‹ Les étangs noirsChapitre 3 sur 3 · LB8 ETANGS N01K · texte numérisé non relu

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s'égrènent en faubourgs le long de la côte sou le massif sourcilleux du Vésuve fumant.

Mais on oublie, on s'extasie, on est ivn étourdi de lumières, de couleurs, de chatoie ments disparates et mobiles : la baie s'éta! et frémit; au bord du volcan, Torre del Grèce Gastellamare ; à droite, les villas du rivag virgilien et les jardins de Pausilippe, l'îl d'Ischia en avant-garde, le rocher double ( scintillant de Gapri; et, par delà les flots en brasés de clartés et de feux avec des voilt rougeoyantes qui s'inclinent, la péninsul boisée de Sorrente, la pointe de Massa Li brense.

Naples impose sa contradiction perpétuelh Dans ce pays regorgeant de splendeur et d bonheur, Joris Helmius n'est attiré que pa la turbulence et la confusion de cette foui démente qui ne connaît ni répit ni mesun Elle s'enflamme pour d'éphémères futilités se passionne de mirages, s'épeure d'imagi naires catastrophes, s'ingénie dans les prati

ques d'une superstition enfantine, remercie à grands cris ou soudain invective violemment Dieu, le Diable et les Saints. Toujours sournois sous des dehors cyniques, exubérants, chacun suit son chemin sans se soucier des autres. Rien n'entrave Tégoïsme particulier, ne régularise, ne modère les ambitions rampantes et sinueuses.

L'instinct qu'aucune réflexion ne réfrène guide seul. On se pare d'une habitude de dissimulation et de ruse. On est partout intéressé et inexorable ; par violence ou par cautèle, qui gêne doit disparaître.

Et Joris se demande s'il lui serait possible d'immoler au fond de cet abîme ses vieux goûts de tendresse et de bonté ; trouverait-il la hardiesse, pour ne plus souffrir de ses scrupules et de son délire passionné, de s'y débattre sans trêve ni merci à ne poursuivre que d'immédiates et stériles satisfactions? Pourrait-il se décider, à son tour, à abattre qui-

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conque encombrerait sa route, à tirer des pa sants roccasion de ses plaisirs, à dévorer enfi jusqu'au moment d'être lui-même dévoré?

La vie napolitaine, que nul préjugé mor ne règ-le,que ne corrompt aucune bienséan* artificielle, se mire aux réservoirs g-rouillan de son admirable Aquarium. Entre des \ég tations extraordinaires de corail, d'algue de translucides actinies, le monde effarai des crustacés rugueux, des méduses dii phanes, des reptiles et des poissons s'agite c gré sensible de ses seuls appétits : les crabi sur le sol pierreux courent après leur proi la torpille la foudroie, les vives s'élancen les rocheuses rascasses guettent immobile les muges et les bars circulent par longu troupes, les girelles voraces s'élancent, nuai cées de claires couleurs, et les hippocamp tantôt s'enroulent en spirales aux ramilles di plantes, tantôt, détendus d'un coup sec,filen montent, descendent, se tournent, se plien s'enlacent les uns aux autres, ou se séparen

remuant sans cesse leurs nageoires dans la lueur trouble des bassins emplis d'eau.

Puis derrière un rempart de pierres entassées une masse flasque et incolore s'élève avec lenteur, se meut, et brusquement s'abat sur la paroi de vitre ; des bras minces et mous s'étirent, happent, ramènent et maintiennent, et, de sa bouche informe et goulue, le poulpe hideux engloutit ses victimes inlassablement.

Et le rêve de Joris le ramène par de terribles détours à considérer sa vie pénible de découragements et de dégoûts. Sans doute pour rinstant, il savoure, à Vichy, la douceur d'un peu de calme. Mais quelle implacable destinée lui réserve l'avenir, s'il continue à se montrer incapable d'une virile résolution? Sera-t-il assez courageux pour se libérer, selon le conseil que Florence lui dicte? Vivra t-il, solitaire et pensif, voué à ce qu'il aime, désireux seulement de beauté et d'amour ? Se rendra-t-il digne d'être visité par l'Inspi-

ratrice miraculeuse, telle qu'il la revoit san* cesse sur le chemin de San Gimig-nano?

Il a trop éprouvé sa propre faiblesse. I baissera la tête comme par le passé, sanj doute ; il sera lâche, il se soumettra. Sous h prétexte d'éparg-ner quelque douleur à ceuj qui le chérissent, il ne verra pas que son hu miliation et sa tristesse les recouvrent, autan que lui-même, de honte et de remords. Est il vraiment possible qu'il ne se déplaise pa au fond des bourbiers ignobles où il périra comme tant d'autres, misérable et méprisé

A quoi bon que l'air pur flatte son visage Jaillira-t-ilhorsde lui-même d'un bond hardi Retrouvera-t-il les espoirs laissés de son ado lescence ? Se laissera-t-il ravir par l'élan d ses premiers enthousiasmes ? N'y a-t-il per sonne qui l'y incite et le soutienne ? Ses pau vres efforts irrésolus seront-ils sans cess contrariés ?

L'exemple des choses même pour l'en

courager pourrait surgir. S'il parcourait les lieux où sa jeunesse s'écoula, où ses misères ont pleuré,il ne les découvrirait pas échoués dans l'ignominie des déchéances et du délabrement final. Ils se sont transformés; ils ne croupissent plus, ils vivent. Où s'étendaient d'atroces terrains de gravats, des maisons neuves rient;des jardins coquets ont verdi, et, pour que toute joie n'y soit pas gâtée par des miasmes délétères, par de nauséeuses pourritures, des carrefours et des rues entr'ouvrent leurs perspectives lointaines à l'endroit précis où les vieux Etangs Noirs, les chers et opaques Etangs Noirs d'autrefois, ensevelis et comblés, comme devraient être ses inquiétudes et ses tourments, ne survivent plus désormais que par leur nom, auquel se rattachent des souvenirs.

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