‹ Les établissements de Saint LouisChapitre 240 sur 404 · Très ancienne Coutume · texte numérisé non relu

Très ancienne Coutume

Cette compilation due peut-être à trois Bretons dont les noms nous sont parvenus^ (attribution toutefois fort douteuse) est plus longue et plus complète que la Coutume d'Anjou, plus prolixe, bien moins originale. Le vrai droit breton étouffe sous ce vaste manteau aux couleurs ternes et mêlées : le droit romain, le droit canonique, les Etablissements de saint Louis sont des sources familières à nos compilateurs : ils les fondent avec assez d'harmonie et de méthode : une piété qui n'est pas toujours fade leur inspire au cours de ce long travail plusieurs homélies ou prières. Une intelligence honnête, modérée, qui charme par sa fran-

1. En marge d'un manuscrit de la très ancienne Coutume, on lisait : « Gopu le Saige, Mahé le Léal, Tréal le Fier sont ceulx qui firent la Goustume du pays. » (Écriture de l'an 1500 environ.) Ce renseignement m'est fourni par le ms. fr. 22316 (note mise en marge de la préface de la très anc. Goût, vers le commencement du vol.). Le ms. 22316 est une copie du xvni« siècle.

chise préside à l'œuvre entière : ainsi on montre à l'égard des juridictions ecclésiastiques une hostilité sensible ; mais on avoue avec bonhomie que les extorsions des juges laïques ont singulièrement favorisé le développement des justices d'Église ^ Çà et là une allure littéraire assez marquée; au ch. 116, essai fort bien réussi de théorie k posteriori pour justifier un de ces faits juridiques traditionnels que les jurisconsultes, s'ils ne sont doués du sens historique, ne comprennent jamais, mais qu'ils expliquent toujours quand ils ont quelque souplesse et quelque ouverture d'esprit.

La très ancienne Coutume a été divisée originairement en une série unique d'articles numérotés, ainsi que nous l'apprend le prologue : c'est une précaution rare au moyen âge et fort utile. On en a dressé, je ne sais à quelle époque, une bonne table alphabétique qui se trouve quelquefois isolée dans les manuscrits ^

Cette compilation a joui d'une grande vogue en Bretagne : peut-être même pourrais-je dire que d'œuvre purement privée elle est devenue peu à peu officielle ; car le duc François II la cite dans une ordonnance^ Elle fut révisée vers le milieu du xv*" siècle ^

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