‹ Les Essais de Montaigne: réimprimés sur l'édition originale de 1588, avecChapitre 112 sur 270 · CHAPITRE IX 8l · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX 8l

Il seroit à désirer qu'il y eust plus de proportion du commandement à l'obeyssance ; et semble la visée injuste, à laquelle on ne peut atteindre. Il n'est si homme de bien, qu'il mette à l'examen des loix toutes ses actions et pensées, qui ne soit pendable dix fois en sa vie, voire tel qu'il seroit très-grand dommage et trés-injuste de punir et de perdre :

Ole, quid ad te De cute quid facial ille, vel illa sua ?

Et tel pourroit n'offenser point les loix, qui n'en meriteroit point la louange d'homme de vertu, tant cette relation est trouble et inégale. Nous n'avons garde d'estre gens de bien selon Dieu ; nous ne le sçaurions estre selon nous. L'humaine sagesse n'arriva jamais aux devoirs qu'elle s'estoit elle mesme prescrit ; et, si elle y estoit arrivée, elle s'en prescriroit d'autres au delà, où elle aspirât tousjours et prétendit, tant nostre estât est ennemy de consistance.

Au pis aller, cette difforme liberté de se présenter à deux endroicts, et les actions d'une façon, les discours de l'autre, soit loisible à ceux qui disent les choses ; mais elle ne le peut estre à ceux qui se disent euxmesme, comme je fay : il faut que j'aille de la plume comme des pieds. La vie commune doibt avoir conferance aux autres vies. La vertu de Caton estoit vigoreuse outre la raison de son siècle ; et à un homme qui se mesloit de gouverner les autres, destiné au service commun, il se pourroit dire que c'estoit une justice, sinon injuste, au moins vaine et hors de saison. La-

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