LES EDITIONS DES ESTAMPES GRAVEES D'APRÈS PIERRE BRUEGEL L'ANCIEN
On ne peut pas faire de distinction bien nette entre les sujets qui ont été composés par Bruegel uniquement en vue de la gravure et ceux qui, ayant été peints, ont aussi été gravés. Le fait que le Lnilekker/atid 2i été à la fois peint et gravé, pour être le plus caractéristique, est loin d'être isolé. Nous avons fait divers rapprochements entre les gravures des Grands Paysages et certains tableaux, tels que la Fuite en Egypte possédée par Granvelle, et nous avons dit que la gravure du Doyen de Renaix trouve des répliques peintes en contrepartie. Il en est de même de la Danse de Noce, et peut-être des Cuisines Grasse et Maigre, sans compter les emprunts ô^ Ourson et de Valentin et de la Noce de Mopsus et de Nisa faits au tableau du Combat de Carême et de Mardi-Gras, de Vienne. D'autre part, nous ne pouvions nous abstenir de décrire des pièces gravées après la mort de l'artiste, telle que Jésus et la Femme adultère.
Nous ne croyons donc pas devoir rétablir, non plus, dans le catalogue qui suit cette étude, une distinction entre les gravures contemporaines de Bruegel et celles qui ont été faites plus tard d'après ses peintures, et négliger les dernières. Nous décrirons, par suite, toutes les estampes exécutées d'après ses œuvres, y compris, autant que possible, les modernes, hormis bien entendu les reproductions photogravées.
Parmi les noms d'éditeurs que notre catalogue mentionne, nous rencontrons successivement ceux de Cock, Barth. de Mompere, Martin Pétri ou Peters, Pierre de Jode, Th. Galle, Jean Galle, Adrien Collaert, C. van Tienen, Martin van den Enden, d'Anvers ; de J. G. Visscher, Harmen Adolfz, de Harlem et d'Amsterdam ; P. de la Houwe, de Paris. A part les quatre premiers, ce sont des adresses d'états postérieurs. Comme adresse sur ses gravures, Jérôme Cock n'employait quelquefois
que son enseigne «Aux quatre vents», en français- ou, en flamand, « Vier Winden ». Renouvier fait donc erreur quand il attribue des éditions de Bruegel à un marchand de Paris sous cette adresse. Ce fut seulement quarante ans plus tard que « Paul de la Houwe au Palais », à Paris, vint en possession de l'une ou l'autre des planches de Cock et que, juxtaposant cette adresse à celle des «Quatre Vents», il occasionna ainsi l'erreur.
Des éditeurs rivaux avaient cherché très tôt à exploiter la veine des estampes drôles que Cock avait découverte. Nous ne savons si c'est Cock ou l'un d'eux qui édita le Doyen de Renaix en iSSy. Barthélémy de Mompere, d'Anvers, édita une composition de Pierre Bruegel, la Kermesse d'Hoboken ; ce fut vers l'année iSSg évidemment, au moment où il éditait aussi les Kermesse et Noce rustique de Pierre van der Borcht, vingt ans avant la Course fiautique à l'oie de Hans Bol, attribuée longtemps à van der Borcht également.
Plus tard, Martin Pétri ou Peters, un voisin de Jérôme Cock à Anvers, près de la nouvelle Bourse, publia vers la fin de la vie de Bruegel et de Cock, en i568, Y Ivrogne poussé dans la bauge aux pourceaux, gravé par le jeune J. Wierix.
Quant à Pierre de Jode, il n'édita Jésus et la Femme adultère, gravée par P. Perret, que l'année qui suivit la mort de Bruegel.
Après la mort de Jérôme Cock, les cuivres gravés d'après Bruegel par ses contemporains et qui formaient le fond de Cock restèrent dans les mains de la veuve de l'éditeur qui continua le commerce comme nous le savons par les Liggeren. Après la mort de celle-ci, le sort de ces planches fut divers. On les retrouve chez nombre d'éditeurs différents. Ceux-ci se les transmirent soigneusement, et si les épreuves en sont assez rares on le doit surtout au fait qu'elles s'adressaient à un public peu soigneux et peu collectionneur, qui les affichait aux murs sans respect : les rééditions et les copies témoignent assez de la faveur populaire, celles des Cuisines Grasse et Maigre, par exemple, montent au nombre de six éditions différentes.
En ce qui concerne les états successifs des planches, il faut remarquer que les éditions primitives de quelques pièces sont très rares. Aussi, si elles sont signalées parfois comme pourvues d'un millésime, il ne nous a pas toujours été donné de contrôler l'existence de celui-ci. Tel est, par exemple, le cas en ce qui concerne la Danse de Noce. Néanmoins, les sources auxquelles nous avons puisé nos renseignements, catalogues de ventes anciennes et modernes, études modernes, ont par elles-mêmes a.ssez d'autorité pour que nous ayons cru devoir les adopter, sauf quelques réserves.
La famille Galle, dont le chef Philippe s'était établi définitivement à Anvers en iSyo, réunit une grande quantité des planches : les onze cuivres de la suite des Vaisseaux, ceux du Boti Pasieuy, du Grand Poisson, du Ltnlekkcyland, du Mercier pillé par les Singes, à!Elck, de la Sorcière de Malleghem, de X Alchimiste, de la Danse de Noce rustique, du Patinage, et ceux des quarante-huit petits paysages brabançons, etc. Jean Galle, qui reçut à son tour ces planches des mains de Théodore Galle, ne paraît pas s'être toujours inquiété de l'authenticité des renseignements relatifs à Bruegel qu'il inscrivit sur ses éditions ; c'est ainsi qu'il apposa à côté de son adresse, sous \xn& Bataille entre paysans et routiers ^ovtant l'inscription : « Wat meynen dees Huyseeckers, etc. », la signature « P. Bruegel inv. » Cette pièce, néanmoins, est absolument étrangère à Pierre Bruegel l'Ancien et il en existe un état antérieur où le nom de Bruegel ne se trouve pas. D'autre part, au bas de la série des quarantehuit petits paysages brabançons, gravés par Corneille Cort dans ses commencements, d'après les dessins de Bruegel, il ajoute, sans souci des droits de notre artiste. « C. Coert inuentor in Brabantia». Aussi, les indications que le même éditeur a ajoutées à2ins,\ç. Patinage devant la Porte S'-Georges ; « P. Bruegel del. et pinx. i553 » et dans le Triojnphe du Temps « Petrus Bruegel invent. Joan Galle sculp. », sont-elles assez sujettes à caution. Les états des pièces du maître portant l'adresse de cet éditeur semblent avoir été publiés en recueil. Ils comportent souvent, en effet, à l'angle inférieur droit, une lettre de l'alphabet : une copie de la Cîiisine Grasse, faussement signée d'ailleurs du monogramme de van der Heyden, porte la lettre L ; le Grand Poisson porte la lettre N ; le Combat des Tire-lires et des Coffres-forts, la lettre Q ; le Patinage, la lettre K. etc. Cette lettre sert évidemment de numéro d'ordre. En une autre série, elle semble se redoubler : le Triomphe du Temps, au second état, porte les lettres minuscules f. f.
Adrien Collaert, d'Anvers, racheta du fond de Cock la Bète des Fotis et la Danse de Noce, qui passa ensuite aux mains de Jean Galle. C. van Tienen (qui publia aussi des imitations de Bruegel), puis Martin van den Enden, republièrent les Noces de Mopsus et de Nisa.
D'autres planches encore allèrent en Hollande : le Combat naval devant Messine fut réédité à Harlem chez Harmen Adolfsz. C.-J. Visscher reprit des mains des de Jode la planche de Jésus et la Femme adultère, publia une copie du Grand Poisson, sous laquelle il ajouta le nom de Bruegel et copia lui-même X Ivrogne poussé dans la bauge aux pourceaux , en complétant les accessoires de façon à donner à la composition une signification politique.
Les suites d'estampes forment une part importante dans l'œuvre. Outre la série de douze Grands Paysages, nous notons celles des Vices, des Vertus, des Vaisseaux, des Multifariarum Casulartim et des Prœdiormn villarnm et rusticaruin casiilarmn etc., (réunies en une seule série dans les éditions postérieures), celle de Saint Jacques et Hermogène, celle des Douze Proverbes gravés par Jean Wierix, et celle des Saisons. Les Proverbes gravés par Wierix pourraient se confondre avec une autre suite de Proverbes assez rare, également en cercle, mais d'un diamètre plus réduit, qu'on attribue aussi parfois à Bruegel ; toutefois, une différence de style assez sensible et les distiques allemands qui les entourent, empêchent d'y reconnaître une seconde série due à l'invention de Pierre Bruegel l'Ancien.
Outre les séries livrées par Bruegel à ses graveurs contemporains, les éditeurs postérieurs s'ingénièrent à en former d'autres. Henri Hondius, s'emparant du dessin du Pèlerinage des Épileptiques, en tira en 1642 trois planches, auxquelles il donna un titre typographique : Vertooninge Hoe de Pe/gerimmeji, op S. Jans-dagh, buyten Brussel toi Meulebeeck, etc., imprimé sur la feuille des foueurs de Musette. Cette série s'allonge quelquefois de deux autres pièces éditées par le même, la même année, où l'on voit des Fous de Carnaval courant les villages, et d'une Danse de noce, exécutée en 1644 d'après un dessin apocryphe conservé au British Muséum. On trouve aussi quelquefois l'une des pièces du Pèlerinage des Épileptiques, les deux Joueurs de Musette, réunie à ces deux estampes des Fous de carnaval, dont on a fait ainsi une série de trois pièces ; mais on ne peut envisager la série ainsi formée que comme une suite factice.
Si l'on en croit le catalogue de la collection Winckler (t. III p. iSy, n° i36), un anonyme grava, sous le titre Verscheyde aardige Boeren en Boerinnen door A . Brouwer en P. Bruegel, une suite de douze sujets rustiques inscrits dans des cercles de six pouces de diamètre. Chacun de ces ronds portait en exergue, suivant ce catalogue, des vers galants en allemand. Parmi eux il y avait cinq pièces d'après Bruegel, les cinq autres étant de la composition d'Adrien Brouwer. Cette suite, qu'on appelait aussi, dit ce catalogue, les Douze mois de Vannée, est peut-être la seconde suite de Proverbes dont nous venons de parler plus haut. Il s'agirait probablement, dans ce cas, de gravures de proverbes en ronds composées par Pierre Bruegel II.
Brouwer grava, en tout cas d'après Pierre Bruegel l'Ancien, une suite de vingt-quatre têtes d'hommes et de femmes en ©vales, à deux par feuille, signées « Bruegel inventor ». Il est difficile de dire si ces têtes sont
empruntées à des compositions ou des peintures de Bruegel, ou si elles reproduisent seulement des dessins analogues à ceux de Dresde, ou de petites peintures telles que celles que mentionne l'inventaire de la succession de Rubens : nous n'avons pu les retrouver dans les compositions du maître. Cette réunion de têtes fut publiée, copiée et augmentée à plusieurs reprises. Une édition par Joachim Ottens et F. de Wit contient douze feuillets et vingt-quatre têtes, sans nom de graveur. Le catalogue Winckler cite encore une édition «mieux gravée que la précédente», sans nom d'artiste, donnant quarante-huit têtes. Viennent ensuiteplusieurs éditions de trente-six feuilles contenant soixante-douze têtes en ovales encadrés, gravées et d'abord éditées par Claes Jansz Visscher, puis imprimées à Weesp chez Albert Elias van Panhuizen en i658. Elles ont un titre: « Tooneel des IVerelds &\.c. »... avec variantes que nous donnons plus loin dans notre catalogue. Deux de ces éditions sont accompagnées de sixains comiques composés à propos de chaque tête. Un certain nombre de ces têtes sont gravées d'après les mêmes originaux qui ont servi à Brouvver. On en trouvera la concordance dans notre catalogue.
L'œuvre de Bruegel fut exploité de toutes façons. Dès les premières années, on en trouve des imitations de toutes espèces.
Aux Pays-Bas aussi bien qu'en France et même en Italie, les estampes de notre artiste eurent plusieurs fois les honneurs de la copie. La Cuisine Grasse et la Ctdsine Maigre furent copiées trois fois aux Pays-Bas. Le Mercier pillé par les Singes fut copié en contrepartie par certain Langlois à Paris pour un éditeur, Jean de la. . . , dont le nom ne nous est pas connu en entier ; et à Rome, par un anonyme, pour l'éditeur Jean Turpin, en 1599. Pierre Feddes van Harlingen produisit encore une imitation du même sujet. C'était user envers Bruegel d'un procédé dont celui-ci paraît avoir usé lui-même en utilisant une gravure sur bois du même sujet que M. Schreiber attribue à la fin du XV^ siècle.
Les Emblemata Secularia, gravés par Jean Théodore de Bry en 1610, contiennent seize réductions d'estampes de Bruegel parmi lesquelles huit sont des copies des Proverbes,
L'éditeur Henri Hondius, au milieu du XVI P siècle, reprit aussi plusieurs compositions de notre artiste. En même temps que les estampes du Pèlerinage des Epileptiques et des Fous de carnaval, il éditait sous le nom de Pierre Bruegel une estampe tirée du dessin apocryphe conservé au British Muséum, une Danse de Noce, à laquelle on a donné comme fond le fond du dessin des Apiculteurs, du cabinet de Berlin ; la compo-
sition étant en somme l'œuvre de Bruegel, nous l'avons admise dans notre Catalogue.
Les paysages furent également copiés. Outre les répétitions de petits paysages brabançons et campinois gravés par C. Cort, exécutées par J. C. Visscher, notre catalogue mentionne plusieurs copies des Grands Paysages l^&s plus intéressantes sont nos n° i3'"'' et 16'''^; ces deux pièces, signées du monogramme F F et dont l'une porte la date i58o, sont celles que mentionnent Nagler, {Die Mo)iogyammisten II, n° 2073, page ySo, lignes 4 à 6) et Brulliot {Dictionnaire des Monogrammes, Appendice, n° 212). Elles font sans doute partie d'une reproduction de la série entière des douze Grands Paysages, car Nagler et Brulliot citent à ce propos une série de douze pièces qu'ils n'ont d'ailleurs pas vue. On avait jusqu'ici envisagé ces estampes comme des œuvres originales sans remarquer qu'elles étaient la contrepartie des Nnndinœ riisticorutn et du Pagiis Nemorosiis, de Bruegel. La Cascade de Tivoli, de la même suite, fut copiée aussi à deux reprises pour des éditions de vues des environs de Rome par Marc Sadeler.
Les adaptations ne furent pas épargnées. Les diableries furent mises au pillage, dès i565, nous l'avons montré (i), pour composer les figures des Songes drolatiques de Pantagruel, qui portent le nom de Rabelais lui-même. La série des Vaisseaux fut mise à contribution par Ortelius pour son 'flieatrtmt Orbis terrariim et par Braun et Hoghenberg pour leurs Civitates Orbis ter r arum. Dans une planche de proverbes satiriques sur les Réformés, gravée par Jacques Horenbault, on retrouve nombre d'emprunts faits à Bruegel ; de même, dans une planche de caricatures publiée en Hollande en 1720, dans Het Groote Tafereel dcr Diiiasheid \)0\\v stigmatiser les spéculateurs, le Doyen de Renaix et ses acolytes fut utilisé en compagnie d'autres personnages empruntés à la Nef bleue àQ ]éïomQ Bosch, etc. Le même recueil utilise encore de ci de là des personnages et des diables tirés de la Paresse, de V Orgueil, de Y yl varice et de Elck.
Nombreuses sont les estampes qu'on peut confondre avec les compositions brucgeliennes. Nous devons tout d'abord citer un paysage fantastique où l'on voit un monstre à visage humain coiffé d'une cruche surmontée d'une échelle, et dont le corps monté sur deux troncs d'arbre est fait d'une grande coque à demi-brisée laissant voir une société à table.
Ce paysage a quelquefois été envisagé comme une eau-forte de
(i) R. VAN Bastelaer et G. H. de Loo, ouvr. cit. pp. 122 et I23.
as
Bruegel lui-même ; il sufifirait d'en comparer le métier aux dessins du maître et à l'eau-forte originale signée et datée que nous avons mentionnée plus haut, pour s'apercevoir de la fausseté de l'attribution ; seul le petit paysage du fond pourrait se rapporter à peine au maître par la facture, mais sa composition même n'a guère de rapport avec le paysage bruegelien. Nous avons dit ailleurs que le dessin original de cette gravure, conservé au Cabinet de l'Albertine à Vienne, n'est pas de Bruegel et que son motif principal est puisé du volet de X Eiifer dans le triptyque de Jérôme Bosch le Jardin de Délices terrestres. M. von Frimmel a attribué le dessin à Blés.
Il faut donner aux fils de Bruegel l'Ancien, à Pierre II probablement, l'invention de deux compositions représentant le Bon berger enfonçant sa Jwulette dans la gneiille d'un loup, l'une gravée en manière noire par John Smith et l'autre gravée au burin par A. Bloteling pour l'éditeur N. Visscher. Une autre manière noire du même John Smith, portant le nom de Bruegel et représentant un Chat gui se Jette sur un coq, est également mentionnée dans le Catalogue de la collection d'estampes de Marcus, p. i85. Le catalogue de Gérard Hoet attribue précisément à Pierre Bruegel, sans indiquer s'il s'agit du père ou du fils, une peinture qui se rapproche de ce sujet : « La punition infligée par le renard aux autres animaux ». C'est à Pierre Bruegel II qu'il faut également penser, semble-t-il, devant une Parabole des Aveugles à trois personnages dont le dernier tient inutilement un chien en laisse, composition sans grand caractère et de style assez faible. Une lithographie exécutée au commencement du xix*^ siècle reproduit une autre Parabole des Aveugles où se voit aussi un chien d'aveugle devenu superflu. La composition comporte cinq personnages, dont le dernier est une femme. Il est difficile de déterminer, d'après cette lithographie, le style du peintre et de dire si elle reproduit une œuvre du père ou des fils. La composition est importante, les expressions sont significatives, le style est large, mais le caractère un peu âpre des œuvres de Pierre Bruegel l'Ancien y manque assez pour que quelques détails d'habillements qui paraissent postérieurs, notamment le haut chapeau de feutre à vastes bords, puissent faire douter de l'authenticité de l'attribution au père. Dans le doute, nous n'avons pas cru devoir omettre, néanmoins, la description de cette estampe dans notre catalogue. Elle pourrait, en effet, comme celle de la Fête de la Saint-Martin, reproduire une variante d'une œuvre perdue de Pierre Bruegel l'Ancien.
En ce qui concerne les gravui"es, dont l'une datée de 1649, que Wessely attribue à Bruegel lui-même dans l'ouvrage Kunst und Kunstler de Dohme, (Tome I, fasc. xvii, p. 10) cette attribution est sans preuve.
Wessely y rapproche des deux paysages à l'eau-forte datés de i553 et édités par Hoefnaegel que nous avons rencontrés plus haut, une Noce où la mariée est assise à table tandis qu'à droite on voit une ronde de danseurs ; une Kermesse animée ; et enfin, une scène de Beuverie à la porte d'une taverne.
Ces cinq pièces, dit Wessely, sont d'un faire identique. Il nous suffira de rappeler la différence essentielle entre le faire brillant de l'eau-forte originale de Bruegel, la Chasse an lapin sanvage, et le métier refroidi des paysages portant le millésime de i553 pour montrer l'inanité des cinq attributions.
Il resterait à savoir si la Beuverie à la porte d'une Taverne et la Kermesse ne sont pas les deux gravures éditées par Frans Huys en i558, sans nom d'inventeur, pièces qui se font pendant et qui sont quelquefois attribuées à tort à Pierre Bruegel. On y trouve, en effet, une scène de taverne en plein air où l'on voit un homme regarder au travers d'un arbre creux, ce qui rappelle la description de Wessely ; dans l'autre on voit au fond, derrière une Danse de l'œuf, Joseph et Marie repoussés de l'hôtellerie de Bethléem. En ce qui concerne l'invention de ces pièces, on pourrait se demander si elle est due à Frans Huys lui-même, ou si c'est l'œuvre de son frère Pierre Huys, le peintre de la diablerie du Job du Musée de Douai. Tel profil d'homme qu'on y trouve, fort parent de celui du gros diable à double menton du tableau de Douai, pourrait le faire supposer ; d'autre part on y retrouverait peutêtre aussi une analogie de type avec les compositions de Corneille Metsys.
Mais il est plus probable que ces descriptions de Wessely se rapportent aux Kermesses et au Banquet de Noce rustiqtic de van der Borght, eaux-fortes datées de iSSg et i566. Dans ces œuvres, en effet, les 5 des dates i559 sont faits de telle façon qu'ils pourraient être pris pour des 4 et être lus « 1849 ».
Pierre van der Borght, sans avoir la profondeur et la conviction de Pierre Bruegel, fut son émule précoce et eut sur lui l'avantage de mettre sur cuivre ses propres compositions. Outre la Kermesse synoptique datée de iSSç que nous venons de citer de cet artiste, et qui est influencée par la Kertnessc allemande de Hans Sebald Beham, de i535. il existe, gravée à l'eau-forte de sa main, un Festin de Noce rustique avec les porteurs de cadeaux, daté de i56o, un Savetier maître d'école, daté de i559, une Scène de Patinage à Malines, datée de iSSg, qu'on attribue souvent à Pierre Bruegel l'Ancien ; ces quatre pièces sont éditées par Barth. de Mompere. On attribue encore au même graveur drôle, un Cortège de tireurs, une Fête villageoise, les deux premiers édités par C. van Tienen, qui ne pourrait guère être qu'un éditeur de seconde main.
Muller {oiivr. cit. t. I, n° 417), nous n'avons pu davantage les mentionner. Nous devons toutefois mettre en garde contre l'assimilation que fait cet auteur de cette composition avec celle qu'il cite plus tard dans son volume de Supplément (p. 89, n° 417) et qui n'est que la gravure de Bolswert d'après David Vinckeboons.