CANDIDATURES ACADEMIQUES. I
pagnie le représentant de l'esprit.... et de la chance.
Un fauteuil de poète se remplit aise'ment. L'auteur de Severo Torelli n'est pas seulement un grand poète, il est l'ami de tout le monde — ce qui est de'plaisant pour les vrais amis de son talent. François Goppe'e remplacera donc Victor de Laprade, avantageusement, très avantageusement même. Cependant, si un fauteuil avait dû détourner Théodore de Banville d'écrire de petites lanternes magiques en prose énervante, il eût été juste peut-être de l'offrir à ce poète émérite, François Coppée ayant autant de jeunesse que de talent.
Reste le dernier fauteuil. Nous n'avons plus en fait d'historiens que la monnaie de Turenne. Mignet, Broglie, d'Aumale, Renan, Taine- sont de l'Académie. Après eux, il nous reste des érudits, des chercheurs heureux qui ne seraient pas tous déplacés à l'Institut : Chantelauze, Chéruel sont lauréats de la maison... Eh bien ! de qui parle-t-on ? Je vous le donne en cent, je vous le donne en mille... Ludovic Halévy pose sa candidature, Ludovic Halévy qui a écrit un peu dans tous les genres, mais n'a jamais fait de l'histoire, Ludovic Halévy, le spirituel auteur de la Famille Cardinal, le romancier mièvre et anémique de L'Abbé Constantin, hélas ! et de Criquette, holà I les deux chefs-d'œuvre qui ont tombé le naturalisme, à ce que disent les grands journaux.
A quoi bon protester 1 Ludovic Halévy est prédestiné à l'Académie ; après tout, l'auteur de Froufrou y sera mieux à sa place que le demicent d'Universitaires ou de Normaliens ratés qui brigueront quelque jour, — le plus tard
possible, je le souhaite — sa succession, et remplaceront l'esprit par le pe'dantisme, l'honnête médiocrité' par le ne'ant !
Décembre i88.T.