GRAVURE EN MANIERE NOIRE
L est encore une autre manière de gravure dite « gravure en manière noire ». Elle a l'avantage d'être beaucoup plus prompte et plus expéditive que celle en taille-douce. La préparation du cuivre
en est longue et ennuyeuse, mais on peut se reposer de ce travail sur des gens qu'on aura dressés à cela; il ne s'agit que d'un peu de soin, d'attention et de patience.
Pour cette préparation on se sert d'un outil d'acier appelé berceau, qui est d'une forme circulaire, afm qu'on puisse le conduire sur la planche sans qu'il s'y engage; il est armé de petites dents très fines, formées par les hachures que l'on a faites à l'outil en gravant dessus des traits droits, fort près les uns des autres et très également.
On balance ce berceau sur la planche sans appuyer beaucoup, en sens horizontal, vertical, et en diagonale. Il faut recommencer cette opération environ vingt fois pour que le grain marqué sur le cuivre soit d'un velouté égal partout et bien moelleux; car c'est de l'égalité et de la finesse des hachures marquées par l'instrument sur la planche de cuivre, que dépend toute la beauté de cette gravure. C'est cette finesse de hachures en tout sens que l'on appelle le grain.
Quand la planche est entièrement préparée, on calque son trait sur le cuivre en frottant le papier du trait par derrière avec de la craie : comme elle ne tient pas beaucoup on peut le redessiner ensuite avec de la mine de plomb ou de l'encre de Chine.
Cette gravure se fait en grattant et usant le grain de la planche, de façon qu'on ne le laisse pur que dans les touches les plus fortes. On commence d'abord par les masses de lumière : on va peu à peu dans les reflets; après quoi l'on noircit toute la planche avec un tampon de feutre pour en voir l'effet.
Cette gravure est difficile à imprimer, parce que les lumières et les coups de clair qui doivent être bien nettoyés sont creux sur la planche; ce qui demande beaucoup de soin et d'attention.