XX NOTICE SUR MONTAIGNE
monstrueux guet-apens de la Saint-Barthélemj * . Les choses sur cette pente, Montaigne, disions-nous, mis moralement en demeure de sortir de son indifférence professionnelle, dut tenir à honneur de s'affirmer dans sa compagnie, qui prenait si violemment parti; et tout porte à croire que, s'affirmant, il conforma ses actes de magistrat aux sentiments de tolérance, d'humanité et de justice que nous connaissons chez lui de rhomme privé et de l'écrivain.
De preuves matérielles à l'appui de notre assertion , il est vrai que nous n'en avons pas : Montaigne n'a guère parlé nulle part, même par allusion, de ses fonctions dans la magistrature ', et ce qui reste des registres du Parlement de Bordeaux ne contient aucun argument en faveur de notre thèse 3. Ce n'est donc
cette dernière année, Montaigne assistait déjà son ami La Boëtie dans sa maladie, et ne le quittait plus jusqu'à sa mort. Son voyage à Rouen doit donc remonter à i56a.
X. Sur la conduite et Tesprit du Parlement de Guyenne, considéré comme corps politique, aux XV^ et XVP siicles, on peut consulter utilement les articles que le jurisconsulte Laferrière a publiés dans le Droit (1837) et dans la Revue de Bretagne (1843), sous le titre de Fragment d'histoire parlementaire d*après les registres secrets du Parlement de Bordeaux,
a. L'exemplaire des Épkimirides de Beuther, annoté par Montaigne et ses descendants, conservé dans la famille et communiqué au docteur Payen, qui en a donné une impression, ne contient aucune date relative à ses fonctions dans la magistrature. Son Journal de voyage, publié en 1774, garde le même silence. Quant aux Essais, c'est à peine si on peut y relever quelques expressions douteuses sur le point en question. Seule, la lettre quMl écrivit à son père lors de la mort de La Boëtie, et qu'il publia plus tard, contient cette mention explicite : « Comme je revenoisdu palais... » Heureusement, des témoignages étrangers viennent suppléer à cette trop grande discrétion : Antoine Loysel, prononçant, le a a août i58a, le discours de clôture de la session de la chambre de justice à Bordeaux, nomme Montaigne parmi ceux qu'il appelle « les lumières de ce ressort » ; de Thou, dans la notice nécrologique qu'il lui consacre (Hist,, liv. CIV, année 1592), rappelle ainsi sa magistrature : Olim in Burdigalensi senatu assessor dignissimus,
3. On sait que la bibliothèque publique de la ville de Bordeaux pos* sède une copie d'une partie des registres secrets de l'ancien Parlement, copie qui serait nne reproduction des registres conservés au chftteau de la