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LOUIS XIV

Sous le règne du Grand Roi, les beaux-arts atteignent la plénitude de leur développement. C'est ainsi que la littérature et le théâtre arrivent à leur apogée; mais le même progrès ne se manifeste pas dans la reliure artistique.

C'est que le goût de Louis XIV a tout envahi et imprime partout le sceau de sa volonté et de son empire. En reliure, il restreint l'imagination, car il faut toujours représenter sur ses volumes l'emblème de sa royauté, ses fleurs de lis, son chifi're, sa couronne et son soleil.

Heureusement, le goût du livre se maintient chez les collectionneurs comme Mazarin, Colbert, Condé, Mme de Longueville, François-Henri de Montmorency, la marquise de Ghamillard.

Les relieurs du temps, émules de Le Gascon, et parmi eux Antoine Ruelle, qui fut relieur du roi de 1640 à I60O, exécutèrent de belles reliures, mais ils abusèrent un peu des roulettes.

« On appelle roulettes, dit M. Marins Michel, des outils gravés sur des cercles, sorte de petits rouleaux, qui, en tournant impriment les motifs dont ils sont ciselés. C'est à tort, ajoute-t-il, qu'on les désigne souvent aujourd'hui sous le nom de dentelles : cette dénomination ne devrait s'appliquer qu'aux dessins à répétitions qui sont terminés en pointe, ce qui est l'exception dans les roulettes. La largeur de la roulette est limitée à la force de l'ouvrier appelé à en faire usage, tandis que celle de la dentelle à petits fers est en réalité sans limite. On nommait molettes des roulettes de petit diamètre : les unes servaient à faire des lignes de points ou de perles. Les autres reproduisaient un petit motif par répétition ou alternance, fleur de lis, trèfle, etc. »

Ce fut aussi vers la même époque que l'on exécuta ces élégantes dentelles dont on prenait les modèles dans les broderies. Elles sont fort appréciées aujourd'hui, mais on les a trop souvent copiées.

Vers la fin du xvii' siècle, il se produisit une réaction contre la dorure.

C'est à ce moment que les jansénistes, qui venaient de tenter une réforme dans les mœurs, la poussèrent jusque dans la>eliure. « On reconnaît ces reliures jansénistes, écrit M. Gruel, à l'absence de toute décoration, voire même de simples filets à froid, » Les bibliophiles qui partageaient ces principes et qui avaient fait jusqu'alors décorer leurs livres de riches compositions, ne purent sacrifier indéfiniment au jansénisme leur passion favorite. Certains d'entre eux se risquèrent donc à placer intérieurement sur une garde en peau, les fers qu'ils avaient l'habitude de mettre auparavant sur les plats extérieurs.

Ainsi, vers la fin du règne de Louis XIV, on ne voit presque plus de dorures. On se contente simplement de livres reliés avec solidité, ou avec une décoration intérieure comme celles de Boyet.

Ce relieur exerça à Paris de 1680 à 1733. Un des spécimens les moins contestables de la manière de cet artiste se trouverait, suivant M. Gruel, dans les reliures exécutées pour la marquise de Chamillart. Elles sont très finies avec l'intérieur doublé de maroquin. C'est un genre qui a été inventé pour la première fois par Florimond Badier. Boyet employait pour ces dorures des fers gravés au pointillé.

Parmi les derniers représentants de l'école du xvii" siècle, il faut mettre tout à fait à part Florimond Badier, dont les reliures sont fort rares aujourd'hui, ce qui le fait méconnaître des bibliophiles. Suivant l'opinion de M. Gruel, on a l'habitude d'attribuer à Le Gascon toutes les reliures qui, dans la composition et l'exécution, présentent quelque analogie avec celles de Florimond Badier.

A côté de lui, nous mentionnerons Joseph Dubois, relieur, qui, d'après le témoignage de Fournier, succéda en qualité de relieur du roi à Boyet. Et nous citerons enfin Bernard Bernache, un des maîtres les plus distingués de cette époque'.

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