‹ Les étapes d'un livreChapitre 57 sur 101 · Cf. Marius Michel, La reliure · texte numérisé non relu

Cf. Marius Michel, La reliure

de cette époque, excepté pour les grands formats, aux livres religieux. Les cartons qui les remplacent sont formés de feuilles de papier collées entres elles. Cette fabrication toute primitive a donné des plats sans résistance et dédoré une quantité incalculable de pièces gothiques dont quelques-unes ont été retrouvées intactes, complètes dans un seul de ces cartons. »

Sous le règne de François I" l'on remarque également un grand courant bibliophilique. Tout d'abord le roi est amateur : on reconnaît ses livres à sa marque, la salamandre, avec cette légende : Nutrio et exslinguo. Cette devise aurait été donnée à François enfant par son gouverneur Boissy.

Puis, c'est le très célèbre amateur Jean Grolier. « Ses délicieuses reliures à compartiments, dit M. Gruel, revêtues de son nom et de sa devise, font preuve d'un grand génie de composition qui, sans doute, n'appartenait qu'aux maîtres peintres, graveurs, dessinateurs et architectes de son temps. »

Quand il était en Italie, son goût pour les livres avait mis Grolier en rapport avec les principaux relieurs italiens, qui ont, les premiers, comme les Aide, décoré leurs reliures avec de jolis fers.

Rentré en France, Grolier fit venir des relieurs italiens qui formèrent des élèves dans notre pays, et travaillèrent pour Grolier qui dessinait ses reliures. C'est de cette époque que date la reliure à petits fers. « On reconnaît dans cette ornementation, ajoute M. Gruel, Tinfluence orientale et arabe qui avait été transmise à Venise et de là aux ouvriers de Grolier. On peut considérer Venise comme le berceau de la reliure et en particulier de la reliure française. »

A son retour en France, Grolier s'était entouré d'artistes tels que Estienne de Laulne, orfèvre graveur, dont on voit au Louvre quelques remarquables dessins à la sépia. Sur les premières reliures faites pour Grolier, en Italie ou à Lyon, dans le goût italien, ce sont les fers pleins que l'on trouve avec des filets sans or, ou mélangés avec des entrelacs simples, mais d'un goût très pur.

A côté de Grolier, deux amateurs italiens se sont rendus célèbres au xvi^ siècle : ce sont Thomas Maïoli et Canevarius.

Thomas Maïoli a vécu dans les premières années du siècle jusqu'aux environs de l'année 1549. Il composait lui-même ses dessins, dont il faisait exécuter la reliure par des Italiens. De même que Grolier, Maïoli glissait dans l'ornementation de ses livres la

iio LES ETAPES D'UN LIVRE

légende Tho. Maioli et Amicorum, et souvent aussi sa devise : Ingratis servire nephas, ou encore l'énigmatique Inimici mei, mea michi non me michi. Les reliures de Maïoli appartiennent également à deux écoles. Ses reliures ne sont pas toutes parfaites. A côté de très belles pièces, on en voit de fort médiocres. Il arrive quelquefois

RELIURE AUX ARMES ET AU CHIFFRE DE FRANÇOIS l""^ AVEC l'eMBLÈME DE LA SALAMANDRE,

d'après une phototypie éditée par M. Henri Leclerc.

que la devise manque sur les reliures de Maïoli. Sur le plat des volumes se développent alors des ornements en leur agencement ingénieux et sous leurs couleurs brun et blanc. Au milieu, un médaillon ou un cartouche pour recevoir le titre. Sous les derniers ornements, en bas, on lit : Tho. Maïoli et Amicorum\

Enfin l'amateur Demetrius Canevarius était médecin du pape

i. Cf. M. Michel, Fournier, op. cit.

HISTOIRE DE LA RELIURE m

Urbain VII, en l.-iUO. Recherchant les beaux livres, il avait adopté un genre de décoration presque uniforme, la couverture de maroquin brun, ornée de compartiments composés de filets et de fers Aldins dans le genre de Grolier. Au milieu des plats était un médaillon ovale avec un emblème : Apollon conduisant son char sur la mer. Autour de ce médaillon était une devise grecque. Par malheur, ces reliures présentent souvent de trop grandes masses d'or. Les fers de Canevarius sont plus lourds que ceux des Aide et sa marque en or trop importante.

A côté de ces amateurs éclairés, on trouve, sous le règne de François 1", des artistes de grand talent tels que Geoffroy Tory qui fit exécuter des reliures sur lesquelles on retrouve sa marque : le Pot cassé. La plaque qui orne ses reliures se rencontre de deux grandeurs différentes.

Citons également le relieur Philippe le Noir, qui vécut sous Louis XII et François I". « Ses reliures, dit M. Gruel, étaient généralement recouvertes en veau brun estampées à froid dans le style moyen âge. » Comme autre relieur du temps, Estienne Uoffet avait le titre enviable de relieur du roi, avec le droit de vendre des livres. On voit de lui, à la Bibliothèque Nationale, un Décaméron, traduit en 1545 par Antoine le Maçon.

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