NOTICE SUR MONTAIGNE LXI
désintéressement bien connus, Tinfluence que lui donnait en Guyenne sa qualité de premier magistrat municipal d'une ville comme Bordeaux, le firent choisir plusieurs fois pour c negotier entre les princes » S c'est-à-dire entre les rois de France et de Navarre, qui se disputaient la partie dans celte grande province, rempart du calvinisme, ce où se formoient toutes les terapestes qui venoient ensuite retomber sur le reste du royaume' »; — Qu'enfin le voisinage de la petite cour de Navarre à Nérac lui facilita des rapports directs avec le Béarnais, qui ne dédaigna pas de lui rendre visite à son château de Montaigne, et avec qui, tout Henri IV que celui-ci fût devenu, il ne cessa de correspondre jusqu'à sa mort.
Mais il est intéressant d'interroger le philosophe sous le dignitaire et de voir si l'on ne découvrira pas au fond l'homme étemel avec ses petites faiblesses et son incurable vanité. Ainsi Montaigne, destiné par son père à la magistrature, homme de robe en effet pendant des années, n'avait rien tant ambitionné depuis sa jeunesse que le collier de Saint-Michel 3, réservé primitivement et encore sous Henri II à la haute noblesse, aux gens d'épée4; et à peine l'a-t-il obtenu, grâce à l'avilissement
représentant d« la Tille de Bordeaux, Henri III lui dit» un jour, que son livre lui plaisait beaucoup. Le fait est rapporté par un contemporain, qui nous a conservé la réponse de Montaigne : « Sire , il faut donc nécessairement que je plaise à Vostre Majesté puisque mon livre iuy est agréable, car il ne contient autre chose qu'un discours de ma vie et de mes actions* • Laoïoix du Maine et Duvbrdikr, Bibliothèque françoise,
1. « En ce peu que j'ay eu à negotier entre nos princes, dit-il au III® livre des Essais, en ces divisions et subdivisions qui nous deschirent aujonrd'huy... >