1. 9. Scandcrberg). Souvenir probable d'un ouvrage de Paul Jove intitulé : Commentarii délie cose de' Tiirchi con gli fatti e la vita di Scanderberg (^1541), ouvrage qui avait été traduit en français par Gaulteron (Paris, 1544), sous ce titre : Commentaires d'aucunes choses des Turcs et du seigneur George Scanderberg, prince d'Épire et d'Albanie, contenant sa vie et les victoires par lui obtenues. On lit dans la traduction de Gaulteron : « Parlant ung jour Scanderberg avec ses soldatz de faire quelque entreprise d'importance, le soldat desprouevement respondit, & avec tant d'insolence, quïl le feit entrer en coUere, de sorte, que meit la main à l'espee & courut subitement pour le frapper. Mais le soldat tourna légèrement le cheval & se meit à fouyr, toutesfois Scanderberg le suyvit jusques a une rivière, laquelle ne pouvant le soldat passer tourna bride, & mettant la main à l'espee, avec bonnes & humbles parolles deit, que pour leaue, ne pouvoit plus oultre courir, & qu'il estoit contrainct deffendre sa vie. Ce voyant Scanderberg qui auroit voluntiers recouvert ung homme.

ESSAIS DE MONTAIGNE

d'ung tel vouloir & courage, pour autant d'argent qu'il pesoit plus tost que de le perdre, considère mesmes la grant révérence qu'il luy portoit, tout commeu de pitié luy deit, vien avec moy & ne te soucie sinon de faire bonne chère, car je ne te nuyray aucunement. » fxLii fin, éd. italienne de 1541, f" 49 V. )

P. 4, 1. lé. L'Empereur Conrad). Cf. Bodin, Methodus adfacilem historiaruni cognitionein : « Laurentius Medices a morbo convaluisse dicitur ex ejus historié narratione quit fertur de Conrado tertio imperatore qui cum Guelphum Bavariœ ducem obsidione diuturna fregisset, nec ullis conditionibus a proposita susceptaque urbis eversione deduceretur, ad extremum victus nobilium feminarum precibus, permisit ut inviolats abirent, ea lege ut nihil ex urbe, nisi quod humeris possent, exportarent. tum illae confidentia majore dicam an pietate, ducem ipsum, maritos, liberos, parentes ab humeris suspensos gestare cœperunt : ex quo imperator tantam voluptatem cœpit, ut effusis pra; gaudio lachrymis, non modo feritatem & iracundiam ex anime penitus deposuerit, verumetiam urbi pepercerit, & amicitiam cum hoste omnium acerrimo traxerit. » (Proœmium.) Il s'agit de Weinsberg, ville de la Haute-Bavière, assiégée en 1 140. L'anecdote vulgarisée par Bodin a été répétée par Droit de Gaillard dans sa Méthode de l'histoire (1579). On la retrouve encore chez Coignet : Instruction aux princes pour garder la foy promise (1584, p. 104); Coignet a pu la prendre aussi bien chez Montaigne que chez Bodin ou chez Ciroit de Gaillard.

P. 4, I. 30. Passion vitieuse). Voir entre autres Sénèque, De clément iâ, v.

P. 5, 1. 14. Le peuple thebain). Cf. Plutarque, Comment on se peult louer soy mesinc. « Estans leurs capitaines accusez de ce que le temps de leur office expiré, ils ne s'en estoient pas incontinent retournez, selon les loix du pais, ains estoient entrez en armes dedans la Laconie, avoient repeuplé la ville de Messene, à peine absolurent Pelopidas, qui plioit à telles objections, & les supplioit : Et au contraire, Epaminondas qui vint à raconter magnifiquement les braves choses qu'il a voit faittes en ce voiage... ils n'eurent pas le cœur de prendre seulement les

ballotes en mains pour donner sentence contre luy, ains se départirent de l'assemblée, en louant grandement sa haultesse de courage, & s'esjouissant & riant d'avoir ainsi ouy parler ce personnage. » (v, f° 139 r°.) Cf. encore Les dicts notables des anciens Roys, Princes, et grands capitaines. (F° 201 v°.)

P. 5, 1. 24. Dionysiiis). Cf. Diodore de Sicile, trad. Amyot : « Entre les prisonniers fut pris aussi le capitaine Phyton, & son filz, que Dionysius feit noyer. Et le lendemain feit premièrement attacher & lier le père sur la plus grande & la plus haulte machine de batterie qu'il eust, comme voulant faire un exemple notable de vengeance tragique, & luy envoya dire par un serviteur, comme le jour de devant il avoit feit noyer son filz dedans la mer : Phyton respondit, qu'il en avoit esté plus heureux que son père d'un jour : puis le feit le tyran trainner par toute la ville, en le fessant & fouettant le plus ignominieusement qu'il luy estoit possible : suyvant derrière luy un sergent, lequel alloit criant à haulte voix, que Dionysius le faisoit ainsi chastier & punir estrangement, pource que c'estoit luy qui avoit mis en teste à ses citoyens de soustenir la guerre contre luy. Mais Phjnon s'estant porté en homme de bien & bon capitaine durant le siège : & ayant vescu toute sa vie en honneur, endura aussi constamment & vertueusement la peine que le tyran luy feit souffrir à sa mort; car il eut le courage tousjours constant & ferme, sans jamais fleschir, & sans se perdre : criant à haulte voix qu'il enduroit la mort pour n'avoir voulu trahir son pays, & le livrer entre les mains du tyran, & que dedans peu de jours les Dieux feroient la vengeance de sa mort : & fut sa constance telle qu'elle feit pitié & compassion aux soudards mesme de Dionj'sius : de sorte qu'il y en avoit qui commençoient ja à murmurer contre luy. Parquoy Dionysius craignant que quelques uns à la fin ne prissent la hardiesse de l'aller oster par force aux bourreaux, cessa de le faire plus martyriser, & le feit noyer dedans la mer, avec tous ceulx de sa parenté. » (XIV, xxix, éd. de 1554, f" 173 r°.)

P. 6, 1. 17. Pompeius). Cf. Plutarque, Instruction pour ceulx qui manient affaires d'estat : « Comme feit aussi Pompeius envers Sthenon , son hoste ; car

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