LA GRAVURE SUR MÉTAL
QUANT au procédé de la gravure en taille-douce, bien que fort simple, il exige néanmoins dans la pratique, nous apprend M. Henri Delaborde, une grande dextérité. « Lorsque les contours du dessin qui sert de modèle ont été décalqués ou transportés sur une planche, le plus ordinairement en cuivre rouge, on entame le métal avec un outil acéré qu'on nomme la pointe sèche. Ensuite, on creuse plus profondément les tailles ainsi indiquées, ou bien on en pratique de nouvelles avec le burin qui, en vertu de sa forme, agit par incisions angulaires. Pour reproduire l'aspect de tous les objets figurés dans l'original, on est obligé de s'en tenir à ces tailles plus ou moins serrées ou dirigées en divers sens, à des points ou à des hachures. La gravure entaille douce ne dispose pas d'autres ressources. Encore aux difficultés que présente l'emploi d'un instrument rebelle, faut-il ajouter la lenteur forcée des opérations et bien souvent l'impossibilité de réparer les erreurs sans recourir à certains remèdes héroïques tels que le replanage de la planche là où ces erreurs ont été commises. »
Quant à la gravure à l'eau-forte, employée peut-être pour la première fois par les armuriers pour leurs travaux de damasquinerie, voici comment elle se pratique.
Le cuivre dont on se sert doit être rouge. Ce choix est fondé sur ce que le cuivre jaune est moins égal, qu'il s'y trouve des pailles et que ses défauts sont des obstacles qui s'opposent à la perfection des ouvrages auxquels on le destinerait. Cette planche de cuivre rouge doit être bien forgée et bien planie à froid, puis polie et passée au brunissoir.
Pour faire usage de l'eau-forte, il faut couvrir la planche d'un vernis, vernis dur ou vernis mou. Avant d'appliquer le vernis sur la planche, il faut prendre soin d'ôter de sa surface la moindre impression grasse qui s'y pourrait rencontrer; pour cela on la frotte avec une mie de pain, un linge sec ou bien avec un peu de blanc d'Espagne et un morceau de peau. Pour appliquer le vernis sur la planche on l'expose sur un réchaud; lorsque le cuivre est un peu échauffé, on le retire et on y applique le vernis. On noircit ensuite ce vernis en se servant de la fumée d'un bout de bougie. La planche en cet état présente d'un côté une surface noire et unie sur laquelle il s'agit de tracer le dessin qu'on veut graver.
Le vernis dont on a enduit la planche est de telle nature que si on verse de l'eau- forte dessus, elle ne produira aucun efTet; mais si on découvre le cuivre en quelque endroit en enlevant ce vernis, l'eauforte s'inlroduisant par ce moyen, rongera le cuivre en cet endroit, le creusera et ne cessera de le dissoudre que lorsqu'on l'en ôtera.
Quand on veut mettre l'eau-forte sur la planche, on commence par border la planche avec de la cire, afin qu'elle puisse retenir l'eau-forte. La planche étant ainsi bordée, on y verse l'eau-forte au degré convenable, jusqu'à ce qu'elle en soit couverte de l'épaisseur d'un doigt. Quand on juge que l'eau-forte a suffisamment agi dans les touches fortes et qu'elle commence à faire son effet dans les touches tendres, on verse l'eau-forte dans un récipient et l'on met tout de suite de l'eau sur la planche, pour en ôter et éteindre ce qui peut rester d'eau-forte dans la gravure.
Pour ôter le vernis on se sert de divers moyens. On recommandait beaucoup autrefois l'emploi du charbon de saule, que l'on passait sur la planche en frottant fortement, et en mouillant d'eau ou d'huile la planche et le charbon. Lorsque le vernis est ôté de dessus la planche, on arrose celle-ci d'un peu d'huile, on la frotte de nouveau assez fortement avec un feutre et on essuie avec un linge bien sec.