POÈMES AUX ARBRES EN FLEURS AU PRINTEMPS
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L'IMPRESSION EN COULEURS
efiet décoratif. Peu à peu, deux, trois et même plusieurs figures y furent introduites ; ce furent spécialement les artistes les plus célèbres, Kiyonaga, Outamaro, etc., qui cultivèrent ce style de préférence. Harunobu essaya même d'y atteindre de nouvelles combinaisons de tons. Sur une estampe représentant la remise d'une lettre, il emploie comme troisième couleur, en plus du rouge et du bleu (au lieu de vert), du jaune en petites touches, pour augmenter l'effet du rouge ; puis, en même temps, il obtient un vert et un violet par surimpression. De cette façon il avait déjà cinq couleurs à sa disposition ; mais sur une autre estampe, qui, d'après Fenollosa, date de 176}, une jeune fille avec un singe, les mêmes trois couleurs sont utilisées, le rouge très foncé et le jaune très doux, pour obtenir un effet encore plus riche. Si nous comprenons le noir et le blanc, qu'il excellait à disposer en petites touches parsemées, excellentes pour accentuer l'effet des couleurs fondamentales, il est déjà possible de distinguer neuf tons clairement séparés. Et, ce qui est la caractéristique d'Harunobu, chaque couleur apparaît déjà parfaitement pure, ainsi que les tons obtenus par surimpression, qui restent tous en parfait équilibre respectif. De là il n'y avait qu'un pas et une simple question de technique pour arriver à l'impression polychrome avec un nombre de planches ou de couleurs illimité.
Ce but fut atteint par Harunobu, dans une série de compositions particulièment belles, d'un riche coloris et parfaitement bien gravées, dans
le format carré des surimonos, dont quelquesunes, comme, par exemple, la femme sur un éléphant blanc, ou la femme marchant sur un pont couvert de neige, sont datées de 176^. Il se servit ici de cinq ou six planches et, en employant surtout des couleurs claires, mais vives, en combinaison avec des tons bruns et gris délicatement nuancés, ainsi que d'excellents gaufrages, il produisit un effet chromatique de coloris dont la délicatesse et la pureté ont été rarement atteintes par d'autres artistes. Nous avons là, une fois de plus, un exemple de ce qui a été si souvent observé, comme par exemple à l'invention de l'imprimerie, de la gravure sur bois teintée et de la peinture à Ihuile (Van Eyck), que les premiers produits du nouvel art créé furent aussi les plus parfaits, et que les générations suivantes purent rarement les imiter avec un égal succès. Le développement futur de l'impression en couleurs ne dépendait donc plus de la technique, mais de la manière dont chaque artiste pouvait donner expression à son point de vue particulier et à son sens personnel de la couleur. Harunobu augmenta quelquefois le nombre de ses planches jusqu'à sept ou même dix, mais ce qui le distingue surtout, en plus de la subtile harmonie de ses couleurs, c'est leur pureté et leur brillant. Cet éclat, qui leur est particulier et qui contraste fortement à la fois avec le coloris terne des primitifs et avec les tons éteints des derniers maîtres de la gravure (Shunsho, Kiyonaga, Outamaro), nous fait forcément penser à la théorie gaie et pleine de goût des couleurs
-ES Estampes Japonaises.
Pl. 35. P.tG. i;2.
L'IMPRESSION EN COULEURS
chinoises et nous amène à conclure qu'Harunobu reçut Limpulsion de son innovation du berceau de toute culture d'Extrême-Orient. Le fait qu'il emprunte les sujets de ses images de la vie des femmes à des maîtres comme Shunsui et Tsunemasa en est un indice de plus.
L'impression en couleurs subit un autre développement au début du xix' siècle, avec le surimono, carte de souhaits et de félicitations, carrée, imprimée parfois à Laide d'une trentaine de planches et avec toutes les teintes métalliques imaginables. Bien qu'admirable sous le rapport de la technique, cegenre ne peutpas être considéré, au point de vue artistique, comme spécialement productif, car une telle multiplication de moyens n'est, après tout, qu'un tour de force.
Haru-