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LES EDITIONS DES ESTAMPES GRAVEES D'APRES PIERRE BRUEGEL L'ANCIEN

On ne peut pas faire de distinction bien nette entre les sujets qui ont été composés par Bruegel uniquement en vue de la gravure et ceux qui, ayant été peints, ont aussi été gravés. Le fait que le Luilekkerland 2i été à la fois peint et gravé, pour être le plus caractéristique, est loin d'être isolé. Nous avons fait divers rapprochements entre les gravures des Grands Paysages et certains tableaux, tels que la Ftiite en Egypte possédée par Granvelle, et nous avons dit que la gravure du Doyen de Renaix trouve des répliques peintes en contrepartie. Il en est de même de la Danse de Noce, et peut-être des Cuisines Grasse et Maigre, sans compter les emprunts à' Ourson et de Valentin et de la Noce de Mopsns et de Nisa faits au tableau du Cotnbat de Carême et de Mardi-Gras, de Vienne. D'autre part, nous ne pouvions nous abstenir de décrire des pièces gravées après la mort de l'artiste, telle que Jésus et la Femme adîiltère.

Nous ne croyons donc pas devoir rétablir, non plus, dans le catalogue qui suit cette étude, une distinction entre les gravures contemporaines de Bruegel et celles qui ont été faites plus tard d'après ses peintures, et négliger les dernières. Nous décrirons, par suite, toutes les estampes exécutées d'après ses œuvres, y compris, autant que possible, les modernes, hormis bien entendu les reproductions photogravées.

Parmi les noms d'éditeurs que notre catalogue mentionne, nous rencontrons successivement ceux de Cock, Barth. de Mompere, Martin Pétri ou Peters, Pierre de Jode, Th. Galle, Jean Galle, Adrien Collaert, G. van Tienen, Martin van den Enden, d'Anvers ; de J. G. Visscher, Harmen Adolfz, de Harlem et d'Amsterdam ; P. de la Houwe, de Paris. A part les quatre premiers, ce sont des adresses d'états postérieurs. Comme adresse sur ses gravures, Jérôme Cock n'employait quelquefois

que son enseigne «Aux quatre vents», en français ou, en flamand, « Vier Winden ». Renouvier fait donc erreur quand il attribue des éditions de Bruegel à un marchand de Paris sous cette adresse. Ce fut seulement quarante ans plus tard que « Paul de la Houwe au Palais », à Paris, vint en possession de l'une ou l'autre des planches de Cock et que, juxtaposant cette adresse à celle des « Quatre Vents », il occasionna ainsi l'erreur.

Des éditeurs rivaux avaient cherché très tôt à exploiter la veine des estampes drôles que Cock avait découverte. Nous ne savons si c'est Cock ou l'un d'eux qui édita le Doyen de Renaix en iSSy. Barthélémy de Mompere, d'Anvers, édita une composition de Pierre Bruegel, la Kermesse d'Hoboken ; ce fut vers l'année iSSç évidemment, au moment où il éditait aussi les Kermesse et Noce rtistique de Pierre van der Borcht, vingt ans avant la Course nautique à Voie de Hans Bol, attribuée longtemps à van der Borcht également.

Plus tard, Martin Pétri ou Peters, un voisin de Jérôme Cock à Anvers, près de la nouvelle Bourse, publia vers la fin de la vie de Bruegel et de Cock, en i568, \ Ivrogne poussé dans la bauge aux pourceaux, gravé par le jeune J. Wierix.

Quant à Pierre de Jode, il n'édita Jésus et la Femme adultère, gravée par P. Perret, que l'année qui suivit la mort de Bruegel.

Après la mort de Jérôme Cock, les cuivres gravés d'après Bruegel par ses contemporains et qui formaient le fond de Cock restèrent dans les mains de la veuve de l'éditeur qui continua le commerce comme nous le savons par les Liggeren. Après la mort de celle-ci, le sort de ces planches fut divers. On les retrouve chez nombre d'éditeurs différents. Ceux-ci se les transmirent soigneusement, et si les épreuves en sont assez rares on le doit surtout au fait qu'elles s'adressaient à un public peu soigneux et peu collectionneur, qui les affichait aux murs sans respect : les rééditions et les copies témoignent assez de la faveur populaire, celles des Cuisines Grasse et Maigre, par exemple, montent au nombre de six éditions différentes.

En ce qui concerne les états successifs des planches, il faut remarquer que les éditions primitives de quelques pièces sont très rares. Aussi, si elles sont signalées parfois comme poui-vues d'un millésime, il ne nous a pas toujours été donné de contrôler l'existence de celui-ci. Tel est, par exemple, le cas en ce qui concerne la Danse de Noce. Néanmoins, les sources auxquelles nous avons puisé nos renseignements, catalogues de ventes anciennes et modernes, études modernes, ont par elles-mêmes assez d'autorité pour que nous ayons cru devoir les adopter, sauf quelques réserves.

La famille Galle, dont le chef Philippe s'était établi définitivement à Anvers en iSyo, réunit une grande quantité des planches : les onze cuivres de la suite des Vaisseaux , ceux du Bon Pasteur, du Grand Poisson, du Luilekkerland, du Mercier pillé par les Singes, à'Elck, de la Sorcière de Malleghem, de V Alchimiste, de la Danse de Noce rustique, du Patinage, et ceux des quarante-huit petits paysages brabançons, etc. Jean Galle, qui reçut à son tour ces planches des mains de Théodore Galle, ne paraît pas s'être toujours inquiété de l'authenticité des renseignements relatifs à Bruegel qu'il inscrivit sur ses éditions ; c'est ainsi qu'il apposa à côté de son adresse, sous unt Bataille entre paysans et routiers ^ortant l'inscription : « Wat meynen dees Huyseeckers, etc. », la signature « P. Bruegel inv. » Cette pièce, néanmoins, est absolument étrangère à Pierre Bruegel l'Ancien et il en existe un état antérieur où le nom de Bruegel ne se trouve pas. D'autre part, au bas de la série des quarantehuit petits paysages brabançons, gravés par Corneille Cort dans ses commencements, d'après les dessins de Bruegel, il ajoute, sans souci des droits de notre artiste. « C. Coert inuentor in Brabantia ». Aussi, les indications que le même éditeur a ajoutées dans \q Patinage devant la Porte S'-Gcorges ; « P. Bruegel del. et pinx. i553 » et dans le Triomphe du Temps « Petrus Bruegel invent. Joan Galle sculp. », sont-elles assez sujettes à caution. Les états des pièces du maître portant l'adresse de cet éditeur semblent avoir été publiés en recueil. Ils comportent souvent, en effet, à l'angle inférieur droit, une lettre de l'alphabet : une copie de la Cuisine Grasse, faussement signée d'ailleurs du monogramme de van der Heyden, porte la lettre L ; le Grand Poisson porte la lettre N ; le Combat des Tire-lires et des Coffres-forts, la lettre Q ; le Patinage, la lettre K. etc. Cette lettre sert évidemment de numéro d'ordre. En une autre série, elle semble se redoubler : le Triomphe du Temps, au second état, porte les lettres minuscules f. f.

Adrien Collaert, d'Anvers, racheta du fond de Cock la Fête des Fous et la Danse de Noce, qui passa ensuite aux mains de Jean Galle. C. van Tienen (qui publia aussi des imitations de Bruegel), puis Martin van den Enden, republièrent les Noces de Mopsus et de Ni sa.

D'autres planches encore allèrent en Hollande : le Combat naval devant Messine fut réédité à Harlem chez Harmen Adolfsz. C.-J. Visscher reprit des mains des de Jode la planche de Jésus et la Fenune adultère, publia une copie du Grand Poisson, sous laquelle il ajouta le nom de Bruegel et copia lui-même \' Ivrogne poussé datts la bauge aux pourceaux, en complétant les accessoires de façon à donner à la composition une signification politique.

Les suites d'estampes forment une part importante dans l'œuvre. Outre la série de douze Grands Paysages, nous notons celles des Vices, des Vertus, des Vaisseaux , des Multifariarum Casularum et des Prcediorum villarum et rttsticarum casularum etc., (réunies en une seule série dans les éditions postérieures), celle de Saint Jacques et Hermogène, celle des Douze Proverbes gravés par Jean Wierix, et celle des Saisons. Les Proverbes gravés par Wierix pourraient se confondre avec une autre suite de Proverbes assez rare, également en cercle, mais d'un diamètre plus réduit, qu'on attribue aussi parfois à Bruegel ; toutefois, une différence de style assez sensible et les distiques allemands qui les entourent, empêchent d'y reconnaître une seconde série due à l'invention de Pierre Bruegel l'Ancien.

Outre les séries livrées par Bruegel à ses graveurs contemporains, les éditeurs postérieurs s'ingénièrent à en former d'autres. Henri Hondius, s'emparant du dessin du Pèlerinage des Épileptiques, en tira en 1642 trois planches, auxquelles il donna un titre typographique : Vertoonifige Hoe de Pelgerimmen, op S. Jans-dagh, buyten Brussel tôt Meulebeeck, etc., imprimé sur la feuille des Joueurs de Musette. Cette série s'allonge quelquefois de deux autres pièces éditées par le même, la même année, où l'on voit des Fous de Carnaval couvant les villages, et d'une Danse de noce, exécutée en 1644 d'après un dessin apocryphe conservé au British Muséum. On trouve aussi quelquefois l'une des pièces du Pèlerinage des Epileptiques, les deux Joueurs de Musette, réunie à ces deux estampes des Fous de carnaval, dont on a fait ainsi une série de trois pièces ; mais on ne peut envisager la série ainsi formée que comme une suite factice.

Si l'on en croit le catalogue de la collection Winckler (t. III p. iSy, n° i36), un anonyme grava, sous le titre Verscheyde aardige Boeren en Boerinnen door A. Brouwer en P. Bruegel, une suite de douze sujets rustiques inscrits dans des cercles de six pouces de diamètre. Chacun de ces ronds portait en exergue, suivant ce catalogue, des vers galants en allemand. Parmi eux il y avait cinq pièces d'après Bruegel, les cinq autres étant de la composition d'Adrien Brouwer. Cette suite, qu'on appelait aussi, dit ce catalogue, les Douze mois de l'année, est peut-être la seconde suite de Proverbes dont nous venons de parler plus haut. Il s'agirait probablement, dans ce cas, de gravures de proverbes en ronds composées par Pierre Bruegel II.

Brouwer grava, en tout cas d'après Pierre Bruegel l'Ancien, une suite de vingt-quatre têtes d'hommes et de femmes en ovales, à deux par feuille, signées « Bruegel inventer ». Il est difficile de dire si ces tètes sont

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empruntées à des compositions ou des peintures de Bruegel, ou si elles reproduisent seulement des dessins analogues à ceux de Dresde, ou de petites peintures telles que celles que mentionne l'inventaire de la succession de Rubens : nous n'avons pu les retrouver dans les compositions du maître. Cette réunion de têtes fut publiée, copiée et augmentée à plusieurs reprises. Une édition par Joachim Ottens et F. de Wit contient douze feuillets et vingt-quatre tètes, sans nom de graveur. Le catalogue Winckler cite encore une édition « mieux gravée que la précédente », sans nom d'artiste, donnant quarante-huit têtes. Viennent ensuite plusieurs éditions de trente-six feuilles contenant soixante-douze têtes en ovales encadrés, gravées et d'abord éditées par Claes Jansz Visscher, puis imprimées à Weesp chez Albert Elias van Panhuizen en i658. Elles ont un titre: « Tooneel des IVer elds &tc. »... avec variantes que nous donnons plus loin dans notre catalogue. Deux de ces éditions sont accompagnées de sixains comiques composés à propos de chaque tête. Un certain nombre de ces têtes sont gravées d'après les mêmes originaux qui ont servi à Brouwer. On en trouvera la concordance dans notre catalogue.

L'œuvre de Bruegel fut exploité de toutes façons. Dès les premières années, on en trouve des imitations de toutes espèces.

Aux Pays-Bas aussi bien qu'en France et même en Italie, les estampes de notre artiste eurent plusieurs fois les honneurs de la copie. La Cuisine Grasse et la Cuisine Maigre furent copiées trois fois aux Pays-Bas. Le Mercier pillé par les Singes fut copié en contrepartie par certain Langlois à Paris pour un éditeur, Jean de la..., dont le nom ne nous est pas connu en entier ; et à Rome, par un anonyme, pour l'éditeur Jean Turpin, en 1699. Pierre Feddes van Harlingen produisit encore une imitation du même sujet. C'était user envers Bruegel d'un procédé dont celui-ci paraît avoir usé lui-même en utilisant une gravure sur bois du même sujet que M. Schreiber attribue à la fin du XV^ siècle.

Les Emblemata Seciilaria, gravés par Jean Théodore de Bry en 1610, contiennent seize réductions d'estampes de Bruegel parmi lesquelles huit sont des copies des Proverbes,

L'éditeur Henri Hondius, au milieu du XVI P siècle, reprit aussi plusieurs compositions de notre artiste. En même temps que les estampes du Pèlerinage des Epileptiques et des Fous de carnaval, il éditait sous le nom de Pierre Bruegel une estampe tirée du dessin apocryphe conservé au British Muséum, une Danse de Noce, à laquelle on a donné comme fond le fond du dessin des Apiculteurs, du cabinet de Berlin; lacompo-

sition étant en somme l'œuvre de Bruegel, nous l'avons admise dans notre Catalogue.

Les paysages furent également copiés. Outre les répétitions de petits paysages brabançons et campinois gravés par C. Cort, exécutées par J. C. Visscher, notre catalogue mentionne plusieurs copies des Grands Paysages Les plus intéressantes sont nos n° iS'"" et 16'''" ; ces deux pièces, signées du monogramme F F et dont l'une porte la date i58o, sont celles que mentionnent Nagler, [Die Monogramtnisten II, n° 2073, page ySo, lignes 4 à 6) et Brulliot {Dictionnaire des Monogrammes, Appendice, n° 212). Elles font sans doute partie d'une reproduction de la série entière des douze Grands Paysages, car Nagler et Brulliot citent à ce propos une série de douze pièces qu'ils n'ont d'ailleurs pas vue. On avait jusqu'ici envisagé ces estampes comme des œuvres originales sans remarquer qu'elles étaient la contrepartie des Nnndince rnsticorum et du Pagus Nemorosiis, de Bruegel. La Cascade de Tivoli, de la même suite, fut copiée aussi à deux reprises pour des éditions de vues des environs de Rome par Marc Sadeler.

Les adaptations ne furent pas épargnées. Les diableries furent mises au pillage, dès i565, nous l'avons montré (i), pour composer les figures des Songes drolatiques de Pantagruel, qui portent le nom de Rabelais lui-même. La série des Vaisseaux fut mise à contribution par Ortelius pour son Tlieatrum Orbis terrarum et par Braun et Hoghenberg pour leurs Civitates Orbis terrarum. Dans une planche de proverbes satiriques sur les Réformés, gravée par Jacques Horenbault, on retrouve nombre d'emprunts faits à Bruegel ; de même, dans une planche de caricatures publiée en Hollande en 1720, dans Hct Groote Tafereel dcr Dwasheid \)0\\x: stigmatiser les spéculateurs, le Doyen de Renaix et ses acolytes fut utilisé en compagnie d'autres personnages empruntés à la 7W/(^/^/^^ de Jérôme Bosch, etc. Le même recueil' utilise encore de ci de là des personnages et des diables tirés de \2l Paresse, de \ Orgueil, de \ Avarice et de Elck.

Nombreuses sont les estampes qu'on peut confondre avec les compositions bruegeliennes. Nous devons tout d'abord citer un paysage fantastique où l'on voit un monstre à visage humain coiffé d'une cruche surmontée d'une échelle, et dont le corps monté sur deux troncs d'arbre est fait d'une grande coque à demi-brisée laissant voir une société à table.

Ce paysage a quelquefois été envisagé comme une eau-forte de

(1) R. VAN Bastelaer et G. H. de Loo, ouvr. cit. pp. 122 et i23.

Bruegel lui-même ; il suffirait d'en comparer le métier aux dessins du maître etàl'eau-forte originale signée et datée que nous avons mentionnée plus haut, pour s'apercevoir de la fausseté de l'attribution ; seul le petit paysage du fond pourrait se rapporter à peine au maître par la facture, mais sa composition même n'a guère de rapport avec le paysage bruegelien. Nous avons dit ailleurs que le dessin original de cette gravure, conservé au Cabinet de l'Albertine à Vienne, n'est pas de Bruegel et que son motif principal est puisé du volet de \ Enfer dans le triptyque de Jérôme Bosch le Jardin de Délices terrestres. M. von Frimmel a attribué le dessin à Blés.

Il faut donner aux fils de Bruegel l'Ancien, à Pierre II probablement, l'invention de deux compositions représentant le Bon berger enfonçant sa Iwulette dans la gnenlle d'un lonp, l'une gravée en manière noire par John Smith et l'autre gravée au burin par A. Bloteling pour l'éditeur N. Visscher. Une autre manière noire du même John Smith, portant le nom de Bruegel et représentant un Chat qui se jette stir un coq, est également mentionnée dans le Catalogue de la collection d'estampes de Marcus, p. i85. Le catalogue de Gérard Hoet attribue précisément à Pierre Bruegel, sans indiquer s'il s'agit du père ou du fils, une peinture qui se rapproche de ce sujet : « La punition infligée par le renard aux autres animaux ». C'est à Pierre Bruegel II qu'il faut également penser, semble-t-il, devant une Parabole des Aveugles à trois personnages dont le dernier tient inutilement un chien en laisse, composition sans grand caractère et de style assez faible. Une lithographie exécutée au commencement du xix^ siècle reproduit une autre Parabole des Aveugles où se voit aussi un chien d'aveugle devenu superflu. La composition comporte cinq personnages, dont le dernier est une femme. Il est difficile de déterminer, d'après cette lithographie, le style du peintre et de dire si elle reproduit une œuvre du père ou des fils. La composition est importante, les expressions sont significatives, le style est large, mais le caractère un peu âpre des œuvres de Pierre Bruegel l'Ancien y manque assez pour que quelques détails d'habillements qui paraissent postérieurs, notamment le haut chapeau de feutre à vastes bords, puissent faire douter de l'authenticité de l'attribution au père. Dans le doute, nous n'avons pas cru devoir omettre, néanmoins, la description de cette estampe dans notre catalogue. Elle pourrait, en effet, comme celle de la Fête de la Saint-Martin, reproduire une variante d'une œuvre perdue de Pierre Bruegel l'Ancien.

En ce qui concerne les gravures, dont l'une datée de 1649, que Wessely attribue à Bruegel lui-même dans l'ouvrage A'/w.y/?///rf'Â'?///^V/(fr de Dohme, (Tome I, fasc. xvii, p. 10) cette attribution est sans preuve.

Wessely y rapproche des deux paysages à l'eau-forte datés de i553 et édités par Hoefnaegel que nous avons rencontrés plus haut, une Noce où la mariée est assise à table tandis qu'à droite on voit une ronde de danseurs ; une Kermesse animée ; et enfin, une scène de Beuverie à la porte d'une taverne.

Ces cinq pièces, dit Wessely, sont d'un faire identique. Il nous suffira de rappeler la différence essentielle entre le faire brillant de l'eau-forte originale de Bruegel, la Chasse au lapm sauvage, et le métier refroidi des paysages portant le millésime de i553 pour montrer l'inanité des cinq attributions.

Il resterait à savoir si la Beuverie à la porte d'une Taverne et la Kermesse ne sont pas les deux gravures éditées par Frans Huys en i558, sans nom d'inventeur, pièces qui se font pendant et qui sont quelquefois attribuées à tort à Pierre Bruegel. On y trouve, en effet, une scène de taverne en plein air où l'on voit un homme regarder au travers d'un arbre creux, ce qui rappelle la description de Wessely ; dans l'autre on voit au fond, derrière une Danse de l'œuf, Joseph et Marie repoussés de l'hôtellerie de Bethléem. En ce qui concerne l'invention de ces pièces, on pourrait se demander si elle est due à Frans Huys lui-même, ou si c'est l'œuvre de son frère Pierre Huys, le peintre de la diablerie du Job du Musée de Douai. Tel profil d'homme qu'on y trouve, fort parent de celui du gros diable à double menton du tableau de Douai, pourrait le faire supposer ; d'autre part on y retrouverait peutêtre aussi une analogie de type avec les compositions de Corneille Metsys.

Mais il est plus probable que ces descriptions de Wessely se rapportent aux Kermesses et au Banquet de Noce rustique de van der Borght. eaux-fortes datées de iSSg et i566. Dans ces œuvres, en effet, les 5 des dates i559 sont faits de telle façon qu'ils pourraient être pris pour des 4 et être lus « 1649 ».

Pierre van der Borght, sans avoir la profondeur et la conviction de Pierre Bruegel, fut son émule précoce et eut sur lui l'avantage de mettre sur cuivre ses propres compositions. Outre la Kermesse synoptique datée de iSSç que nous venons de citer de cet artiste, et qui est influencée par la Kermesse allemande de Hans Sebald Beham, de i535, il existe, gravée à l'eau-forte de sa main, un Festin de Noce rustique avec les porteurs de cadeaux, daté de i56o, un Savetier maître d'école, daté de 1559, une Scène de Patinage à Malines, datée de iSSç, qu'on attribue souvent à Pierre Bruegel l'Ancien ; ces quatre pièces sont éditées par Barth. de Mompere. On attribue encore au même graveur drôle, un Cortège de tireurs, une Fête villageoise, les deux premiers édités par C. van Tienen, qui ne pourrait guère être qu'un éditeur de seconde main.

On met quelquefois au nom de Bruegel une Disp-iite pour le hatitde-chimsse entre hommes et femmes, dans un intérieur, où l'on voit flotter un étendard avec la devise « D'Overhandt ». Cette planche, dont nous ne connaissons qu'un exemplaire, paraît avoir été éditée primitivement avec une signature, qui fut ensuite grattée. Les personnages de cette estampe, éditée par Joos Boscher, l'éditeur hollandais de la Parabole des Aveugles de H ans Bol, rappellent plutôt par leur type lourd et trapu les personnages des paysanneries de Corneille Metsys tels qu'on les retrouve dans sa gravure de \ Enfant prodigue et dans sa peinture du Rijks- Muséum à Amsterdam (N° i528). Elle est probablement de Pierre van der Borcht, pour la composition.

Nous avons aussi montré qu'il fallait donner à Jean Verbeek ou Verbeec, un autre contemporain de Pierre Bruegel l'Ancien, la composition de trois gravures au burin souvent attribuées à Pierre Bruegel, Vîiyle sauce, les Chantres de Bacchus et la Vie sans souci, éditées par Jérôme Cock.

D'autre part, Pierre Baltens Custos est l'auteur probable d'estampes signées P. B. qu'on attribuait naturellement aussi à Pierre Bruegel : la Danse de Noce rustique au fond de laquelle on voit des paysans transporter à l'étable, dans un énorme chaudron, comme cela se fait encore de nos jours en Campine, la nourriture des bestiaux; une Mariée en pleurs conduite, la chandelle au poing, le pot dans l'autre, à la chambre nuptiale, par le marié suivi d'un joueur de musette et de deux femmes. Ces compositions, dont les personnages sont autrement hors d'aplomb que ceux de van der Borght, sont très maladroitement et très sommairement gravées au burin, dans une manière qui correspond aux travaux signés de l'artiste, notamment à une suite des Comtes de Flandre.

Certaines estampes gravées d'après Martin van Clève, pourraient être envisagées également comme des compositions de Bruegel, dont il emprunte à la fois l'allure de la composition et le style de dessin. D'anciens catalogues de ventes et de collections classent, notamment, quelquefois sous le nom de notre artiste, une série de pièces sur la Culture du blé d'un style très approchant de celui de Bruegel l'Ancien. Il suffit de faire remarquer que l'une de ces huit pièces, gravées par J. et A. Wierix (Alvin, Catalogue de l'œuvre des frères IVierix, n°* i534-i536), dont se compose cette suite, porte la signature 7l/(artin) van Cleue inuentor et que M. van Haecht, le « facteur » ou poète de la Chambre de rhétorique « La Violette » d'Anvers, la signa à la fois comme compositeur et éditeur.

Il faut, d'autre part, rapporter à l'école de Pierre Aertsens une gravure sur bois d'une Bataille de paysans après un festin, datée de i566,

où les personnages sont d'une longueur exagérée et où les hommes aux longues jambes sont vêtus de grandes culottes étroites descendant jusqu'aux chevilles.

Des compositions de Bruegel furent parodiées dans des estampes dont les personnages étaient remplacés par des singes : telles sont X Ecole des singes, éditée par C. van Tienen en imitation de XAne à r Ecole et, parmi les singeries de Pierre van der Borght, le Singe-Mercier pillé par ses congénères, le Singe-Alchitnisle, etc. Martin de Vos donna, également dans le goût de ces deux mêmes pièces, d'autres imitations qui se trouvent elles-mêmes parodiées parmi les singeries de van der Borght dont nous venons de parler ; il y ajouta aussi une Opération des Pierres de Tète inspirée par le Doyen de Renoix, et copiée ellemême en réduction dans les Emblemata Secidaria de De Bry ; puis un Alchimiste, copié également par De Bry. Il composa encore un Cordonnier bo?i vivant querellé par sa femme, gravure à l'eau-forte par Pierre van der Borght, éditée à Gand par J. B. Vrints et plus tard par J. C. Visscher.

Vers l'an 1600, David Vinckeboons reprit, habilement aussi, les traditions établies par Bruegel, sans avoir sa simplicité de style, en outrant le détail pittoresque, mais en conservant le caractère suranné des costumes : sa parabole du Bon Pasteur, ses Dénicheurs, ses Aveugles ioneurs de vielle, ses Proverbes en rond gvdivés par C. J. Visscher ; son Combat de Carnaval et de Carême et son Triomphe de la Mort gravés par les frères Bolswert, sont autant de compositions inspirées par les œuvres de Pierre Bruegel l'Ancien et qu'il importe de ne pas confondre avec celles-ci.

Van Mander lui-même, enfin, composa des paysanneries imitées de celles de Bruegel, notamment une Fête dans un intérieur. Ses compositions sont toutefois faciles à discerner par la longueur maniérée de ses personnages.

Un artiste de la fin du XVP siècle, resté anonyme, composa des imitations des Cuisines Grasse et Maigre gravées dans des encadrements de grotesques, et éditées par H. Allard, puis, en i63o, par Rombout van der Hoeye.

Une autre gravure au burin, également de compositeur anonyme, représente une Scène d'intérieur rustique où, dans la salle commune, une femme j)répare des légumes à une table, tandis cju'un homme, coiffé d'un antique chaperon, se chauffe en compagnie d'enfants et de femmes à un feu de bois allumé au milieu de la salle ; cette composition, qui porte l'adresse AH ex i5y6 en lettres rétogrades, est quelquefois envisagée à tort comme due à Pierre Bruegel. Il en est de même encore d'une

estampe portant l'adresse de Cock, « Aux quatre Vents » où l'on voit une Mère-Folle couvant de petits Fous à qui deux jeunes fous donnent la bouillie, tandis que deux autres se divertissent à une danse de l'œuf. Ne pouvant rapporter le style, assez impersonnel, de ces i)ièces à l'un ou l'autre peintre déterminé, nous nous bornerons à les mentionner.

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