LIVRE II, CHAPITRE XII
P. 290, I. 25. Si in corpus). «Si l'àme s'insinue dans le corps à la naissance, pourquoi ne nous souvenons-nous pas du passé? pourquoi ne conser\-onsnous aucune trace de nos actions antérieures? » (Lucrèce, III, 671.) Le texte est celui de l'édition Lambin, p. 238.
P. 291, 1. 7. Comme di soit Platon). Dans le Phàion, XVIII, p. 73; éd. de 1546, p. 498. Dans la préface d'un ouvrage paru à Bordeaux en 1578 et connu de Montaigne qui lui a fait des emprunts dans ï Apologie, on trouve une courte réfutation de la doctrine platonicienne de la connaissance, et dans cette réfutation se rencontrent les arguments mêmes que Montaigne indique ici : « Si on devenoit savant par la seule exercitation du corps, il s'ensu)^'roit qu'on n'auroit besoing de doctrine, et que l'erreur n'auroit aucun lieu en l'âme (pourveu que les sens extérieurs fussent entiers et sains) qui sont deux conclusions notoirement absurdes... Quant à l'erreur quel lieu peut il avoir en l'âme si elle sçait tout, pourveu que les sens extérieurs ne l'abusent, en lui représentant une chose pour autre? Elle pourroit bien ignorer ce qu'elle n'auroit encores descouvert ou recogneu : mais ce n'est pas errer, car au moins, ce qu'elle sçauroit, comme tout sçavoir est véritable, seroit vray... » (Joubert, Erreurs populaires au faict de la médecine.^ Il est possible aussi que Montaigne se souvienne des Dialogues de Guy de Brués où Ronsard défendait la théorie platonicienne attaquée par Baïf, le porte-parole des académiciens : « En nostre ame sont divinement ennées les notices de ce que nous pensons aprendre, lors qu'elle revient tant seullement à soy mesmes... Puisque l'ame est dans le corps comme dans une obscure prison, et qu'elle est contraincte d'y demeurer, à raison de la liaison qu'il y a de l'une avec l'autre, elle ne peut nullement revenir à soy ny apprendre aucune chose, sans l'ayde et moyen des sens.» (P. 104.) Et plus loin (p. iio) Baïf réplique comme Montaigne : « Pourquoy donq ne sçavons-nous sinon ce qu'on nous a monstre, et nous avons apris par nostre diligence ? »
P. 291, 1. 23. Nam, si tantopere). « Car si le changement est si grand que l'âme ne conserve aucun souvenir de ce qu'elle a fait, son état, à mon avis.
ne diffère guère de la mort. » (Lucrèce, III, 674.) L'édition Lambin, p. 235, écrit longiter.
P. 292, 1. 14. Platon). Dans la République : « Quoscumque aliis injurias intulisse constaret, pœnas sin^ gillatim pro quolibet decies reddidisse, id est spatio annorum centum : quasi \ïxc vitœ humana; sit meta.» (X, p. 615; éd. de 1546, p. 699.)
P. 292, 1. 25. Gigni). «Nous sentons qu'elle naît avec le corps, qu'elle croît et vieillit avec lui. » (Lucrèce, III, 446.)
P. 293, 1. 6. Mentem sanari). « Nous voyons que l'esprit se guérit comme le corps malade et qu'il peut être traité par la médecine. » (Jd., III, 509.)
P. 293, 1. II. Corpoream naturani). «Il faut bien que l'âme soit corporelle, puisqu'elle est sensible aux impressions du corps. » (^Id., III, 176.)
P. 293, 1. 21. Vis animai). «L'âme est troublée, bouleversée, brisée par la force de ce poison. » (/c/.,
p. 294, 1. 5. Fis inorl'i). «Le mal en se répandant dans les membres, trouble l'âme et la tourmente, comme le souffle impétueux des vents fait bouillonner la mer écumante. » {Id., III, 491.) Le texte est celui de l'édition Lambin, p. 223.
P. 294, 1. 19. Morbis in corporis). « Souvent dans les maladies du corps, la raison s'égare, ses propos marquent de la démence et du délire; quelquefois une pesante léthargie plonge l'âme dans un assoupissement profond et éternel; les yeux se ferment, la tête s'abat. » (Jd., III, 464.)
P. 295, 1. 4. Souvant en leurs discours). Par exemple chez Cicéron dans les Tusculams, I, xi, que Montaigne a lues après 1588, à l'époque où il écrivait ceci.
P. 295, 1. 10. Quippe etenim). « Et en effet c'est une folie, d'unir le mortel à l'immortel, de croire qu'ils puissent s'accorder ensemble et se prêter de mutuels offices. Que peut-on en effet imaginer de plus dissemblable, de plus opposé et de plus incompatible que ces deux .substances, l'une périssable, l'autre indestructible, que vous prétendez réunir, pour les exposer ensemble aux plus terribles orages! » (Lucrèce, III, 801.) Le texte est celui de l'édition Lambin, p. 245. Lambin cite dans son Commentaire
2éO
ESSAIS DE MOXTAIGXE.
les opinions d'autres philosophes qui ont développé le même argument.
P. 295, I. 17. Simili a-vo). « Elle saflaisse avec lui sous le poids de l'âge. » (Id., III, 459-)
P. 295, 1. 18. Si'loii Zeno). Cf. Cicéron, De divinatione, IL lviii.
P. 295, 1. 20. Contrabi aniinnm). «Il voit dans le sommeil une contraction et comme une prostration et un affaissenient de l'àme. » {Id., ibid.)
P. 295, 1. 27. Non alio pacto). « De la même oianière que les pieds peuvent être malades sans que la tête éprouve aucune douleur. » (Lucrèce, III, 1 1 1 .) Le texte est celui de l'édition Lambin, p. 203.
P. 296, 1.2. Dit Arislote). Dans la Métaphysique, II, i; mais peut-être Montaigne a pris ceci chez Duplessis-Mornay, Traite de la vérité de ia religion chrétienne, xvi : «Quelques-uns eslevent l'œil de leur entendement en haut. Mais combien? et que voyentils? Certes, comme dit Aristote, ne plus ne moins que les chahouans au soleil. »
P. 296, 1. 5. Cicero dici). Dans les Ttiscnlanes, I,
P. 296, 1. II. Ce qu 'Aristote). Cf. Corneille Agrippa, De incertiludine et vanitate scientiariim : « Aristoteles... adeo nihil manifeste dicit, ut ejus interprètes adluic de ea re disputent, Alexander Aphrodiseus ait manifesto, eum immortalem posuisse animam, idem sentit ex nostris Gregorius Nax.ianzenus contra hos Piéton, & ex nostris Thomas Aquinas pro Aristotele digladiantur, illum de anima; immortalitate recte sentirc. Porro Averrois eximius ille Aristotelis commentator, hominem quemque propria anima pollere putat, sed mortali : mentem vero humananij seu intellectum dicamus esse, usquequaque ab omni tam anteriore quam posteriore parte a;ternam, sed omnibus heroibus, seu humanx- speciei, una qui tantum m vita uteremur, etc. » (lu.) Voir pour la même idée cidessus, p. 233, 1. 17.
P. 296, 1. 13. Rciii gratissiinani). «C'est une cho.se très agréable qu'ils promettent plus qu'ils ne la prouvent. » (Sénêquc, ép. 102.)
P. 297, 1. I. Coine dict Platon). Dans les Loix, x, p. 907; éd. de 1546, p. 878. Mais ce n'est pas le texte de Platon qui a dicté ces lignes à Montaigne.
P. 297, 1. 5. D'allonger son estre). Ce développement semble avoir été inspiré par la lecture des Tiiscitlanes, I, xiv-xv.
P. 297, 1. 16. Soninia siinl). « Ce sont là les rêves d'un homme qui dit ses désirs, mais qui ne démontre pas. » (Cicéron, Académiques, II, xxxviii.)
P. 298, 1. 8. Perdain sapienfiani). « Je confondrai la sagesse des sages, et je réprouverai la prudence des prudents.» (Saint Paul, Cor., I, i, 19.) Montaigne a sans doute pris cette citation dans la Cité de Dieu de saint Augustin, X, xxviii.
P. 298, 1. 15. Ipsa iitililatis). «Les ténèbres dans lesquelles s'enveloppe la connaissance de ce qui nous est utile sont un exercice pour l'humilité, et un frein pour l'orgueil.» (Saint Augustin, Cité de Dieu, XI, xxii.)
P. 299, 1. 2. Ciini de animarnin). « Lorsque nous traitons de l'immortalité de l'âme, nous cherchons surtout un appui auprès des hommes qui craignent ou qui honorent les dieux infernaux. Je tire parti de cette conviction générale.» (Sénèque, ép. 117.)
P. 299, 1. 9. Usiiram). «Ils nous accordent une longue durée comme aux corneilles : nos âmes doi- \ent vivre longtemps, mais pas toujours. » (Cicéron, Tnsculanes, I, xxxi.)
P. 299, 1. 12. C'a esté celle). Cf. à ce sujet la fin de l'essai précédent, II, xi. La source principale de ce passage nous a paru être dans le De incertitiidine et ■vanitate scientiariim de Corneille Agrippa, lu, à la fin ; là aussi Corneille Agrippa donne Pythagoras comme inventeur de la métempsychose, et il dit comme Montaigne : « Ethnici omnes qui animam immonalem asseruerunt, animarum transmigrationem communi consensu astruunt, et rationales animas ad rationis expertia corpora, et ad plantas usquc transmeare per temporum quosdam periodos... »
P. 299, 1. 19. Et lu\ disait). Cf. Diogène Lacrce, Vie de Pythagore : « Ut primum .(Ethalides fuerit, postea Euphorhus, deinde Hermotimus, ac postremo Pyrrhus effectus sit, ac deinde post Pyrrhum factum esse Pythagoram, omniumque memorasse quic prsdiximus. » (Mil, V, 526.) Cf. la citation d'Ovide dans l'essai II, xi, p. 1^7, 1. 2^
P. 299, texte 88, 1. iS. La nosire). Cf. César, De hello gallico, W, xmii.