HENRI II
AUCL'N règne n'a peut-être laissé autant d'importantes reliures. On peut reconnaître aussi que trois ou quatre doreurs ont travaillé en même temps pour le compte du roi. A cette époque l'on dit doreur et non relieur, car l'ornementation extérieure du livre était faite par des artisans doreurs sur cuir, et la reliure proprement dite était exécutée chez le libraire. Il est regrettable qu'on ne puisse nommer avec assurance les auteurs de ces dorures, les artistes ne les ayant pas signées.
Cette abstention est vraiment regrettable, car ce serait une joie pour les amateurs de glorifier, par exemple, le nom de l'artiste qui dora Tin-folio Pandectorum jitris Florentini de la Bibliothèque Mazarine, les Discours astronomiques de Bassantin, avec les chiffres enlacés de Henri II et Catherine de Médicis. Ce fut la même main qui, sous François II, exécuta les dorures de la Cosmographie de
Munster et sous Charles IX la Geographia de Claudio Tolomeo Alessandrino de la Bibliothèque de Lyon (Venise, 1561). Ce doreur devait préférer les filets qui lui donnaient une grande liberté d'imagination, aux fers azurés, dont il avait cependant une grande collection; il en est un qui semble lui plaire particulièrement, c'est un milieu servant d'entourage aux armes de France sous les Valois.
REUUaE AUX ARMES DE HENRI II AVEC CHIFFRE ET EMBLÈMES,
d'après une phototypie éditée par M. Henri Leclerc,
L'artiste se servit d3 ce milieu pour Hjnri II, François II et Charles IX.
Parmi les dorures, il y en a de bonnes et de médiocres. Les reliures de Henri II et de Diane de Poitiers sont du style à entrelacs et des fers à filets, ou bien ce sont des reliures à entrelacs et fers azurés.
La reine Catherine de Médicis avait une très belle collection de
HISTOIRE DE LA RELIURE uj
livres. Presque toujours ses volumes étaient ornés de son monogramme, parfois de peintures sur les plais, comme sur l'in-quarto de Du Haillan : De C Estât et Succès des Affaires de France. On croit que c'était un exemplaire d'hommage. Nombre de livres appartenant à la Bibliothèque de Catherine étaient venus de celte manière, et presque sans bourse délier. C'est ainsi qu'elle s'était acquis les livres du maréchal de Strozzi (bibliothèque formée vers L^'iO), en promettant au fils du dit maréchal de les lui payer un jour. « Mais, dit Brantôme, jamais il n'en a eu un seul sol. »
A côté de la bibliothèque de Catherine, à Chenonceaux, il faut citer sa rivale, celle de Diane de Poitiers, à Anet. Après la mort de Diane, cette collection resta longtemps sans révéler ses richesses. Mais en 1723, la princesse de Condé, propriétaire d'Anet, vint à mourir. Ses livres furent mis en vente, on en dressa un catalogue. Les amateurs du temps furent attirés par ces livres et manuscrits, mais on ne sait à quel prix ils se disputèrent ces volumes.
Presque tous les volumes de Henri II sont venus à la Bibliothèque Nationale. On remarque dans certaines de ces reliures des larges bandes d'entrelacs purs, exécutés à filets sans autres fers que les emblèmes, croissants, carquois, chiffres. Généralement, les entrelacs sont noirs et sur un fond fauve, les croissants sont blancs. Dans les reliures Henri II les arcs §e combinent et forment une architecture véritable, et sur le plat du volume se détache parfois une médaille à l'effigie du roi'.