‹ Les Essais, Volume 7Chapitre 75 sur 317 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

tificielles » . Est-ce pas erreur d'estimer aucunes actions moins dignes, de ce qu'elles sont nécessaires? Si ne m'osteront-ils pas de la teste que ce ne soit un tres-convenable mariage du plaisir avec la nécessité 2. A quoy faire desmembrons nous en divorce un bastiment tissu d'une si joincte et fraternelle correspondance ? Au rebours, renouons le par mutuels offices : que l'esprit esveille et vivifie la pesanteur du corps, le corps arreste la légèreté de l'esprit et la fixe 3. II n'y a pièce indigne de nostre soin en ce présent que Dieu nous a faict : nous en devons conte jusques à un poil. Et n'est pas une commission farcesque à l'homme 4 de conduire l'homme selon sa condition naturelle J : elle est simple, naïfve, et nous l'a le Créateur donnée sérieusement et expressément^.

1 . De traces artificielles; et ce souverain bien académique et peripatetique, qui est vivre selon icelle, devient à cette cause difficile à borner et expliquer, et celuy des stoïciens, voisin à celuy-Ià, qui est consentir à nature.

2. Avec laquelle, dit un ancien, les dieux complottent tousjours.

3. Qui velut summum bonum laudat animx naturam, et tanquam malum naturam carnis accusât, profecto et animam carnaliter appétit, et carnem carnaliter fugit ; quoniam id vanitate sentit humana, non veritate divina,

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