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LE XV SIÈCLE

L'histoire du manuscrit au xv' siècle est marquée, comme nous le disions plus haut, par trois faits importants : le mouvement de la Renaissance, la réforme de l'écriture par les copistes italiens, et enfin l'apparition de l'Imprimerie.

Par Renaissance, il faut entendre les deux grandes tendances qui se manifestent dans l'art : d'une part, un retour aux modèles de la Grèce et de Rome, et, de l'autre, un retour à la nature. Cette dernière forme s'était déjà manifestée dans les peintures de Beauneveu et de Pol de Limbourg, mais on ne saurait dire si cette forme d'art est supérieure à celle qui s'est inspirée de l'antique. Toutes deux ont donné des chefs-d'œuvre. Ainsi l'art flamand excelle à reproduire les visages des seigneurs; l'école française, également réaliste,

ne sera pas cependant dépourvue d'idéal, principalement dans l'ornementation des manuscrits; quant à l'école italienne, elle saura unir l'imitation de la nature à celle de l'antique et donnera des compositions d'une beauté sans égale. La Renaissance enrichit donc les manuscrits de pièces d'une immense valeur.

C'est alors que se fondent les grandes bibliothèques : la Vaticane, la Laurentienne, les bibliothèques de Naples et de Pavie. En France également, les ducs de Bourgogne forment une collection, les ducs de Nemours de même; les princes de Bourbon et d'Orléans enrichissent leur pays de la bibliothèque de Blois qui sera le premier noyau de la Bibliothèque Nationale.

Grande est la différence, au xv^ siècle, entre l'ornementation des manuscrits français et celle des manuscrits italiens. En France, dans les vignettes marginales, les artistes se maintiennent dans la tradition naturaliste; ce sont des fleurs et des plantes inspirées de la nature. Mais aux anciens rinceaux de vignes s'ajoutent des ornements un peu plus compliqués : cadres réguliers à fond d'or mat, avec des peintures vives de feuilles, de fruits et d'insectes. Parfois encore, le cadre lui-même est découpé en triangles réguliers. Au premier genre appartiennent le manuscrit dit du Maîti^e des Fleurs et le livre d'Heures d'Anne de Bretagne. Dans ce dernier, les marges sont remplies de plantes, de fruits et de fleurs de France, peints par un grand artiste.

Dans les manuscrits des écoles du Nord, l'on retrouve des ornements plus simples, mais encore très riches; ce sont des rinceaux remplis d'or ou bien des animaux et des motifs d'architecture. Les lettres initiales ont, elles aussi, subi une modification. La lettre Torneure à dessins de plume, en deux couleurs, se fait rare. On voit à sa place ou la lettre à rinceaux, ou encore l'initiale simple sur un fond monochrome.

Combien plus riche est l'ornementation marginale dans les manuscrits italiens! La Renaissance ici s'inspire de l'antique. Pour les initiales, ce que l'on trouve le plus souvent, c'est la lettre en couleur claire, bleue ou rouge ou verte, sur un cadre blanc et or. D'autres fois, le cadre est tout or et la lettre est blanche. Dans les vides de certaines lettres, l'artiste dessinait également des bustes ou des profils de" médailles antiques, ou même des portraits. Quant au cadre même de la page, c'est un débordement luxueux d'ornements

antiques, candélabres, bandelettes, génies et sirènes, perles, médaillons à portrait, au milieu d'un fouillis de fleurs et de plantes. Parfois le cadre sera à compartiments noirs pointillés d'or ou tout en or.

L'on ne peut citer comme exemple de cet art rien de plus remarquable que le livre d'Heures de Ferdinand de Naples. Dès la fin du

SAINT MARTIN PARTAGEANT SON MANTEAU, peinture de Foucquet.

XV' siècle, l'art italien pénètre en France et y règne en maître. Par malheur, il ruine la vieille école nationale. Les artistes français, sous son influence, perdent leur originalité et leur grâce, mais ils dessineront mieux.

Quant à la peinture, elle est abondante dans les manuscrits du xv" siècle. Innombrables sont les livres liturgiques, religieux ou profanes, ornés de miniatures datant de cette époque. Mais une

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grande figure se dresse par-dessus toutes, au milieu de ces miniaturistes, c'est celle de Jean Foucquet.

On sait qu'il naquit en Touraine et qu'il mourut à Tours vers 1480. Il fit un voyage en Italie entre les années 1431 et 1447, où il exécuta le portrait du pape Eugène IV. En dehors de ses panneaux tels que le portrait de Charles VII au Louvre et le diptyque de Francfort, on connaît de lui Les Heures d'Etienne Chevalier, un manuscrit de Boccace, à Munich, et quelques peintures d'un Josèphe que posséda le duc de Nemours. Tout en étant le plus fameux et le plus grand représentant de l'école française, on ne peut nier cependant que Jean Foucquet n'ait reçu l'empreinte de l'école flamande et de l'école italienne. De la première école, il se rapproche par son naturalisme; il donne, comme les Flamands, les traits et la physionomie des gens de son temps aux personnages de l'antiquité; mais Foucquet dépasse encore ses maîtres par sa vigueur et par la vie qu'il a su donner à ce qu'il représente.

A l'école italienne, Foucquet a emprunté quelques procédés, l'usage de l'or et la fermeté du dessin; de plus il excelle à grouper ses personnages; sa couleur est d'une limpidité sans égale; ses paysages sont lumineux et dessinés correctement, ce qui est notable à cette époque.

Parmi les autres manuscrits célèbres de l'école française, on ne saurait omettre : le Traité de la chasse, de Gaston Phébus, aujourd'hui à la Bibliothèque Mazarine. Ce livre est plein de belles peintures. Citons encore le volume des Heures de Louis de Laval; Les Heures du duc Pierre II en Bretagne, et le livre d'Heures du roi René d'Anjou, à la Bibliothèque Nationale. Ce volume semble dater de 1435 environ. C'est encore le Bréoiaire de René II, duc de Lorraine, aujourd'hui à l'Arsenal. Mais le plus beau de tous est sans contredit le manuscrit des Heures d'Anne de Bretagne. On s'accorde aujourd'hui à reconnaître que les peintures de ce célèbre ouvrage sont de Jean Bourdichon, peintre du Roi'.

L'école flamande, durant la même époque, fut très florissante. Ses œuvres, toutefois, sont inégales. La maison de Bourgogne aimait les beaux ouvrages. Philippe le Bon, en particulier, sut se composer une bibliothèque aussi remarquable que diverse. Les

1. Cf. Augasle Molinier, op. cit.; Lecoy de la Marche, op. cit.

Si

livres calligraphiés par l'expert scribe David Aubert contiennent de brillantes peintures, mais le dessin est trop souvent défectueux. Les proportions des personnages ne sont pas harmonieuses. Quelques manuscrits cependant sont remarquables. Ainsi, les Miracles de la Vierrje, exécutés en 1450, et dont les exemplaires sont à Oxford et à Paris; les Chroniques de Hainaut, la \'ie de sainte Catherine a garnie de plusieurs belles histoires de noir et de blanc », suivant les termes d'un ancien inventaire.

Ces volumes faisaient partie de la bibliothèque du duc de Bourgogne. A côté de cette collection brillait celle de Louis de Bruges, et parmi ses livres, un Boèce.

Mais le plus beau joyau de la miniature flamande est le bréviaire du cardinal Grimani, exécuté, dit-on, pour la duchesse xMarie de Bourgogne,

Parmi les œuvres de l'école flamande, citons encore Les Heures dites du Maître des Fleurs, ainsi qu'un autre livre d'Heures fait pour la dame de Lalaing et que l'on voit aujourd'hui à l'Arsenal. Les encadrements de ce volume sont beaux et plus intéressants que les peintures proprement dites. Des animaux, des plantes, des fleurs se jouent sur un fond d'or avec leurs couleurs naturelles. Nous pouvons mentionner enfin un troisième manuscrit, le Dréinaire d'Alexandre VL Comme il porte les mêmes encadrements que le volume précédemment cité, l'on a pensé que les, peintures de ce bréviaire étaient

l'œuvre du même artiste que celui qui avait peint le bréviaire de Grimani; mais cette attribution^est hasardée.

Passons maintenant à l'école italienne.

On y retrouve les mêmes tendances naturalistes que chez les Flamands, mais elles y sont corrigées par le goût de l'antique.

Lds Étapes d'un Livre. 6

OKNK.Mt.NT DU LIVIIK d'heures de la REI.NE ANNE.

THKVENMN ET LEMIERRE.

Quand les artistes ferrarais ou florentins ne font pas un portrait, ils choisissent un modèle conventionnel si l'on veut, mais toujours beau. D'ailleurs, leur art n'est pas plus factice pour cela que celui des Flamands. De plus, les Italiens ont sur leurs rivaux du Nord une supériorité technique incontestable. Ce ne sont plus d'obscurs praticiens qui exécutent au plus vite de nombreux manuscrits, mais des artistes qui donnent toute leur ame et toute leur foi à leur travail.

Le goût du livre avait pris un merveilleux essor en Italie pendant le XV* siècle. Chaque prince loge et pensionne à sa cour un ou plusieurs artistes miniaturistes et leur fait exécuter des travaux importants. L'on connaît nombre de livres ayant été faits pour les Sforza, les rois de Naples, les marquis de Ferrare et de Mantoue, et pour les papes. De plus, vers cette époque, les grandes églises italiennes, entièrement achevées au point de vue circhitectural et très riches, entreprirent de faire exécuter et enluminer à nouveau tous leurs livres de chœur. L'on connaît ainsi ceux de Sienne, inspirés par Enéas Sylvius ; au dôme de Florence, les peintures des frères Gherardo et Monte di Giovanni; au couvent des Camaldules de Florence, les miniatures de Fra Lorenzo; à San Marco, on trouve le nom du Beato Angelico et de son frère Benedetto. Puis à Santa- Maria-del-Fiore, l'élève de l'Angelico, Zanobi Strozzi. Ce sont enfin les manuscrits du dôme de Sienne exécutés par Libérale de Vérone, Girolamo de Crémone et Francesco Roselli.

Au nombre des artistes les plus remarquables, citons encore Attavante dei Attavanti, qui se rattache à l'École de Mantegna et à qui l'on doit le beau missel qui se trouve à présent dans le trésor de la cathédrale de Lyon.

Parmi les manuscrits enluminés du xv* siècle italien, mentionnons également un Pétrarque écrit en 1476 pour Laurent de Médicis par Sinibaldi de Florence. Les peintures de ce manuscrit sont fort belles, remarquables de composition, de dessin et de coloris. Un ouvrage sur l'histoire romaine à la Bibliothèque de l'Arsenal, contient aussi des figures à la gouache et des paysages finement dessinés. Un grand nombre de belles et intéressantes miniatures italiennes sont l'œuvre d'artistes inconnus; telle est la miniature d'un livre de droit du professeur Jean André, aujourd'hui à Boulogne-sur-Mer, et qui représente la cérémonie du mariage et la

demande en divorce. D'un inconnu également sont les scènes de la Cour de Naples dans les statuts de l'ordre du Saint-Esprit*.

C'est au moment où le manuscrit va être remplacé par la typographie que la miniature donne ses plus célèbres fleurs. Et pendant longtemps encore ses traditions subsisteront.

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