LIVKK II, CHAPITRE XXXVII
ce petit plein sous l'allée d'une treille publique, et voies le long de la rivière dans ce petit plein, à deus cens pas sous vous, un beau petit village qui sert aussi à ces beins, quand il y a presse. La pluspart des maisons neufves, un beau chemin pour y aler, et une belle place audict village. » (P. 313.)
P. éoi, 1. 12. Chaque nation). Dans son Journal de voyage, Montaigne prend plaisir à noter ces contradictions entre les usages qu'il remarque dans les différentes villes d'eaux qu'il traverse. Voyez en particulier, p. 317, ce qu'il dit des douches aux bains de la Villa.
P. 602, 1. 6. Akoii). « Alcbn, hier, a touché la statue de Jupiter; et, quoique de marbre, le dieu a éprouvé la vertu du médecin. Voici qu'aujourd'hui on le tire de son vieux temple, et on l'enterre, tout dieu et pierre qu'il est. » (Ausone, Epigraniiues, lxxiv, éd. de 15 17, f" 14; éd. de 1558, p. 77.)
P. 602, 1. 1 1. Lotus). « Hier, Andragoras s'est baigné avec nous, il a soupe gaiement, et ce matin on l'a trouvé mort. Voulez-vous savoir, Faustinus, quelle est la cause d'une mort si soudaine? Il avait vu en songe le médecin Hermocrate. » (Martial, VI, un.)
P. éo2, 1. 18. Lahontan). Sur ce passage on peut lire un article de Louis Batcave dans la Revue lIcs Études historiques, année 1901, p. 127 : « Commentaire historique d'un passage de Montaigne. » Lahontan est un village situé dans le canton de Salies, arrondissement d'Orthez. A l'occasion de leurs droits sur le village de Lahontan, Montaigne et le baron de Caupène étaient en procès vers 1570. D'après Lespy (^Dictons du pays de Béarn, Pau, 1875, p. 175), «on disait malicieusement en béarnais, notaire de Lahontan, médecin de Lahontan, pour désigner ces notaires et ces médecins dont les soins ou les actes sont de nature à plus agréablement satisfaire leurs bourses que leurs clients ». A Orthez Jeanne d'Albret venait de fonder une Université florissante où la médecine et la jurisprudence étaient enseignées; telle est probablement la cause de l'introduction de ces notaires et médecins à Lahontan.
P. 603, 1. 27. Du sang de boue). Je rencontre la même idée chez Laurent Joubert, Erreurs populaires au faict de la nu'decine : « Nous usons bien heureusement du sang de bouc à dissoudre et mettre en pièces le
calcul de l'homme. C'est quand on a nourri le bouc âgé de trois à quatre ans durant les jours caniculiers de toutes les herbes saxifrages (c'est-à-dire rompantes la pierre) qu'on luy peut faire manger, l'abreuvant de bon vin blanc, et le faisant tous les jours fort courir. Son sang emprunte, acquiert et retient la vertu des dites herbes, tout ainsi que le moust vineux qu'on prépare à mesme effet. » (IP partie.)
P. 605, 1. 6. Suyvant le précepte). «Honora medicum propter necessitatem. » {Eccles., xxxviii, i.) Montaigne a trouvé cette sentence dans Laurent Joubert, Erreurs populaires au faict de la médecine, I, i.
P. 605, 1. 7. Un autre du prophète). «Nec in infirmitate sua quœsivit Dominum, sed magis in medicorum arte confisus est.» {ParaJipoinènes, II, xvi, 12.) Ceci est également rappelé par Laurent Joubert, I, i, et aussi par Corneille Agrippa, lxxxiii.
P. 605, 1. 9. Beaucoup d'honnestes houimes). Peutêtre Montaigne veut-il donner la réplique aux critiques un peu indiscrètes de Corneille Agrippa qui reprochait aux médecins tous les vices imaginables.
P. 605, I. 28. Combien en voyons nous). Cf. essai II, XXXVII, p. 106, 1. II, et aussi Corneille Agrippa, De incertitudine & vanilatc scientiaruni : « Quas aliis escas vel modeste delibare, prohibent, ipsimet tanquam porci glandes dévorant : &: quas aliis vivendi leges prirscribunt, ipsi omnium primi prœvaricantur, non tam negligenter quam consulte. Nam si ipsi juxta h;tc sua dietaria décréta vivere deberent, sanitatis non modicam jacturam facerent. » (lxxxviii.)
P. éoé, 1. 17. Les Babiloniens). Cf. Hérodote : « Ils portent leurs malades au milieu de la place, & pour autant qu'ils ne se servent point de médecins, chacun les vient aborder pour leur donner conseil touchant leur maladie, si d'aventure ils ont esté, ou bien ont veu autre personne attainte de semblable. » (I, cxcvii; t. I, f° 90 v°.)
P. 606, 1. 23. J'accepterais plus volontiers). Des idées semblables se rencontrent dans l'ouvrage de Corneille Agrippa qui oppose sans cesse les herbes et les simples des paysans et des bonnes femmes aux médecines compliquées des prétendus savants.
P. éoé, 1. 25. Homère et Platon). Cf. Diogène Laërce, Fie de Platon : « Quin & dixisse (Platonem)
ESSAIS DE MONTAIGNE
juxta Homerum ^gj-ptios omnes medicos esse. » (III, VII, 188.) Pour Homère voir Odyssée, IV, 231. Plutarque, One les kstes brutes usent de la raison, vi, exprime la même idée mais sans l'attribuer à Homère ni à Platon.
P. 609, 1. 4. Madame de Duras). Marguerite d'Aure de Gramont, veuve de Jean de Durfort, seigneur de Duras, que le roi de Navarre envoya en 1573 vers le pape Grégoire XIII, et qui fut tué près de Libourne sans laisser de postérité.
P. 609, 1. 24. L'humeur de Tibère). Cf. Tacite, Annales : « Quippe illi, non perinde curx, gratia pra^sentium, quàm in posteros ambitio. » (VI, xlvi, 176.) Montaigne a parlé de la vanité de la gloire dans l'essai II, xvi, et spécialement à la fin de cet essai de la vanité de la gloire après la mort.
P. 611, 1. II. Pline se mocque). Histoire naturel le, XXIX, I.
p. 611, 1. 25. Periclés). Cf. Plutarque, Vie de Périclès : « Theophratus en ses morales, au lieu où il dispute si les meurs des hommes se changent selon leurs adventures, & si les passions & afflictions du corps les peuvent tant altérer, qu'elles les facent issir hors des lices & des bornes de la vertu, recite que Pericles en ceste maladie monstra un jour à l'un de ses amis, qui l'estoit allé visiter, ne sçay quel charme préservatif, que les femmes luy avoient attaché comme un carcan autour du col, pour luy donner à entendre qu'il estoit fort mal, puis qu'il enduroit qu'on luy appliquas! une telle folie. » (xxiv, f° 1 18 r°.)
p. 613, 1. 10. Deux opinions pareilles). Cf. Cicéron, Académiques : « Stoicum est quidem, nec admodum credibile, Nullum esse pilum omnibus rébus talem qualis sit pilus alius, nullum granum. » (II, xxvi; t. IV, p. 24.) Sur toutes ces idées, cf. le début de l'essai III, xiii.
Chronologie : Trois témoignages prouvent avec évidence que cet essai est au plus tôt de l'année 1579. Montaigne déclare: 1° qu'il a quarante-six ans, «d'avoir vescu quarante six ans pour ma part, n'est-ce pas assez?» (Cf. ci-dessus p. 584, 1. 4); 2° qu'il a été atteint de la maladie de la pierre à quarante-cinq ans (p. 583, 1. 4), et que son premier accès date de dix-huit mois (p. 576, 1. 13); 3° il dit encore qu'il s'est «envieilly de sept ou huict ans >> (p. 575, I. 14), depuis qu'il a commencé à écrire. De ces diverses déclarations, et surtout de la première d'entre elles, on peut conclure que cet essai a été écrit entre le mois de mars 1579 et le mois de mars 1580. Je crois qu'on peut préciser davantage. D'après l'emploi que Montaigne nous donne de son temps (p. 599, texte de 1580), quatorze à quinze mois se sont écoulés depuis sa première saison aux eaux, jusqu'à l'époque où il écrit cet essai. Or, nous trouvons Montaigne chez lui (son exemplaire de César en fait foi), depuis février 1578 jusqu'au 21 juillet de la même année. Sa première saison d'eaux thermales ne peut donc se placer que pendant l'automne de 1577 ou à la fin de l'été de 1578. La première de ces deux dates n'est guère recevable, car elle fixerait les débuts de la maladie de Montaigne à l'été de 1577, ce qui ne lui permettrait pas de dire qu'il a été atteint à l'âge de quarante-cinq ans. Donc, c'est au plus tôt à la fin de l'été de 1578 que Montaigne est allé aux Eaux- Chaudes (Aigues-Caudes), et il écrit quinze mois plus tard ou environ, c'est-à-dire au plus tôt au début de l'hiver 1579 à 1580. La première saison a pu se faire un peu plus tard (jusqu'en octobre 1578), et le délai de quinze mois peut être un peu étendu. En tous ca.s, je crois qu'on ne se tromperait pas en disant que l'essai II, xxxvii, date de l'hiver 1579 à i 580.