PROCÉDÉS DE REPRODUCTION POLYCHROME
'instinct de la couleur, écrit M. Marins Vachon, est une mani- -^ festation du développement intellectuel et social, dans la race comme dans l'individu, la civilisation l'affine progressivement et lui donne cette sensibilité active qui constitue une des plus délicates jouissances de l'esprit, en même temps qu'un de ses besoins les plus impérieux. Les savants ne nous prouvent-ils pas qu'aux temps homériques, d'après l'Iliade et rOd3^ssée, le nombre des couleurs perçues était limité à un très petit nombre, quatre ou cinq, qui s'accroît peu à peu dans les poèmes postérieurs, pour aboutir à la polychromie, superbe de la peinture, de la statuaire et de l'architecture, aux grands siècles de l'art antique? Notre race a toujours eu cet instinct très vif. Les œuvres artistiques du moyen âge, les descriptions des romans et des chansons de geste en sont des témoignages éclatants. Dans les livres il se traduit magnifiquement par la miniature, qui a créé des merveilles. L'imprimerie ne tuera point cet art acquis. Dans l'impuissance de l'industrie à faire de la polychromie mécanique, on continue à colorier à la main des estampes et des vignettes pour des ouvrages précieux, et même exécute-t-on encore très fréquemment des manuscrits auxquels les meilleurs artistes du temps mettent des ornements et des compositions d'une originalité et d'une grâce à rappeler parfois les productions des Godefroy, des Beauneveu, des Bourdichon et des Fouquet. La célèbre Guirlande de Julie en est, entre cent autres, une preuve indiscutable. Mais ce n'est guère qu'au xviii* siècle que des essais d'impression polychrome sont faits avec quelque succès. Leblond, puis Gautier d'Azoly tentent d'appliquer à l'imprimerie la théorie de Newton sur les couleurs, de reproduire tous les tons de la peinture, au moyen de la superposition de planches aux trois