CHAPITRE XIII 5S
voyerons d'autres eschapatoires ', Or, sens je quelque chose qui crosle, ne vous attendez pas que j'aille m'amusant à recognoistre mon pous et mes urines pour y prendre quelque prévoyance ennuyeuse : je seray assez à temps à sentir le mal, sans l'alonger par le mal de la crainte '. Je ne me juge que par vray sentiment, non par discours. A quoy faire, puisque je n'y veux apporter que l'attente et la patience? Voulez-vous sçavoir combien je gaigne à cela? Regardez ceux qui font autrement et qui dépendent de tant de diverses persuasions et conseils; combien souvent l'imagination les presse sans le corps ! J'ay main-
I. Qu'il soit vray : voicy, depuis de nouveau, que les plus légers mouvements espreignent le pur sang de mes reins. Quoy pour cela? je ne laisse de me mouvoir comme devant et picquer après mes chiens d'une juvénile ardeur et insolente; et trouve que j'ay grand raison d'un si important accident, qui ne me couste qu'une sovrde poisanteur et altération en cette partie : c'est quelque grosse pierre qui fouUe et consomme la substance de mes roignons, et ma vie, que je vuide peu à peu, non sans quelque naturelle douceur, comme un excrément hormais superflu et empeschant.
3. Sans l'allonger par le mal de la peur. Qui craint de souffrir, il souffre desjà ce quMl craint ; joint que la dubitation et ignorance de ceux qui se meslent d'expliquer les ressorts de nature et ses internes progrez et tant de faux prognostiques de leur art nous doit faire cognoistre qu'elle a ses moyens infiniment incognuz : il y a grande incertitude, variété et obscurité de ce qu'elle nous promet ou menace. Sauf la vieillesse, qui est un signe indubitable de l'approche de la mort, de tous les autres accidents, je voy peu de signes de l'advenir surquoy nous ayons à fonder nostre di* vination.
tesfoîs prins plaisir, estant en senrté et délivre de ces accidens dangereux, de les communiquer aux médecins comme naissans lors en moy : je soof« frois Tarrest de leurs horribles conclusions bien à mon aise, et en demeurois de tant plus obligé à Dieu de sa grâce, et mieux instruict de la vanité de cet art.
Il n'est rien qu'on doive tant recommander à la jeunesse que Tactiveté et la vigilance : nostre vie n'est que mouvement. Je m'esbranle difficilement et suis tardif par tout, à me lever, à me coucher et à mes repas; c'est matin pour moy que sept heures, et, où je gouverne, je ne disne ny avant onze, ny ne soupe qu'après six heures. J'ay autrefois attribué la cause des fièvres et maladies où je suis tombé à la pesanteur et assoupissement que le long sommeil m'avoit apporté, et me suis tousjours repenty de me r'endormir le matin <• J'ayme à coucher dur et seul, voire sans femme, à la royalle, un peu bien couvert. On ne bassine jamais mon lict; mais, depuis la vieillesse, on me donne, quand j'en ay besoing, des draps à eschauffer les pieds et l'estomach. On trouvoit à redire au grand Scipion d'estre dormart, non à mon advis pour autre raison, sinon qu'il faschoit aux hommes qu'en luy seul il n'y eust aucune chose à redire. Si j'ay quelque curiosité en mon traictement, c'est plustost au coucher qu'à autre chose ;
I . Platon veut plus de mal à Texcés du dormir qu'à l'excès du boire.