EMPRUNT NATIONAL
SOCILTL CLNLi^ALC
Al'FUHT^ POUR LE 4" EMl'UUNT
PAR M, KALTER
nent! » Elles, ce sont les malles : deux poilus contemplent un camion, qui en est chargé jusqu'à la hauteur d'un troisième étage. C'est la contre-partie spirituelle du fameux dialogue de Forain, mais je doute que dans une vingtaine d'années cette parodie si fine soit encore comprise ; l'esprit d'actualité demande à être servi chaud. Une bonne lithographie de M. Henri Boutet nous présente un Clemenceau plein d'allure et marchant d'un pas décidé dans la guerre, comme jadis dans la politique; c'est un Clemenceau moralement vrai. On doit à M. Gusman un Hommage au président Wihon, composition allégorique très travaillée et très décorative, Iraitée dans le sentiment des bois de la Renaissance; à iM. J.-J. Dufour quatre bons portraits de soldats (bois); à M. Julien Tinayre, des vues de dévastations, on eaux-fortes dans h\ manière de Lepère ; à M. Fritel, une Jeanne (iArc de grand caractère (burin libre); à M. G. Redon, » V'ià no l' poilu! )> ; à M. Neumont, La Famille; à M. Firmin Bouisset, Angélus sur le front, lithographies. Cet Angélus ne doit rien autre à Millet que... le sentiment. M. Firmin Bouisset a voulu, lui aussi, que l'on << entende sonner les cloches />, mais alors que Millet avait placé dans la campagne, le clocher de l'église de Chailly, M. Firmin Bouisset a placé la carcasse à jour d'une église éventrée. D'où veut-il que vienne le tintement attendu?
Quek|ues autres estampes encore, comme celles de M. Georges Barrière : L'Agent de liaisofi, La relève, Soir d'attaque en Champagne, olc. ; comme les bois vigoureux, sobres et bien dessinés de M. Paul Baudier, Au camp des prisonniers de Senne, Westphalie (7 pièces); comme les lithographies, d'une vision aiguë et d'une excellenlc composition, de M. Pierre Laurens : L'Alerte, La Soupe, Prisonnier musulman, Prisonniers russes ; comme les Deux Convalescents, fin croquis gravé à l'eau-forte par M. Ed. Kayser; comme le bois en camaïeu : Prisonniers [ravin de la Caillette), large, coloré, plein d'atmosphère, de M. H. Marret ; comme, les grandes eauxfortes aux effets variés, obtenus plus par la « sauce » que par la pointe, de M. Edouard Léon : Beffroi à Arras, Rue de la Madeleine et des Recollets, Tranchée à Arras, La Tombe du poilu, L'Attente dans la tranchée au?natin; comme, enfin, deux grandes et belles eaux-fortes, gravées avec souplesse, Reims et Verdun de M. Bouroux et trois excellentes lithographies au lavis sur Verdun, par M. Gh. Weisser.
Le bombardement de l'église Saint-Gervais, dont les conséquences furent si douloureuses, a inspiré à M. Charles Clément, trois gravures sur bois en camaïeu, à deux planches: deux vues de
l'intérieur, avec le trou fait par l'obus, et une vue de l'extérieur prise de la caserne Lobau. Ce sont également de consciencieux et bons documents d'artiste. On doit aussi à M. Ch. Clément, la gravure en bois de deux diplômes pour le 130" régiment d'infanterie, dont le dessin est d'un architecte, ^i. Nardonnet. Ces gravures ont été signées aussi de M. E. Thomas et l'un des dessins porte, à côté du nom de M. Nardonnet, celui de M"^ Gazay. Autant de noms que sur les estampes anciennes 1 Puisque nous en sommes aux diplômes, voici encore celui de M. Raoul Serres, à l'eau-forte, pour la 08* division et celui de M. Bernard Naudin, en fac-similé de dessin, pour le 6* bataillon de chasseurs à pied que commande le beau peintre George Desvallières,
ALBUMS. — \\n j^ravure, nous ne citerons que ceux de ^I. .Marcel Jacquier : « So7iie ivherr i)i France » (ce « quelque part en France » est Rouen), 10 bois en couleurs el une couverture, sous l'influence de Nicholson ; de M. Gaspard Maillol, Pc/i/cs Eglises, 20 bois au canif, francs parfois l'udes, et de M, Deslii;nères, Seize bois gravés, où l'on constate un j)eu d'égalité.
En lithographie, nu alhiim de M. G. Redon, Enfants el Poilus, six lithographies originales et soiiiimeiilales ; et c'est tout, à notre connaissance.
Pour le reste, nous avons un alhnni de portraits et de types de sammies, de ^ï. Jonas, Avec la jn-rmicre division américaine sur le front , seize croguis lithographies; un album de M. Drian : 1m Femme el la Guerre, douze compositions reproduites par le procédé Marotte, vision neuve et curieuse; une Affaire Bolo pacha, de M. Sem, dont la couverture porte un tigre tenant dans sa gueule les balances de Thémis, et, du même, un deuxième ali)uin de Croquis de guerre, également reproduits par le procédé. Voici encore, de IM. Fernand Truffant, Les Pierres qui espèrent : de la Marne à V Aisne, \'n\^i-c'\n(\ reproductions d'aquarelles sur nos régions infortunées; de M. G. INIeunier, Jusqu'au bout : Images de guerre d'après un jeune poilu de la classe J890 (deux albums). Nous sommes ici dans le domaine de l'esprit, et ces albums pour enfants s'adressent surtout à ceux qui n'en sont plus. ^\. Bernard Naudin a ajouté a ses Croquis de campagne une première .Sî/iVe de dessins (1916-1917), douze grands dessins au trait, selon sa dernière formule, et une seconde série, en 1918, qui ne comprend plus que huit compositions, avec la reproduction en couleurs d'une aquarelle. A noter aussi, du même artiste
la décoration d'un volume, France- Amérique, contenant la Déclaration d'Indépendance américaine, la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, le Discours de déclaration de guerre à l'Allemagne du président Wilson, et celui de M. Ribot (1917), enfin, l'illustration — mais M. Naudin n'est pas un illustrateur et, moins encore, un peintre de l'élégance et de la distinction féminines — d'un agréable ouvrage de M. Paul Géraldy, La Guerre, Madame...
IMAGES. — M. Guy Arnoux, d'abord, infatigable I De nombreux albums s'ajoutent, en cette courte période, aux précédents : Le Carnet d.nn permisnonnaire; Le Bon Anglais^ Les Marins français au temps de la marine en bois ; Le Soldat français dans les querrcs ; Les Marins; La Ramée, soldat français ; Frères d'Amérique ; Tanibours et Trompettes; un Calendrier de l'année, etc. Puis, M. Benito reparait. Il n'avait plus fait d'images depuis fin mars 1913 ; il recommence pour célébrer le concours précieux des Américains. Ici, c'est un sammie en armes se détachant sur le cône blanc d'un projection qui tranche violemment l'azur profond d'un ciel nocturne; titre : Pour la liberté, Fête de Hndépendance; là, ce sont les Vainqueurs de la Marne, un Français en 1914, un yankee en 1918, une bataille au centre; une troisième composition évoque Le Cœur de l'Amérique (la Croix-Rouge), et une quatrième, le double service de défense et d'aide agricole que rendent nos amis à La Belle terre de France. M. Benilo a toujours l'originalité de la présentation, un coloris varié, en rapport avec le sujet, ainsi qu'une certaine gaucherie qui, pour être voulue, ou parce qu'elle est voulue, ne manque pas d'esprit.
M. Jean Leprince, qui a renoncé à son Vocabulaire des As, célèbre les Chevaliers de l'Honneur et du Droit : Clemenceau, Wilson, Lloyd George, Foch, etc., image pétaradante et caracolante en 50 couleurs.
M. Robert Bonfils, ingénieux et subtil artiste, a composé deux nouvelles images : L'Alouette de France, et un Maréchal Joffre; M. Rethaber a représenté une jeune France coquetant avec un Américain, sous cette étiquette véridique : Le Bienvenu. Influences conjuguées de MM. Dammy et Benito.
AFFICHES. — A la .suite de l'exposition au Musée Galliera, en 1917, des dessins faits pour le concours général dans les écoles primaires de la Ville de Paris, exposition qui révéla une aptitude aux
arts que l'on ne croyait guère possible que dans les « forceries » munichoises, M. Boret, ministre du Ravitaillement, demanda à M. Paul Simons, inspecteur général du dessin, de donner comme thème de compositions aux élèves l'idée qu'il importait de répandre et de faire adopter unanimement : les restrictions.
Ce sujet enchanta les enfants. Chacun s'y appliqua avec ardeur. 11 en résulta plusieurs centaines de naïves et charmantes compositions, parmi lesquelles MM. Paul Simons et Louis Lumet, avec le comité de l'Union française, en retinrent une quinzaine. La Baïonnette, dans son numéro du 23 mai 1918, en publia, en noir ou en couleurs, une trentaine d'autres, et Vlllastration (18 mai) neuf. On peut, à l'aide de ces documents, se faire une opinion de la valeur de nos écolières et de celle de l'enseignement qu'on leur donne. S'il revenait au monde, le comte de Laborde, qui, dans son magistral rapport sur l'Exposition de 1851, fut un des premiers à démontrer que le dessin est utile à tout le monde, « riche ou pauvre, travailleur ou désœuvré, homme savant, être futile ' », verrait avec joie quels fruits ont donnés les germes qu'il a semés.
Dans ce concours scolaire les filles l'emportèrent. Voici leurs noms, leur âge (il est indiqué, ô imprudence!), et les sujets traités : Yvonne Colas, quinze ans : Casse axijourdlim ton sucre en deux (un sabre-baïonnette fendant un pain de sucre) ; — Louisette Jeeger, quatorze ans : Cultivons notre potager (chou, pommes de terre, carottes, dans un heureux arrangement); —Yvonne Vernet, quatorze ans : Économisons le pain en mangeant des pommes de terre (un plat de tubercules, une fourchette plantée au milieu; des vapeurs s'en élèvent et contrarient harmonieusement la régularité d'un quadrillage de papier peint faisant fond); — M. Héringfeld, Vacicr et le charbon pour nos usines (des cheminées qui fument; simple et très artiste) ; — Marthe Picard, seize ans : Mangeons moins de viande (grosse carpe, bien ferrée, qu'un pêcneur invisible tire de la rivière) ;
Béatrix Grognuz, seize ans : Laissez circuler la monnaie (une
cruche de terre, dont s'échappent des pièces de toutes valeurs) et Les petites Alsaciennes se restreignent (jeune Alsacienne drapée dans les trois couleurs) ; — Suzanne Ferrand. seize ans : Béservez le vin pour nos poilus (pot de grès enguirlandé de vigne, une tasse pleine de (( purée septembrale » à côté, une desmeilleures, sinon la meilleure affiche) ; — de la même, mais hors série, ayant paru avant les autres
\. Travaux de la commission française sur Vindustrie des nations, p. 505 : L'Art dans l'cnseiynement public.
Réservez ^le VIN
et ne rentrant pas dans les restrictions : Semez du blé, c'est de l'or pour la France (une gerbe de blé, chargée d'une faucille, se détachant sur le drapeau tricolore, composition riche de couleur et pleine de goût; il y a chez cette jeune fille la promesse d'une véritable arliste); — Camille Boutet (pas d'âge indiqué) : Nous saurons vous en priver (amusante idée, et hicn enfantine : trois mioches contemplant une devanture de confiseur et se jurant de résister à la tentation) ; — G. Douanne, seize ans : Soignons la basse-cour (poule noire sur un énorme tas d'œufs; ce n'est pas savant, c'est mieux); — Andrée INIénard (pas d'âge indiqué) : Finneurs de l'arrière, économisez le tabac (casque de « poilu » rempli de paquets de « perlot ») et Prenez des Bons de la Défense nationale (autre casque enrubanné et lauré d'où tombent des billets de Banque) ; — Marie-Louise Jeanningros, treize ans, la benjamine du groupe : Économisons le pétrole, Vessence (des bidons, tout simplement, mais disposés avec adresse) ; — - S. Vincent (pas d'âge indiqué) : Ne pas gaspiller le pain (une miche sur une table, le tout entouré de pavots, de bleuets, de marguerites et d'épis; les pavots claironnent une note puissante qui équilibre la composition) ; — Jeanne Fapourroux (pas d'âge indiqué) : Français, éconoinisez le gaz (une lam|)e a gaz avec abat-jour, sur un fond bleu sombre)'.
Ces affichettes furent mises sur pierre par des ouvriers lithographes; elles eurent un grand succès. A une époque où (( faire naïf » est la préoccupation de tant de barbes grises, on ne pouvait que goûter la naïveté réelle de ces vraiment jeunes tètes. Pourvu que leur <( gloire » présente ne les grise pas et qu'elles ne veuillent pas, frêles plantes, produire comme des arbres!