LA GRAVURE SUR BOIS
LES peuples primitifs et anciens ont connu la gravure, c'est-à-dire l'art de représenter sur un objet solide, et au moyen de traits dessinés en creux, la forme d'un être humain, d'un animal ou d'une chose. On peut voir, par exemple, au Muséum du Jardin des Plantes ou au Musée de Saint-Germain, des figures dessinées sur de l'ivoire ou sur de l'os, à l'aide d'un instrument aigu. Ces vestiges remontent à l'époque préhistorique.
En descendant l'échelle du temps, on trouve des exemples de gravures mentionnés dans les poèmes d'Homère. Ainsi, les figures du bouclier et de l'armure d'Achille. Les Juifs, les Egyptiens, les Grecs, les Etrusques, ont pratiqué également cet art ainsi que les" Romains, qui nous ont laissé de ces merveilleux camées gravés en creux, dont ils se servaient comme cachets.
La gravure, au sens propre du mot, n'est donc pas une invention
moderne. Ce n'est que par la suite qu'on a donné le nom de gravure au procédé de l'estampe, qui est le fruit de l'invention.
Il faut noter d'abord qu'il existe deux procédés bien distincts de gravure : la gravure sur bois, ou en relief, et la gravure sur métal, ou en creux.
« Pour graver sur bois (en relief ou encore en taille d'épargne), écrit M. Henri Delaborde, on choisit une planche ou j)lutôt un bloc de bois dur et lisse, tel que le buis ou le poirier. Sur ce bloc, dont l'épaisseur est do quelques centimètres, on dessine au crayon ou à la plume tous les détails de la future gravure, puis on creuse avec un instrument tranchant les parties qui devront rester blanches dans l'estampe. Les parties que le crayon ou la plume avaient préalablement couvertes se trouvent ainsi subsister seules à la surface du bloc et, une fois soumises à l'action de la presse, elles déposent sur l'épreuve l'encre d'impression qu'elles ont reçue. »
La gravure en relief était, comme nous l'avons dit, fort connue des anciens. « Les toiles peintes de l'Orient, écrit 3L Firmin-Didot, qui remontent à une haute antiquité en Asie, prouvent que l'impression au moyen de reliefs n'y était pas inconnue. On doit même supposer que c'est à l'application de ce procédé aux livres de Varron que Pline fait allusion lorsqu'il vante l'invention merveilleuse et presque divine qui permit à Varron, à l'exemple du célèbre bibliophile Atticus, de reproduire, dans son livre des Imagines, les portraits des personnages illustres, et de les multiplier à l'infini. Pline ajoute que sept cents portraits ainsi reproduits dans l'ouvrage de Varron pouvaient être expédiés en tout pays et ne faisaient qu'un avec le livre. Ce procédé avait peut-être quelque analogie avec celui que les Chinois ont anciennement employé pour reproduire d'une manière très simple les portraits de leurs souverains et hommes célèbres, en gravant en creux sur une surface polie, ordinairement en pierre, le contour des traits, et la recouvrant ensuite d'une teinte noire, en sorte que ces tailles creusées n'étant pas atteintes par l'encre, apparaissent blanches sur le papier noirci par l'encre ap})liquée à la surface de la pierre. »
Ce mode de gravure en relief donna naissance à la gravure en camaïeu, habilement pratiquée au xvi^ siècle en Allemagne et en Italie. Le procédé est le même. Mais au lieu d'opérer avec une planche unique, on se sert de planches séparées, une pour les con-
Gravure sur hvix, ditu eu fac-similé : le dessin seul, en lelicl', apparaît sur le eliclic, tout le blanc est creuse dans l'épaisseur (lu bois.
liiin KM <"/ /;"!■, dil( ^1 iNure eu t< lute sui le tuud 1 mu-ij^o ressort plus ou moins i lairc, sui\ant l'osl>aceincut des ijillcs
Gravure ax trait om ijilliitaijc, le dessin est reporté pbotoj;raplii(iuement sur le métal et les blancs sont descendus par la morsure du zinc.
Papier jirori'dé. Le dessin frotté sur la trame dun papier gaufré est gravé au trait pbotni^rapbiquement.
Siiiiin-ijrarure. On distingue sur l'image la trame qu'y a dessinée la glace. Le dessin est plus ou moins lin selon qu'on a employé une glace à réseaux larges
ou serrés.
Lit/ioyrajjhie. On distingue sur l'image le grain de la pierre qui fait relief.
l-ean-f
noires lan.lis nue les parties creuser se déladicnl en blanc : ce sont (elles qui icçc\iout lemic \ dioi e nma.'c i"-éi Le papier est allé chercher l'encre dans le creux de la gr iMire tandis que les pait.es de la planche non g: avéo à gam lu ,il lesene Un .1.1 -s b ane, qui apparaissent dans 1 image de gauebe.
Gravure au h„r,n L,ma:;e de :;auche est la pl.m.be même qm soiMr., pnui le tu.i^-e: dans le f ^-fj ''^;;'" toutts les p.,ities sombres sont , rcusées et resteront blanches au tir.ige de 1 est.unpe Le trace du dessin est d'une netteté absolue, par la Iranchise des tailles que leau-loite ne ( om|iorle pas
HISTOIRE DU LIVRE ILLUSTRÉ. - LES PROCÉDÉS 155
tours, une pour les ombres, une autre encore pour les lumières, et l'on obtient l'épreuve en l'appliquant au moyen de points de repère sur ces diverses planches, qui doivent se juxtaposer d'une manière absolument rigoureuse, pour que l'épreuve soit parfaite.
A la gravure en relief se rattache encore la gravure criblée ou en criblé. On procède non pas dans le bois, mais dans le métal. Ce procédé consiste à ne pas creuser les parties qui doivent figurer les clairs, mais à les cribler de points blancs, dans le but d'en aviver les teintes. Ce qui n'est pas criblé s'imprime en noir sur l'épreuve, avec le contour du dessin.