CHAPITRE IX
ject de la grammaire? Que doit produire le babil, puisque le bégaiement et desnouement de la langue estouiTa le monde d'une si horrible charge de volumes I Tant de paroles pour les paroles seules ! O Pythagoras, que n*esconjuras-tu cette tempeste !
On accusoit un Galba, du temps passé, de ce qu'il vivoit oiseusement : il respondit a que chacun devoit rendre raison de ses actions, non pas de son séjour, d II le trompoit : car la justice a cognoissance et animad-< vertion aussi sur ceux qui chaument.
Mais il y devroit avoir quelque coërction des loix contre les escrivains ineptes et inutiles , comme il y a contre les vagabons et fainéants; on banniroit des mains de nostre peuple et moy et cent autres. Ce n'est pas moquerie, l'escrivaillerie semble estre quelque simptome d'un siècle desbordé : quand escrivismes nous tant que depuis que nous sommes en trouble? quand les Romains tant que lors de leur ruyne. Outre ce, que l'afiRnement des esprits, ce n'en est pas l'assa^ gissement en une police, cet embesoingnement oJsif naist de ce que chacun se prent lâchement à l'office de sa vacation et s'en desbauche. La corruption du siècle sefaict par la contribution particulière de chacun de nous : les uns y confèrent la trahison , les autres l'injustice, l'irréligion, la tyrannie, l'avarice, la cruauté, selon qu'ils sont plus puissans; les plus foibles y apportent la sottise , la vanité , l'oisiveté , desquels je suis. Il semble que ce soit la saison des choses vaines quand les dommageables nous pressent. En un temps où le meschamment faire est si commun , de ne faire que inutilement il est comme louable. Je me console
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que je seray des derniers sur qui il faudra mettre la main. Ce pendant qu'on pourvoira aux plus pressans, j'auray loy de m'amender : car il me semble que ce seroit contre raison de poursuyvre les menus inconvénients, quand les grands nous infestent. Et le médecin Philotimus y à un qui luy presentoit le doit à penser, à qui il recognoissoit au visage et à Thaleine un ulcère aux poulmons : « Mon amy, fît-il , ce n'est pas à cette heure le temps de t'amuser à tes ongles. »
Je vis pourtant sur ce propos, il y a quelques années, qu'un personnage duquel j'ay la mémoire en recommendation singulière , au milieu de nos grands maux , qu'il n'y avoit ny loy, ny justice, ny magistrat qui fit son ofHce non plus qu'à cette heure, alla publier je ne sçay quelles reformations sur les habillements, la cuisine et la chicane. Ce sont amusoires dequoy on paist un peuple mal-mené , pour dire qu'on ne l'a pas du tout mis en oubly. Ces autres font de mesme qui s'arrestent à deffendre, ï toute instance, des formes de parler, les dances et les jeux, à un peuple perdu de toute sorte de vices exécrables : il n'est pas temps de se laver et décrasser quand on est atteint d'une bonne fièvre.
Quand à moy, j'ay cette autre pire coustume que, si j'ay un escarpin de travers, je laisse encores de travers et ma chemise et ma cappe : je desdaigne de m'amender à demy. Quand je suis en mauvais estât, je m'acharne au mal, je m'abandonne par desespoir et me laisse aller vers la cheute ; je m'obstine à l'empirement et ne m'estime plus digne de mon soing : ou tout bien ou tout mal. Ce m'est faveur que la désolation de cet estât se rencontre à la désolation de mon aage : je