‹ Les Essais de Montaigne: réimprimés sur l'édition originale de 1588, avecChapitre 67 sur 270 · NOTICE SUR MONTAIGNE LXIII · texte numérisé non relu

NOTICE SUR MONTAIGNE LXIII

amour-propre ne retrouve plus son compte à avoir été satisfait en compagnie de beaucoup d'autres. Une dérogation en sa faveur aurait été sans doute d'une marque pius flatteuse, et notre avis est que pareille dérogation eût été ici amplement justifiée ; mais elle n'était pas dans l'esprit de l'institution non plus que dans celui du temps. Les ordres de chevalerie étaient alors tout ou rien : un mets royal ou la curée. Ainsi encore, le titre de gentilhomme ordinaire de la chambre du roi qu'il obtint après avoir résigné sa charge de conseiller et dont il se parait volontiers ^ sans se soucier de l'emploi qui n'allait pas

que de perdre pour jamais, comme nous Tenons de faire, Tusage d'une invention si propre et si utile. » Essais, Ht. II, ch. vn.

A l'exemple de Louis XI, Henri III ayant institué en 1578 un ordre nouveau, celui du Saint-Esprit, pour remédier à Tavilissement de Tordre de Saint-Michel, Montaigne rabroue le nouveau venu par des paroles de mauvais augure : « Or, de s'atendre, en effaçant et abolissant cette-cy, de pouvoir soudain remettre en crédit et renouveller une semblable coustume, ce n'est pas entreprinse propre à une saison si licencieuse et malade qu'est celle où nous nous trouvons à présent ; et en adviendra que la dernière encourra dés sa naissance les incommoditez qui viennent de ruiner l'autre. Les règles de la dispensation de ce nouvel ordre auroyent besoing d'estre extrêmement tendues et contraintes^ pour luy donner autborité ; et cette saison tumultuere n'est pas capable d'une bride courte et réglée : outre ce qu'avant qu'on luy puisse donner crédit, il est besoing qu'on ayt perdu la mémoire du premier, et du mespris auquel il est cheu. » Ibid.

I. En tète de la première édition des Essais (Bordeaux, i58o), il prend la qualité de chevalier de l'ordre de Saint-Michel et de gentilhomme de la chambre du roi. La même mention se trouve reproduite sur son diplôme de citoyen romain et sur la seconde édition, publiée en i58i, de la traduction de Raymond Sebond. Dans son grand voyage, dont le but était l'Italie, il fit mieux : passant par Augsbourg, où l'habitude était d'honorer les étrangers selon leur qualité, il cache sa condition pour qu'on la croie supérieure à ce qu'elle était réellement , et affecte , afin de se distinguer encore davantage, de se promener seul, tout un jour, à l'écart de ses compagnons de voyage, qui étaient M. de Mattecoulon, son frère, MM. d'Ëstissac, de Caselis et du Hautoy; aussi fut-il pris pour un baron et traité en conséquence. C'est du moins ce qui ressort du récit de son voyage en Italie dont le chanoine Prunis découvrit le manuKrit, dans de vieux papiers de famille, écrit en partie de la main de Montaigne, et qui fut édité pour la première fois en 1774 par Meunier de Querlon.

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