‹ Les Essais, Volume 7Chapitre 18 sur 317 · Sit Ventura dies mundi qux subruat arces · texte numérisé non relu

Sit Ventura dies mundi qux subruat arces

2. En cette université, je me laisse ignoramment et négligemment manier à la loy générale du monde : je la sçauray assez, quand je la sentiray; ma science ne luy peut faire changer de routte : elle ne se diversifiera pas pour moy; c'est folie de Tesperer, et plus grande folie de s'en mettre en peine, puis qu'elle est nécessairement semblable, publique et commune. La bonté et capacité du gouverneur nous doit à pur et à plein descharger du soing de gouvernement : les inquisitions et contemplations philosophiques ne servent que d*aliment à nostre curiosité. Les philosophes, avec grande raison, nous renvoyent aux règles de nature; mais elles n*ont que faire de si sublime cognoissance : ils les falsifient et nous présentent son visage peint, trop haut en couleur et trop sophistiqué, d*où naissent tant de divers pourtraits d'un subject si uniforme. Comme elle nous a fourny de pieds à marcher, aussi a elle de prudence à nous guider en la vie : prudence non tant ingénieuse, robuste et pompeuse, comme celle de leur invention, mais, à Tadvenant, facile, quiète et salutaire, et qui faict tresbien ce que l'autre dit, en celuy qui a l'heur de sçavoir l'employer naïvement et ordonnément, c'est à dire naturellement. Le plus simplement se commettre à nature, c'est s'y commettre le plus sagement. O que c'est un doux et mol chevet, et sain, que l'ignorance et l'incuriosité, k reposer une teste bien faicte !

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