CHAPITRE XIII 4J
L'expérience m'a encores appris cecy : que nouç nous perdons d'impatience. Les maux ont leur vie et leurs bornes <, il leur faut donner passage : je trouve qu'ils arrestent moins chez moj qui les laisse faire 2; et en ay perdu de ceux qu'on estime plus opiniastres et tenans ', de leur propre décadence, sans ayde et sans art, et contre ses reigles. Laissons faire un peu à nature, elle entend mieux ses affaires que nous. « Mais un tel «n mourut. » Si ferez vous, sinon de ce mal là, d'un autre : et combien n'ont pas laissé d'en mourir, ayant trois médecins à leur costé4? L'exemple «st un patron libre 5, universel et à tout sens. Si •c'est une médecine voluptueuse, acceptez la; c'est tousjours autant de bien présent^. J'ay laissé envieillir et mourir en moy, de mort naturelle, des
1. Leurs maladies et leur santé. La constitution des maladies est formée au patron de la constitution des animaux; •elles ont leur fortune limitée dés leur naissance, et leurs jours. Qui essaye de les abbreger impérieusement, par force, au travers de leur course, il les allonge et multiplie, et les harselleau lieu de les appaiser. Je suis de Tavis de Crantor, quMl ne faut ny obstinéement s'opposer aux maux et à Testourdi, ny leur succomber de mollesse, mais quMl leur faut céder naturellement selon leur condition et la nostre.
3. On doit donner passage aux maladies, et je trouve qtx^elles arrestent moins chez moy, qui les laisse faire.