‹ Les Essais, Volume 7Chapitre 71 sur 317 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

des autres», car la mesure en la jouissance dépend du plus ou moins d'application que nous y prestons. Principallement à cette heure que j'aperçoy la mienne si briefve en temps, je la veux grossir et estendre en pois*; je veux arrester la promptitude de sa fuite par la promptitude de ma sesie, et, par la vigueur de Tusage, compenser la hastiveté de son escoulement : à mesure que la possession du vivre est plus courte, il me la faut rendre plus profonde et plus pleine.

Les autres sentent la douceur d*un contentement et de la prospérité; je la sens ainsi qu'eux, mais ce n'est pas en passant et glissant : si la faut il estudier, savourer et ruminer, pour en rendre grâces condignes à celuy qui nous Fottroye. Ils jouyssent les autres plaisirs comme ils font celluy du sommeil, sans les cognoistre. A celle fin que le dormir mesme ne m'eschapast ainsi stupidement, j'ay autresfois trouvé bon qu'on me le troublast pour que je l'entrevisse 3. Je consulte d'un contentement avec moy, je ne l'escume pas; je le sonde et retaste4, et plie ma raison à le recueillir, devenue chagreigne et desgoutée. Me trouve-je en quelque assiete tranquille? y a il quelque volupté qui me chatouille? je ne la laisse pas friponer aux sens, j'y associe mon ame, non pas pour s'y eny-

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