VIII PRÉFACE
plétait cette admirable suite des deux artistes, Lavreince et Janinet, la Comparaison, manquait.
C'est à partir de ce moment que vous vous êtes mis en campagne, et que vous avez voulu vous rendre compte en même temps de la véritable valeur artistisque et vénale de ces magnifiques pièces ; vous avez commencé alors à rassembler les catalogues desveîites célèbres. Mais vous n'avez pas tardé à vous apercevoir combien il y avait de décousu et d'éparpillement dans les œuvres des maîtres.
De là à chercher à combler vous-même la lacune, il n'y avait qu'un pas, et ce pas, vous avez eu bientôt fait de le franchir.
Pendant trois ans et plus, vous avez dépouillé tout ce qui a été publié sur les Estampes au XVIIP siècle ; vous avez fouillé une à une les plus remarquables collections particulières ou publiques; recueilli, enfin, aiqwès des amateurs et des marchands, les renseignements de toute nature qui pouvaient vous aider à répondre à certaitis desiderata.
Puis^ après avoir noirci des cahiers entiers de notes patiemment amassées , au prix de recherches infatigables, votre moisson une fois achevée, vous vous êtes résolument mis à la besogne.
Le pilan que vous avez adopté me semble à la fois tout à fait logique et tout à fait pratique.
PRKFACE IX
Naturellement, vous ne remontez pas, pour les prix obtenus en vente publique, plus loin que trente ans en arrière; car ce n'est guère que de cette époque que date la faveur dont jouissent aujourd'hui les estampes du XVIir siècle. Jusque-là, d'ailleurs, on ne songeait pas même à les classer à part ; on les vendait en bloc par portefeuilles, par paquets de trente, quarante et cent pièces.
Bie?i qu'il s'agisse d'estampes, vous avez dressé votre catalogue par les noms des peintres ou des dessinateurs et non par ceux des graveurs.
Au-dessous du nom de chaque maître, vous dontiez la date de sa naissance et de sa mort; puis, à la suite, les titres des gravures faites d'après ses tableaux ou d'après ses dessins, avec les ?ioms des graveurs ou des aqua-fortistes qui les ont exécutés.
En somme, votre livre contient toutes les œuvres capitales et populaires. Il ne m'a pas semblé, du moins, que vous ayez omis une seule pièce véritablement digne de figurer sur ce livre d'or de la gravure au XYlIh siècle.
Il n'y a guère, au surplus, plus de 250 à 300 pièces capitales dans le dix-huitième, à l'imité, bien entendu; c'està-dire en comptant les quatre états de la Promenade publique, par exemple, pour une seule pièce et non pour quatre pièces différentes.
J'ajouterai que vous avez également fait mention d'un certain nombre de pièces connues y d'une valeur quelque pt eu
PREFACE
moindre, mais qui en ont assez, pour qu'il soit intéressant d'en connaître la valeur.
Le renouveau des estampes du dernier siècle ne remonte guère, vous le savez comme moi, à plus d'une trentaine d'a?i?îées.
Déjà, cependant, en 1855;, la vente de Vèze et celle de Le Blond, en 1869^, avaient fait pressentir le mouvement qui devait biejitôt se dessiner dajis ce sens.
£';2 1865^ l'Art du XYIII» siècle, des deux frères Edmond et Jules de Goncourt, mit en pleine lumière, avec le style lumineux et poétique qui appartient à ces deux maîtres écrivains, tous ces trésors, négligés jusque-là.
Puis, vinrent les fameuses ventes Didot, de Béhague, Mulbacher, qui donnèrent un coup de fouet à la curiosité des amateurs.
D'autres ventes, moins importantes et moins célèbres, mais fort intéressantes encore, méritent d'être citées ici; entre autres, les ventes His de la Salle, Delbergue-C ormont, Latérade, de la Villestreux, Leblanc, Pelletier, Soleil, Simon, Gigoux, Herzog, Wasset, Sieurin, Michelot, Dubois du Bais, Roth, Walferdin, Mailand, etc.
C'est alors qu'on vit adjuger, à des prix exorbitants, des pièces qui trouvaient difficilement preneurs quelques années auparavant ; qu'o?î vit, par exemple, le Bal paré et le Concert, ces deux charnmnts ptcndants, d'après Augustin
PREFACE XI
de Saint-Aubin, gravés par A .-J. Duclos [deux gravures merveilleuses, il est vrai, avant toutes lettres, avant r encadrement, avant les légères retouches qui furent faites ultérieurement^ notamment dans les fonds), atteindre 12;, 000 francs à la vente Mulbacher en 1881 ] et à la vente Behague, l'Escalade ou les Adieux du matin, de Debucourt, avant toutes lettres, seulement le nom du maître tracé à la pointe, pièce rarissime en cet état, monter jusqu'à 4,950 francs; d'autres pièces encore mettre le feu aux enchères les plus folles et, finalement, n'être enlevées par des collectionneurs passionnés qu'à des chiffres qui centuplaient leur valeur depuis vingt ans.
Désormais, il fallut des portefeuilles largement pourvus d'arguments irrésistibles, empruntés aux graveurs de la Banque de France, pour emporter, de haute lutte, les moindres pièces des Baudouin, des Debucourt, des Lavreince, des Caresme, des Borel, des Fragonard, des Saint-Aubin, des Taunay [on ne connaît de ce maître qu'une suite de quatre pièces ; elle n'en est, d'ailleurs, que plus recherchée), des Challe, des Cochin, des Moreau le jeune, des Eiseii, des Freudeberg, des Greuze, des Queverdo, des Regnault [deux pièces surtout), des Sergent, des Janinet et de beaucoup d'autres encore.
Vous indiquez le nombre des états pour chacune des pièces comprises dans le Catalogue raisonné du XVIIP siècle, d'Emmanuel Bocher, en renvoyant, pour la descrip-