LIVRE I, CHAPITRE I
aiant proposé de punir aigrement les Mamertins de ce qu'ils s'estoient rebellez contre luy, Sthenon luy dit... Ces paroles touchèrent tellement au cœur de Pompeius, qu'il pardonna à la ville, & se porta humainement envers Sthenon : & l'hoste de Sylla, ayant usé de semblable vertu... car Sylla aiant pris la ville de Péruse, condamna tous les habitans à mourir, excepté son hoste, auquel il pardonna pour l'ancienne alliance d'hospitalité qu'il avoir avec luy : mais son hoste luy respondit qu'il ne vouloit point estre tenu de sa vie au meurtrier de son pais, & se jetta parmy la trouppe de ses citoiens que Ion massacroit, où il fut meurtry quant & eulx. » (xvii, f° 172 r°.)
Par erreur Montaigne dit Zenon au lieu de Sthenon ; ailleurs Amyot appelle encore ce même personnage Stennius ou Sthenis.
P. 6, 1. 24. Alexandre). Cf. Quinte-Curce : « Innixus telo, nondum prioris vulneris obducta cicatrice, inter primores dimicat, ira quoque accensus, quod duo in obsidione urbis ejus acceperat vulnera. Betim, egregia édita pugna, multisque vulneribus confectum deseruerant sui : nec tamen segnius prœlium capessebat, lubricis armis suo pariter atque hostium sanguine. Sed cum undique telis est circumductus, insolenti gaudio juvenis elatus, aliàs virtutem etiam in hoste miratus, tune inquit, Non, ut voluisti, morieris, Beti : sed quicquid tormentorum in captivum inveniri potest, passurum esse te cogita. Ille non interrito modo, sed contumaci quoque vultu intuens regem, nullam ad minas ejus reddidit vocem. Tum Alexander, Videtisne obstinatum ad tacendum? inquit. Nom genu posuit? Num supplicem vocem misit? Vincam tamen silentium, & si nihil aliud, certè gemitu interpellabo. Ira deinde vertit in rabiem, jam tum peregrinos ritus nova subeunte fortuna. Per talos enim spirantis lora trajecta sunt, religatûmque ad currum traxere circa urbem equi... » (IV, VI, éd. de 1545, p. 38.)
P. 8, 1. 2. Nil! nefeiit veu). Cf. Diodore de Sicile : « Les Thebains retenans jusques au dernier souspir l'amour de la liberté, tant s'en falloit qu'ilz cherchassent de sauver leurs vies, que en quelque lieu qu'ilz rencontrassent les ennemys par la ville, ilz
s'attachoient à eulx, & les prouvoquoient voulussent ou non à les ferir & tuer : car encore après que la ville fut prise, iamais n'y en eut pas un qui requist qu'on lui sauvast la vie, ne qui se meist laschement à genoux pour demander mercy : mais aussi l'affliction de leur vertu ne trouva aucune pitié vers les ennemys, & ne suffit pas la longueur du jour pour assouvir la cruaulté de leur vengeance... Si fut tué ce jour là plus de six mille Thebains, & y en eut plus de trente mille de prisonniers. » (XXVII, IV, f° 262 r°.)
Chronologie : A cause de la place qu'il occupe on pourrait être tenté de penser que cet essai est le plus ancien de tous. Je crois qu'il n'en est rien. En effet : 1° s'il ouvre le volume c'est très probablement parce qu'il conclut que l'homme est «ondoyant & divers», et parce que Montaigne tient très particulièrement à insister sur l'inconstance humaine. Cette idée conclut l'édition de 1580 (Cf. II, xxxvii, fin); elle ouvre également le second livre (c'est l'idée maîtresse de l'essai II, i). La place occupée par l'essai I, i ne nous renseigne donc aucunement sur sa date de composition. 2° Deux exemples pris à la traduction des Œuvres morales de Plutarque (le peuple thebain, p. 5, 1. 14, et Pompeius, p. 6, 1. 17) ne peuvent être antérieurs à la fin de 1572, date de publication de cette traduction. Or certains essais (I, XX, par exemple) sont du début de 1572. 3° L'exemple de Conrad III, pris à l'ouvrage de Bodin intitulé : Meîhodus ad facilein historiarum cognitionem , ne semble pas être sensiblement antérieur à 1578.
L'examen de ces faits suggère diverses suppositions entre lesquelles il est difficile de choisir. On peut penser qu'un premier essai, très rudimentaire, composé surtout des exemples d'Edouard et de Scanderberg, a été écrit au début de 1572; que plus tard, vers 1573, par exemple, les emprunts à Plutarque sont venus se joindre à ce noyau primitif et ont donné au chapitre sa véritable signification; qu'enfin vers 1578 Montaigne a ajouté l'exemple pris à Bodin. C'est l'hypothèse que préfère M. Lanson (Cf. Revue d'histoire littéraire de la France, oct. 1908, p. 75e, note 2). Elle suppose que l'essai a été composé en
ESSAIS DE MOKTAIGKE.
trois fois. Peut-être encore a-t-il été écrit en deux fois : l'ensemble daterait des environs de 1573; l'anecdote de Conrad serait venue plus tard. Cette hypothèse, plus simple que la précédente, aurait l'avantage de supposer cet essai contemporain de l'essai II, i, De l'inconstance de nos actions, qui présente une morale analogue. Enfin on peut se deman-
der si l'essai tout entier n'a pas été composé vers 1 578, à l'époque où Montaigne connaissait l'exemple de Conrad III par la lecture de Bodin. J'incline, pour ma part, à préférer ces deux dernières hypothèses qui me paraissent plus simples que la première, mais toutes deux me semblent à peu près aussi probables l'une que l'autre.
Chapitke II.