‹ Les Essais, Volume 7Chapitre 19 sur 317 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Regardez la différence du vivre de mes valets à bras à la mienne ; les Scythes et les Indes n'ont rien plus esloingné de ma force et de ma forme. Je sçay avoir retiré de Taumosne des enfaos pour m* en servir, qui bien tost après m'ont quicté, et ma cuisine et leur livrée, seulement pour se rendre à leur première vie; et en trouvay un amassant depuis des moules emmy la voirie pour son disner, que par prière ny par menasse je ne sceu distraire de la saveur et douceur qu'il trouvoit en l'indigence. Les gueux ont leurs magnificences et leurs voluptez comme les riches, et, dict-on , leurs dignitez et ordres politiques. Ce sont effects de l'accoustumance : elle nous peut duire non seulement à telle forme qu'il luy plaist (pourtant, disent les sages, nous faut-il planter à la meilleure qu'elle nous facilitera incontinent), mais I au changement et à la variation, qui est le plus noble et le plus utile de ses apprentissages. La meilleure de mes complexions corporelles, c'est d'estre flexible et peu opiniastre : j'ay des inclinations plus propres et ordinaires et plus agréables que d'autres ; mais avec bien peu d'effort je m'en destourne et me coule aiséement à la façon contraire. Un jeune homme doit troubler ses règles pour esveiller sa vigueur, la garder de moisir et s'apoltronir; et n'est train de vie si sot et si débile que celuy qui se conduict par ordonnance et discipline :

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