LXII NOTICE SUR MONTAIGNE
de l'Ordre depuis François II, qu'il ne manque pas de se plaindre aussitôt du discrédit dans lequel il est tombé ^ ; son
sera le chef. » L'ordre perdit toute son importance sous les trois derniers Valois. Ce furent les Guises qui profitèrent de leur ascendant sur le jeune François II pour commencer à prodiguer Tordre avec excès, et s'en faire un mojen de gouvernement.
I. Après avoir dit, comme nous Tavons cité plus haut, qu'il avait requis de la fortune, étant jeune, l'ordre de Saint-Michel alors que la distribution en était rare, il ajoute amèrement : « Elle me l'a plaisamment accordé : au lieu de me monter et hausser de ma place pour y avaindre, elle m'a bien plus gratieusement traité, elle Ta ravallé et rabaissé jusques à mes espaules et au dessoubs. »
Il explique d'ailleurs fortement dans quelles limites doivent se renfermer les récompenses d'honneur : « C'est, à la vérité, une bien bonne et profitable coustume de trouver moyen de recognoistre la valeur des hommes rares et excellens, et de les contenter et satis-faire par des re* compenses qui ne chargent aucunement le public et qui ne coustent rien au prince... L'ordre Sainct Michel, qui a esté si long temps en honneur parmy nous, n'avoit point de plus grande commodité que celle-là, de n'avoir communication de aucune autre commodité. Cela faisoit que autre-fois il n'y avoit ne charge ny estât, quel qu'il fut, auquel la noblesse prétendit avec tant de désir et d'affection qu'elle faisoit à Tordre, ny qualité qui apportast plus de respect et de grandeur, la vertu embrassant et aspirant plus volontiers à une recompense purement sienne, plustost glorieuse qu'utile. Car, à la vérité, les autres dons et presens n'ont pas leur usage si noble, d'autant qu'on les employé à toute autre sorte d'occasions : c'est une monnoye à toute espèce de marchandise. Par des richesses, on paye le service d'un valet, la diligence d'un courrier, le dancer, le voltiger, le parler et les plus viles offices qu'on reçoive ; voire et le vice mesme s'en paye, la flatterie^ le maquerelage, la trahison, et semblable, que nous employons à nostre usage par l'entremise d'autruy : ce n'est pas merveille si la vertu reçoit et désire moins volontiers cette sorte de monnoye que celle qui luy est propre et particulière, toute noble et généreuse...
ft Puis donc que ces loyers d'honneur n'ont autre pris et estimation que cette là, que peu de gens en jouyssent, il n'est, pour les anéantir, que d'en faire largesse. Quand il se trouveroil plus de gens qu'au temps passé qui méritassent nostre ordre, il n'en faloit pas pourtant corrompre l'estimation. Et peut aysément advenir que plus de gens le méritent, car il n'est aucune des vertuz qui s'espende si aysément que la vaillance militaire... Mais je dy, quand plus de gens en seroyent dignes qu'il ne s'en trou voit autresfois, qu'il ne falloit pas pourtant s'en rendre plus libérai ; et eut mieux vallu faillir à n'en estrener pas tous ceux à qui U estoit deu