S LES ESTAMPES
M. Louis Moreau a publié un recueil : Mars, dieu des Armées, 0 images anliguerrières, compositions vivem(Mit senties et nettement exprimées par un xyiographe qui sait faire parler au bois sa langue sincère et forte.
Un peintre qui est aussi un poète, M. Georges Lorin, a composé une abondante série de dessins au fusain dont il a fait phototyper cinquante et qu'il a réunis en album sous le titre de Symboles de guerre. C'est dire que l'auteur a obéi à une pensée philosophique, et ce point de vue échappe à notre appréciation. Ce qui y rentre, c'est la qualité du dessin, la variété des images et la vigueur de l'accent.
M. Maurice Neumont a, lui aussi, produit, entre plusieurs œuvres intéressantes, une lithographie qu'il faut signaler : Sa Majesté la Ruine. C'est Le Chevalier de la Mort de Diirer, renouvelé avec beaucoup d'ingéniosité : Guillaume est le chevalier, mais un chevalier cruel, et non plus le bon chevalier du maître de Nuremberg; le Kronprinz tient la place de la Moi'l, et le Diable à face de pourceau est aisément transformé en soldat boche couvert du masque et armé du lance-flammes ^
Une Polonaise qui vit à Paris, M"'^ Sonia Lewitska, a fait sur la Délivrance de la Pologne un bois magnifique. On y rencontre de l'ingénuité, de la gaucherie et un véritable sens décoratif. La répartition des blancs et des noirs est parfaite et procure une rare impression de richesse.
M. Willette devait à tout son passé de <( cocardier », que symbolise à merveille le Valmy du Luxembourg, de donner son avis sur ce conflit qui endeuille la civilisation tout entière. La théorie allemande de la guerre abrégée par la cruauté est une tartuferie dont il allait se faire le justicier. Dès le début, il comprit que ce n'était plus de guerre en dentelles qu'il s'agissait. Les préludes de 1870-71 lui revinrent en mémoire; ils n'étaient alors qu'une brève répétition de ce que l'Allemagne, — la « plaintive Allemagne » d'autrefois, ô Ruy Blas ! — préparait pour le grand spectacle qu'elle rêvait d'offrir au monde. En compositions railleuses, mordantes, héroïques et vengeresses, en projets de décoration, en affiches, en programmes,
1. Cette estampe célèbre et la 3/c'/auco//f, que transposa M.Willette, ont également servi de thèmes à un Anglais, sir Philip Burne-Jones, dans The Sketch, de Londres, des o mai et 7 juillet 1915. Les lac-similés en ont été donnés dans Caricatures el Images de guerre, l, p. 28 et 29, série de recueils documentaires du phis grand intérêt, dus à l'initiative avertie de M. John Grand-Carteret.
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en menus, en illustrations, partons les pores de sa verve infatigable, usant de la plume, du pinceau, de la litho et de l'eau-forte (il n'en avait jamais fait avant celles-ci : « Je suis une petite fille ! ». La Prière, Le Bleuet, La Liberté, La Charge), il s'est répandu de tout son talent et de tout son cœur. Mais il faut mettre hors de pair son album Sans p ..^'don.
Quand le conflit éclata, M. Willette villégiaturait dans un petit
i. a renaissance de la por. ognk d'après lk bois original de m"' s. LEWITSIvA
village de Normandie. Il lut, comme nous tous, les journaux, mais mieux que nous il en commenta les récits. Sur le cahier de papier écolier d'un de ses enfants, vulgaire cahier à couverture de toile cirée noire, il colla les coupures de presse qui l'avaient frappé, et de son (( stylo », rehaussé d'une touche d'aquarelle, il « illustra » ces faits avec une violence et une lucidité dramatiques. Ce sont d'admirables cris de rage, de dégoût et de pitié, sortis du cœur le plus droit et le plus noble qui soit. Et savez-vous sous quelle invocation l'artiste a mis ce réquisitoire formidable? Sous l'invocation d'Albert Durer! « C'est l'ange terrifiant d'Albert Diirer qui m'a désigné pour marquer l'Allemagne du signe de la malédiction ! » Tournez la page, et voici la célèbre Mélancolie qui, au lieu de s'attrister devant les vains simu-
lacresde la science humaine, médite avec amertume, sous la garde d'une roide sentinelle allemande, parmi les instruments de mort qui sillonnent les airs ou gisent à ses pieds. M. Willette, pour transformer cette composition, s'est contenté de découper une épreuve et de remplacer les objets de 'jadis par ceux d'aujourd'hui, mais c'est la même Mélancolie qui les contemple — et qui en souffre! On ne pouvait avec plus d'à propos opposer l'Allemagne de Maximilien à celle de Guillaume II. — Ce cahier, tel quel, avec ses coupures de journaux, ses annotations manuscrites, les réflexions de l'auteur, toujours vives, souvent érudites (n'a-t-il pas découvert que le premier canon de l'Église est le ... 7o ! c'est-à-dire daté de l'an 7S?), ses dessins enfin, tout chauds d'une émotion qui a jailli irrésistible, ce cahier a été reproduit en fac-similé par M. André Marty, qui s'est fait une spécialité de ces reproductions en couleurs, d'une fidélité parfaite.
M. Willette a publié aussi quelques lithographies où sa verve, sa pensée ingénieuse, sa juvénilité, sa haine de la brute, son amour des faibles, se donnent libre carrière : « La Bêtise au front de taureau est vaincue par la France », <( Tarteif! ce n'est pas mon vieux Bon Dieu! » et des dessins comme L'Hommage à François liude (une des premières, sinon la première Marseillaise détachée de l'Arc de Triomphe), Les Pre?niers gestes de culture, <( // 7ie viendra ni à Pâques... », Le Chant des Girondins, Dies irœ, Le Retour du Boche dans ses foyers, etc., et, en dernier lieu, une grande litho, un Angélus, où l'homme, mobili.sé, est remplacé par un enfant qui cultive le champ avec sa mère, et, dans un angle, cette dédicace qui associe, rapprochement inattendu, deux artistes bien différents : « 0 femmes de France, pour vous saluer, je me joins à Millet. Ad. Willette. »
L'art de M. Léandre, comme celui de M. Willette, est un art souriant. Avec la guerre, le sourire railleur s'est rempli de pitié : La première victime, litho, montre une religieuse portant un enfant mort à la face sanglante et pâle, précédée d'un autre enfant tenant un drapeau; dans le fond, le rougeoiement d'une ville en flammes. Ailleurs, il est satirique : La Bête monstrueuse et les belles Alliées, Le Chiff 0)1 de papier (lilhos) , V Allemagne (dessin), hideuse, les mains rouges, les doigts crochus, couronnée de fer, ceinturée de crânes, de squelettes d'enfants, de coutelas ensanglantés ; elle s'est mis un masque candide de Gretchen, surmonté d'un lis : c'est le Deutschland de Tartufe! Dans un album de 2i lithos, Jours de guerre et de
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paix, M. Léandre donne toutes les notes, que domine, par l'ampleur de la composition, celle de l'espoir. Elle est intitulée Vers la Victoire : la Marseillaise entraine la foule innombrable et la Patrie,
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« la b l": t i s e au !• k o n t d !•: taureau est v a i n c u k par la k r a n c ë •' d'après la litiioc. r aphie originale ue m. a. willette
debout sur les marches d'un temple, en Minerve Promachos, regarde défiler ses enfants.
Une de ses pièces les plus importantes, par les dimensions, la pensée et l'effort de composition, est La Guerre et la Paix, lithographie. D'un côté, Jésus encourage les hommes au paisible travail des champs. Il est sur une colline, au pied de laquelle le laboureur pousse sa charrue, les mères bercent leurs petits, les amants se
tendent les bras, le pécheur à la ligne, placide et serein, s'immobilise le long des berges, les villages fument doucement au-dessus des moissons que l'on coupe. De l'autre côte', l'Esprit du Mal brandit une torche et excite les hommes à la bataille, fait s'égorger les bataillons, brûleries maisons, détruire les forêts et les récoltes, souiller les airs et les eaux. M. Léandre a fait œuvre de penseur, mais comme, en un tel sujet, il fallait être Michel-Ange et Puvis de Ghavannesà la fois, M. Léandre s'est trouvé, ainsi qu'il fallait s'y attendre, plus près du peintre du Ludu.s pro patria que de celui de la Sixtine. Dans le domaine de la petite estampe, nous rencontrons les programmes et les diplômes, d'un joli arrangement décoratif, de M. Pierre Gusman et un bois original, « Consimimatum est », en souvenir de la destruction de la cathédrale de Reims; puis les cartes de Noël de M. Georges Auriol, spirituelles petites lithographies en couleurs, charmantes d'imagination et de goût, réservées à ses amis ; enfin, les cartes de nouvel an que reçoivent également les amis de M. Pierre Roche, sculpteur et gypsographe émérite. M. Pierre Roche a le don du symbole. Son esprit cultivé et sa main habile se plaisent à évoquer, en légers bas-reliefs sur papier, les sentiments de l'heure présente. Il a})parait tel dans une suite de dix reproductions de ses remarquables médailles sur les événements capitaux de cette guerre : La Marne, L'Vser, La Chainpagne, etc. , et dans une vingtaine d'autres, parmi lesquelles Le Généra/ Hirschauer, Les Amis des Artistes, D' Anjuinzio, Y'erdun, La Somme, A Clemenceau, etc. M. Pierre Roche qui s'est taillé, par ses gypsographies, un marquisat aux confins de l'estampe et de la sculpture, est un talent des plus fins, des plus originaux et des plus foncièrement décorateurs.
LES EN D E II G 11 s
Je me trouve maintenant en présence d'œuvres qu'il est difficile de ranger parmi les précédentes. Ce sont des pages en dehors, tantôt purement s})iritiielles, comme ce dessin de M. Léonnec qui montre une jeune femme debout sur son lit et s'écriant : « Evidemment, j'ai vu la bataille de la Marne, mais, ça, je ne peux pas! » {Ça, c'est une souris!) ; tantôt les animaux de M. Benjamin Rabier sous le bombardement, ces animaux qui pensent et parlent comme ceux de La Fontaine; tantôt des scènes de haut comique de M. Séluges, qui semble vouloir continuer Ch. Leroy et son Colonel Bamollot : « Pas