‹ Les Etapes d'un naturalisteChapitre 36 sur 44 · CANDIDATURES ACADEMIQUES. I · texte numérisé non relu

CANDIDATURES ACADEMIQUES. I

écrivant pour le Correspondant une Petite reine^ qui devait être tout juste le contraire des Rois en exil. Le droit le plus sacre' de l'homme est de se contredire : ce droit Baudelaiî^ien., l'Académie ne l'admet pas, paraît-il. Alphonse Daudet sera donc tout simplement de l'Académie Concourt, — une simple Acade'mie litte'raire.

D'Emile Zola, il ne peut être question, n'est-il pas vrai ? On n'est pas de l'Acade'mie si l'on s'imagine que ce vidangeur — aménité' tout académique — sait écrire avec plus de couleur que M. de Falloux et avec plus de charme que le dernier des ducs admis en la noble compagnie, grâce aux titres littéraires que l'on sait, ou plutôt que l'on ne sait pas.

Concourt, Barbey d'Aurevilly, Richepin, Vallès, Cladel ! ne parlons pas, s'il vous plaît, de ces gens-là, ils ont du talent à faire frémir dans leur cercueil les cendres de M. Empis ou de M. Viennet, un autre immortel d'antan, dont le chef-d'œuvre s'appelait Arbogaste. Avbogasîe ! comme cela sonne plus académiquement que Les Frères Zemganno^ Le Prêtre marié., La Glu^ Jacques Vingtras^ La Fête P)iipe ! Parlez-moi à! Arbogaste ! Tout le monde n'écrit pas Arbogaste., tandis que, pour écrire un des livres que je citais tout à l'heure, il suffit d'ctre artiste. Certes, l'Académie ne l'est pas : elle le prouva, ne sachant ouvrir ses portes — pour ne rien dire de Molière ou de Balzac — ni à Théophile Cautier, ni à Paul de Saint-Victor, ni à Fromentin, ni à Flaubert, ni même à Théodore de Banville, le parfait rimeur, quand il avait du talent. Si nous abandonnions pourtant le clan pestiféré de ces hideux naturalistes, réalistes, romantiques qui seront l'honneur de notre littérature présente,

igS LES ÉTAPES d'un NATURALISTE.

peut-être l'Acade'mie trouverait-elle des hommes à son goût, parmi les petits-maîtres idéalistes.

Cherbuliez, Feuillet sont de la maison. André Theuriet, Georges Ohnet, Albert Delpit, le premier surtout qui a de doubles titres, me'ritent d'en être. Croyez-vous que l'Acade'mie arrêtera son choix à l'un de ces noms ? Que non pas ! Aucun d'eux n'est encore assez terne, assez Buloz-cravate pour oser même poser sa candidature. L'e'lu est trouve' d'ailleurs. Il est gens de lettres^ ce qui est plus qu'être homme de lettres, — mieux que gens de lettres^ il est pre'sident de la Socie'te' des Gens de lettres, et voilà, n'est-il pas vrai, un titre acade'mique sans pareil ? Ce n'est pas le seul, allez !

Il y a quelque vingt ans, trente peut-être, — consultez là-dessus votre e'picier, dont Edmond About faisait sans doute les de'lices, car il posait pour le le'gataire du Grand Homme, — pas Napoléon, M. de Voltaire — il e'crivit une quarantaine de nouvelles pleines d'esprit, de talent, d'espcrance ; glissons là-dessus, ces titres-là sont compromettants. Après quoi, il fit fortune, — ce qui n'est point sot par le temps qui court, — et puis, en compagnie de son ami Sarce}'^, grignota, car lui ne mangeait pas, quelques prêtres et quelques frères ignorantins. Ce qui témoignait encore de plus d'esprit. Ah ! nos petits-neveux seront étonnés, je vous assure, de compter, quelque jour, combien manger du curé, du bonapartiste ou du communard fit d'immortalités en notre temps. Je ne dis pas ceci pour M. Maxime du Camp qui, au iniiiimum^ a écrit un bon livre, ses Souvejiù'S^ et, ce qui est d'un homme supérieur, l'a écrit depuis qu'il est académicien!

Edmond About sera donc dans la noble com-

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