‹ Les Essais de Michel de MontaigneChapitre 287 sur 449 · LIVRK II, CHAPITRE MI · texte numérisé non relu

LIVRK II, CHAPITRE MI

P. 284, I. 6. Ut hona s;vpe). «Comme lorsqu'on dit que la santé appartient au corps, sans que pour cela elle soit une partie de l'homme en santé. » (Lucrèce, III, 103.)

P. 284, 1. 9. Hic exultât). «Car c'est là qu'on se sent palpiter de crainte et de terreur, c'est dans cette région qu'on éprouve les douces émotions de la joie.» (Lucrèce, III, 142.)

P. 284, 1. 15. Oiia Jhcie). «Quelle tigure a l'âme et où elle loge, voilà ce qu'il ne faut pas chercher à connaître. » (Cicéron, Tiisciilanes, \, xxviii.)

P. 284, 1. 20. Chrysippus). Galien, De placilis Hippocraiis et Platonis, II, 11. Il est possible que Montaigne ait pris ceci chez Guy de Brués qui écrit dans ses Dialogues, p. 78 : « Chrysippe (met l'âme) partout le cœur et par les esprits qui sont alentour de luy. Il a dit aussi que le principal lieu de l'âme estoit au cœur, parce que quand nous voulons parler de nous, ou bien dire que quelque chose nous appartient, nous mettons la main à nostre cœur. Aussi qu'en profFerant le mot ego, c'est à dire moy, à la première sillabe nous baissons la basse mâchoire vers le cœur. » C'est chez Guy de Brués que Pierre de rOstal a pris ceci, pour l'insérer dans ses Discours philosophiques, p. 94.

P. 285, 1. 7. Les Stoiciens). Cf. Sénèque, Epîtres : « Qui existimant, animam hominis magno pondère extriti, permeare non posse, & statim spargi, quia non fuerit illi exitus liber. » (lvii, p. 140.)

P. 285, I. II. Aucuns tienent). C'est l'opinion d'Origène que Montaigne résume ainsi ; il l'a trouvée dans la Cite de Dieu, de saint Augustin, XI, xxiii, et surtout dans le Commentaire de Vives dont voici un passage caractéristique : « Hœ anima; propter nimios defcctus mentis crassioribus et solidioribus indiguere corporibus, propter quas etiam mundus iste visibilis constitutus est tantus ut omnes facile caperet quas in eo exerceri statutum erat. Cumque non omnes a bono xque recessissent, semina qua;dam et causas varietatis et diversitatis ille omnium conditor cepit ut pro diversitate peccatorum varium ac diversum mundum efficeret. » Et dans le texte de saint Augustin on lit encore : « Animas dicunt peccasse a conditore recedendo et diversis progressibus

pro diversitate peccatorum, a cœlis usque ad terras, diver.sa corpora quasi vincula meruisse... Quid stultius dici potest quam istum solem ut in uno mundo unus esset non decori pulchritudinis, vel etiam saluti rerum corpora num consuluisse artificem deum, sed hoc potius evenisse quia una anima sic pcccaverat, ut tali corpore mereretur includi. »

P. 285, 1. 18. Corne cîict PJutarque). Dans la Vie de Thésée : «Ainsi comme les Historiens qui descrivent la terre en figure, amy Sossius Senecion, ont accoustumé de supprimer aux extremitez de leurs Cartes, les régions dont ilz n'ont point de cognoissance, &: en cotter quelques telles raisons pa'- endroits de la marge : Oultre ces païs ici n'y a plus que protondes sablonnieres sans caue, pleines de bestes venimeuses, ou de la vase que Ion ne peult naviger, ou la Scythie déserte pour le froid, ou bien la mer glacée. Aussi en ceste mienne histoire... » (i, f"' i r".)

P. 285, 1. 25. // dejiiiit l'homme). Cf. Diogène Laërce, Fie de Diogène : « Plalone item definiente, Homo est animal bipes sine pennis, cùm placeret ista ejus definitio, nudatum pennis ac pluma gallum gallinaceum, in ejus invexit scholam dicens. Hic Platonis homo est. » (VI, xl, 368.)

P. 286, 1. 4. Premièrement imaginer). Pour toute cette critique de la physique épicurienne, cf. le De jinibus, I, et le Commentaire de Lucrèce par Lambin, passim.

P. 286, 1. 13. Ceus qui les poursuivent). Cf. Cicéron, De natura dcorum, II, xxxvu.

P. 28e, 1. 18. Dict Zeno). Id., ibid. : «Quod ratione utitur id melius est quàm id quod ratione non utitur : nihil autem mundo melius. Ratione igitur mundis utitur. Hoc si placet, jam efficies ut mundus optime librum légère videatur. Zenonis enim vestigiis hoc modo rationem poteris concludere, Quod literatum est, id est melius quàm quod non est literatum : nihil autem mundo melius. Literatus igitur est mundus. Isto modo etiam disertus, & quidem mathematicus, musicus, omni denique doctrina eruditus, postremo philosophus. S.-epe dixisti nihil fieri sine deo, nec ullam vim esse nature, ut sui dissimilia possit effingere. Concedam non modo animantem & sapientem esse mundum, sed fidicinem etiam i!s: tibicinem.

ESSAIS DE MONTAIGNE

quoniam eamm quoque artium homines ex eo procreantur. » (III, ix; t. IV, p. 229.) Les arguments de Zenon sont exposés dans le De nattira deorniii, II,

P. 287, 1. 12. Dit ailleurs). Dans le Premier Alcibiade, p. 129; éd. de 1546, p. 39.

P. 288, 1. 10. Nihil). « On ne peut rien dire de si absurde qui n'ait déjà été dit par quelque philosophe. » (Cicéron, De divinatioiie, II, LViii.)

P.- 288, 1. 24. Ce que Platon). Cf. Diogène Laërce, Vie de Platon, III, Lxvn, 224. Mais Montaigne a sans doute pris ceci dans les Dialogues de Guy de Brués contre les nouveaux académiciens : « Ils ont encore fait davantage, et divisé l'ame en plusieurs pièces, comme si l'ame estoit au corps. Platon l'a divisée en trois parties, ou facultés : en la raison, en l'ire et en la cupidité : il a mis la raison au cerveau, l'ire au cœur, et la cupidité au foie. Par mesme mo\'en ont plusieurs autres philosophes parti les âmes en trois parties, et en plusieurs autres facultés ou pars. Les autres ont pensé qu'il n'y avoit qu'une ame, laquelle par une seule faculté ratiocine, se souvient, comprend, juge, désire, et exerce toutes ses opérations par divers instrumens du corps : tout ainsi que le nocher gouverne son navire selon l'expérience qu'il a, ores tendant ou laschant une corde, ores haussant l'entene, et ores prenant l'aviron, sans qu'il ait qu'une mesme ame par laquelle il fait tout cela... Je ne doubte point, que le propre lieu de l'ame raisonnable, soit au cerveau, ce que nous voyons par eftect, car lors que le cerveau est en quelque endroit offensé, lors aussi les opérations de l'ame sont lézées : d'où viennent l'oubly, la folie, la faute de jugement et autres semblables imperfections : nonobstant que sa vertu soit difl'use par tout le corps : tout ainsi que nous ^oions que quand le soleil entre par quelque fente, qu'il est en un endroit, et toutesfois sa clarté illumine et esclaire tout le lieu, sans pourtant qu'il occupe matériellement aucune place. » (^Premier dialogue, p. 79 et suivantes.) Pierre de l'Ostal a reproduit tout ce morceau dans le cinquième de ses Discours philosophiques (éd. de 1579, p. 94).

P. 289, 1. 13. Médium). «Le soleil ne s'écarte jamais dans sa course du milieu du ciel; cependant

il éclaire tout de ses rayons. » (Claudien, De sexto Consulatu Honorii, V, 411.) Citation prise par Montaigne dans les Politiques de Juste Lipse, IV, ix. Juste Lipse applique cette image à l'idée d'un monarque qui se fixe dans une ville d'où il gouverne tous ses États.

P. 289, 1. 17. Cillera). «L'autre partie de l'âme, répandue par tout le corps, est assujettie et obéit aux ordres suprêmes de l'intelligence. » (Lucrèce,

III, 144.) Il faut lire nwinenque.

P. 289, 1. 19. Une aine générale). Rapprocher Guy de Brués, Dialogues contre les nouveaux académiciens : « Nous pouvons convaincre la malheureuse opinion d'Aristote que nos âmes sont mortelles, et que nous avons tant seullement une partie de l'intelligence universelle, laquelle retourne à soy incontinent que nous sommes morts... » (P. 116.)

P. 289, 1. 22. Deuni namque). «Que Dieu en effet pénètre les terres et les mers et les profondeurs du ciel; que dans sa substance les animaux petits et grands, les hommes, les bêtes sauvages de toute espèce puisent chacun leur vie au moment de la naissance, pour revenir à lui dans la suite et se résoudre en lui, sans que rien soit sujet à la mort. » (Virgile, Géorgiques, IV, 221.)

P. 290, 1. 7. Instillata). « La vertu de ton père t'a été transmise avec la vie... Les enfants courageux naissent de pères courageux et probes. » J'ignore la source du premier de ces vers; le second est d'Horace,

IV, m, 29 ; mais la plupart des éditions du xvi'^ siècle mettent une forte ponctuation après le mot fortibus, et rattachent et bonis au vers suivant, ce qui donne un sens de beaucoup préférable.

P. 290, 1. 12. Denique). «Enfin, pourquoi le lion transmet-il à sa race sa férocité? pourquoi la ruse est-elle héréditaire chez les renards, et chez les cerfs la fuite et la timidité qui rend leurs membres agiles? Si ce n'est que l'âme a son germe propre et se développe en même temps que le corps.» (Lucrèce, III, 741.) Le texte est celui de l'édition Lambin, p. 241.

P. 290, 1. 17. La justice divine). Cf. Plutarque, Pourquoi la justice divine diffère quelque fois la punition des maléfices, xiv, xvi et xix.

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