Chapitre XI
QVE LE GOVST DES BIENS ET DES .\1A\ X DEPEND EN BONNE PARTIE DE L OPINION QVE NOVS EN AVONS.
P. 58, 1. I. Les hommes). Cf. Épictète, Manuel, X; mais très probablement Montaigne a pris cette sentence chez Stobée. Elle était inscrite en grec sur les parois de sa bibliothèque. « 'Xxzi.zzv. ■:: jç avôpoi-ïj,, z'j -ri ::px-;;j.ïTX. a/./.i -ri r.iy. twv zpa-'iii-rwv «--uâta. Perturbant homines non res ipsie, sed rerum opiniones. » (Stobée, sermo 117, p. 598.)
P. 59, 1. 17. L'unique port). Cette expression et les suivantes sont directement inspirées des Épitres de Sénèque, bien qu'elles ne soient pas exactement traduites.
P. 59, 1. 23. Mors uliihim). « O mon, plût à Dieu que tu dédaignasses d'enlever les lâches à la vie, et que la vertu seule te pût donner! » (Lucain, IV, 580.)
P. 59, 1. 25. Tlieodorus). Cf. Cicéron, Tusc. : « Magnum vero, inquit, efficisti, si cantaridis vim consecutus es. » (V, XL; t. IV, 183.)
P. 60, 1. 4. Personnes populaires). Sans cesse Sénèque appuie sa démonstration sur des exemples pris aux gens du commun. On peut voir un mouvement tout semblable dans l'épitre 70, et la conclusion que Sénèque tire de ces exemples est tout à fait analogue à celle qu'on trouve chez Montaigne. « Quod animi periti noxiosique habent, non habebunt illi quos adversus hos casus instruxit longa meditatio, & magistra rerum omnium ratio. »
P. 60, 1. II. Un qu'on menait au gibet). Cf. Henri Estienne, Apologie pour Hérodote : (c De combien ovons-nous parler tous les jours ausquels le bourreau a donné le saut pendant qu'ils gossoient encores... L'autre, à messire Jean, qui luy dit. Mon ami je vous as.seure que vous irez souper aujourd'hui avec Dieu,
rcspond, Allez-y vous mesmes : car quant a moy je jeusne : ou, Allez-y souper pour moy, & je payeray vostre escot. Un autre estant à l'eschelle, demande à boire, & puis le bourreau ayant beu le premier, il dit qu'il ne bevra ja après luy : pour ce qu'il ha peur de prendre la vérole. Un autre allant au lieu du supplice dit qu'il se gardera bien de passer par telle ou telle rue : pource qu'il a peur de prendre la peste. Un autre dit, Je ne passeray point par ceste rue-là : car j'y doy de l'argent, & pourtant je crain qu'on ne m'arreste au corps. Un autre dit au bourreau estant prest à le jetter, Regarde bien que tu feras, car si tu me chatouilles en me touchant, tu me feras tressaillir. Mais entr'autres contes qui se font sur ce propos, cestuy-ci est fort commun, du Picard, auquel ja estant à l'eschelle, on amena une povre tille qui s'estoit mal gouvernée, en luy promettant qu'on luy sauveroit la vie s'il vouloit promettre sur sa foy &; sur la damnation de son ame qu'il la prendroit à femme : mais entr'autres choses l'aj-ant voulu voir aller, quand il apperceut qu'elle estoit boiteuse se tourna vers le bourreau, & lui dict. Attaque attaque, elle cloque. Or me souvient-il qu'un jour en la ville d'Ausbourg, soupant en la table du feu evesque de Vienne, Charles Marillac, alors ambassadeur pour le Roy, ce conte avant esté faict, un gentilhomme Alemand qui estoit en la compagnie, nous en conta un fort semblable d'une chose advenue au pays de Dannemarc, asçavoir d'un qui avoit esté condamné d'avoir la teste tranchée, & ja estoit sur l'eschafaut : auquel ayant esté amenée pareillement une fille qui avoit esté de mauvais gouvernement, & luy ayant esté proposé la mesme