‹ Les Etapes d'un naturalisteChapitre 25 sur 44 · SAUVAGEONNE. I4I · texte numérisé non relu

SAUVAGEONNE. I4I

Mais tant de secousses Tont brisée, et sa raison s'envole un beau soir de printemps, quand la griserie de la nature lui rappelle les beaux jours d'autrefois.

« Francis et Denise ont quitté Rouelles. Ce couple qui s'exècre et qui ne trouve le calme nulle part, erre de place en place, leté dans les bains de mer, l'hiver dans les villes du Midi, traînant partout son équivoque et menteuse intimité. De temps en temps un bulletin leur arrive de Moréville (la maison de santé), sur lequel ils lisent que la santé physique de la malade ne laisse rien à désirer, mais que son état mental est toujours le même. L'enfant les accompagne, et à mesure qu'il grandit, il ressemble d'une façon terrifiante à Adrienne. Dans ses cheveux bruns, il a, lui aussi, cette mèche blanche qui était le trait caractéristique de la malheureuse femme. En vain, Denise coupe constamment cette mèche de cheveux qui lui cause une indéfinissable terreur : toujours plus visible et plus drue, elle repousse, vivace et persistante comme un remords. »

Telle est Sainmgennne^ œuvre ine'gale, où le romancier-poète a voulu, semble-t-il, forcer son talent, qui se place entre Seule ou La Fortune d'Angkle, et Raymonde ou Le Fils Maugars. André' Theuriet, qui est un écrivain de race, qui s'est fait, petit à petit, sa place au premier rang parmi les écrivains idéalistes, ne doit pas marcher dans les voies de Victor Cherbuliez, alors même que ces voies mènent à l'Académie : l'art appelle chacun à lui par des chemins différents, et le sentier qu'a suivi, cette fois, l'auteur de Saiwageonne s'abouche trop vite aux sentiers d'autrui, si bien que dans les sinuosités qu'a déterminées son caprice, le lecteur d'autrefois s'égare, et se plaint, sans en vouloir beaucoup à l'ensorceleur, de sa malice présente.

Février 1882.

CHARLES BUET

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