‹ Les Essais de Montaigne: réimprimés sur l'édition originale de 1588, avecChapitre 23 sur 270 · NOTICE SUR MONTAIGNE XIX · texte numérisé non relu

NOTICE SUR MONTAIGNE XIX

passer au mois d'octobre i562*. Plus tard, en i565, il vit de nouveau la Cour, mais, cette fois, à Bordeaux, pendant la grande tournée politique que la reine mère entreprit avec son fils à sa majorité, pour imposer aux provinces et réagir contre l'esprit d'indépendance locale éclos de toutes parts au souffle des passions religieuses.

Les événements se précipitaient, la situation devenait grave : ce n'était plus le temps, pour le conseiller Montaigne, de s'adonner aux loisirs nonchalants et de se désintéresser des devoirs de sa charge. Si peu de chaleur et de conviction qu'il apportât dans l'exercice de sa profession judiciaire et quelque soin quMl prît d'éviter les occasions de s'y produire en s'effaçant volontiers derrière ses collègues, encore dut-il tenir à honneur de ne plus se dérober aussitôt que les circonstances firent de son siège au Parlement un poste de combat; et on sait que le Parlement de Bordeaux, autant et peut-être plus qu'aucun autre Parlement du royaume, en raison sans doute de la proximité de la Navarre et des menées calvinistes en Guyenne des princes de Bourbon, était vite descendu des régions sereines, où doit planer la Justice, pour prendre parti avec fureur dans la cause du catholicisme contre la réforme. Au commencement, ce zèle catholique n'avait eu à s'exercer qu'exceptionnellement et dans des cas isolés; d'ailleurs Tédit de pacification de 1 562, dû à la haute sagesse du chancelier de L'Hospital^ était venu d'abord imposer une certaine réserve. Mais, déjà impatient d'un peu de contrainte, l'esprit de persécution n'en reprenait bientôt qu'avec plus d'élan; Parlement et clergé se mettaient à rivaliser d'intolérance et contribuaient dès lors, pour beaucoup, à entretenir, s'ils ne l'avaient eux-mêmes créé, le courant d'opinion qui permit, quelques années plus tard, et rendit possible à la politique des gouvernants la grande tuerie lâche, le

1. Sous Charles IX, la Cour se transporta deux fois à Rouen, d'abord ao mots d*0€tobre iSôa, à l'occasion du siège de la ville, qui était au pouvoir des huguenots, et, en second lieu, du i6 au a 6 août i563, pour la cérémonie de la déclaration de majorité du 'roi. Or, le 9 août de

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