I, XXIV, I
P. 253, 1. 14. 0 misera). «O mon frère! que je suis malheureux de t avoir perdu! Avec toi ont péri d'un coup toutes nos joies et ce charme que ta douce amitié répandait sur la vie. En mourant, frère, tu as brisé tout mon bonheur, mon âme est descendue au tombeau avec la tienne; depuis que tu n'es plus, j'ai dit adieu à l'étude et à tous les plaisirs de l'esprit. Ne pourrai-je donc plus te parler ni t'entendre? Jamais donc plus je ne te verrai, ô frère qui m'étais plus cher que la vie? Ah! du moins, je t'aimerai toujours! » (Catulle, lxviii, 20, et lxv, 9.) Pour les trois derniers vers Montaigne a modifié l'ordre des vers et, au cinquième a substitué le mot «anima» à « domus ».
P. 253, 1. 25. Mis en lumière). Un fragment de la Servitude ivloiitaire avait paru dans le Rcvcille-matin des François (1574), et elle avait été publiée en entier dans les Mémoires de l' Estât de France sous Charles IX (1576). Dans ces deux recueils \^ Servitude volontaire était jointe à des pamphlets protestants contre la monarchie des ^'alois, qui lui donnaient un sens séditieux. Sur la signification véritable du Contr'un on peut voir les articles de M. Armaingaud et les différentes réponses qui y ont été faites : Montaigne pamphlétaire; l'Enigme du Contr'un (Hachette 1910).
P. 254, 1. 9. Estre na\ à Venise). Voir à ce sujet dans la Senntude volontaire la longue comparaison que La Boétie institue entre le gouvernement de \'enise et celui des Turcs {Œuvres de La Boétie, éd. Bonnefon, p. 24).
Chronologie : La première partie de l'essai, celle où Montaigne annonce la publication du Contr'un de I-a Boétie, doit ne pas être postérieure à 1576, date à laquelle le Contr'un parut dans les Mémoires de l'Estat de France. La .seconde partie, celle où il déclare qu'il a renoncé à son projet parce que le discours de son ami a été publié « à mauvaise fin », ne peut pas être antérieure à cette même année 1576. C'est en effet l'apparition des Mémoires de l'Estat de France sous Charles IX qui dut amener ce revirement dans les intentions de Montaigne, parce que dans
cet ouvrage le morceau de La Boétie était inséré au milieu de libelles séditieux et était assimilé à ces libelles. Il est vrai que deux ans auparavant, en 1574, les protestants avaient déjà mêlé un fragment du Contr'un à un de leurs pamphlets les plus violents, le Réveille-matin des François; toutefois le fragment qui en avait paru à cette occasion était fort court; il est probable que cette publication n'aurait pas suffi à détourner Montaigne de son projet. C'est donc bien, suivant toute vraisemblance, la première édition des Mémoires de l'Estat de France qui détermina ce changement. On a supposé, sur la foi de L'Estoile,' que cette première édition avait paru en octobre 1574. Mais les indications chronologiques de L'Estoile sont parfois erronées; aucune trace ne semble subsister d'une édition de 1574; enfin j'ai actuellement entre les mains deux éditions, l'une de 1576, l'autre de 1578 : or l'édition de 1578 porte au titre la mention « deuxième édition » . Nous pouvons donc conclure que la première édition est celle de 1576, et que l'année 1576 est bien la limite qui sépare les deux parties de l'essai De l'amitié. On a proposé une date plus précise pour la première partie de cet essai. Montaigne y fait allusion à un peintre qui travaille chez lui : « Considérant la conduicte de la besoingne d'un peintre que j'ay, il m'a pris envie de l'ensuivre. » M. Bonnefon estime que la phrase a été écrite à une époque où Montaigne a fait peindre sa bibliothèque. D'autre part, il pense pouvoir déterminer cette époque par la tameuse inscription qui nous apprend la résolution de Montaigne de vivre dans la retraite. Elle était peinte sur la muraille de sa bibliothèque, et elle portait la date du i" mars 1571 : c'est, pense M. Bonnefon, que le peintre auquel Montaigne fait allusion ici a exécuté son travail au début de l'année 1571 et, par conséquent, que le chapitre De l'amitié date du début de 1571. Mais cette argumentation ne me semble aucunement probante. Rien ne prouve qu'au moment où Montaigne écrivait .son peintre fût occupé dans sa « librairie » plutôt que dans toute
' Cl'. r.inicle Je M. P. Bouiiefon dans h Revut [vUlitjue et parleinlaire (janvier 1907).