CHAPITRE VI
La première personne que j'aperçus fut le malheureux officier municipal qui avait été si mal accueilli ; il causait avec un tout jeune homme, dont le costume d'une certaine élégance, contrastait d'une étrange façon avec les haillons de la foule.
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Ce jeune homme en m'apercevant poussa une exclamation de surprise, puis s'avançant vivement vers moi, il me prit dans ses bras et me serra a m'étouffer contre son cœur.
— Quoi, ingrat! tu m'as oublié, tu ne me reconnais plus? me dit-il.
— Est-ce possible! toi, Jouveau! mon cousin ! m'écriai-je.
— Moi-même, cher ami! Que je suis donc heureux de te revoir!
— Citoyen, — dit l'officier municipal en s'adressant a mon cousin Jouveau^ dont je parlerai plus en détail tout a l'heure, —
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enlends-tu ces cris! Ces furieux vont
démolir la salle, si tu n'y prends garde !... Peut-être bien la ville de Marseille sera-telle en insurrection ce soir !
— C'est vrai, j'oubliais ! dit Jouveau avec sangfroid. Faisons taire ces braillards. S'ad ressaut alors vivement à moi : As-tu sur toi une feuille de grand papier? me demanda mon cousin.
— J'ai ma feuille de route!
" — Cela suffit : donne-moi-la vite et suismoi l
— Mais que comptes-tu faire?
De nouveaux hurlements,qui firent trembler la salle, ne permirent pas a mon cousin de me rejoindre : il se hâta de s'élancer vers une loge dont l'officier municipal lui ouvrit la porte et dans laquelle il se précipita.
— Le représentant ! s'écria l'officier munipal.
A ce simple mot, la tempête qui grondait dans la salle s'apaisa comme par enchantement : il se fit un profond silence.
Jouveau s'avançant alors jusqu'au bord de la loge, déplia ma feuille de route, et entonna plutôt qu'il ne lut l'arrêté suivant :
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« Egalité, fralernité, liberté ou la mort!
> Le représentant du peuple , envoyé par la Convention nationale dans le département des Bouches-du-Riiône , avec des pouvoirs illimités, apprenant a l'instant même le trouble qui vient d'avoir lieu ici :
» Considérant : 1® La souveraineté du peuple, violation de la loi ; considérant : 2*^ trames, fils des conspirations Pitt et Cobourg ; considérant : 3° foudre du peuple, glaive de la loi, hache vengeresse, échafaud, tètes tombant, sang impur.
» Arrête :
» Article !•'. La loi sur la liberté des
costumes, la tranquillité des spectacles patriotiques sera scrupuleusement exécutée!
» Article 2. Les instigateurs, fauteurs, complices, participants et adhérants du trouble, qui vient de se manifester dans la salle de spectacle, seront poursuivis et jugés révolutionnairement suivant toute la rigueur des lois.
» Article 3. Tous les bons citoyens seront tenus, a peine d'être déclarés complices et punis comme tels, de venir dénoncer les individus dénommés en l'article ci-dessus.
» Article 4, Extrait du présent sera en-
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voyé à toutes les communes afin qu'elles aient a s'y conformer.
* Fait et arrêté a Marseille, le 5 messidor de l'an II de la République une, indivisible, immortelle et impérissable.
« Le représentant du peuple, « Signé, N**\
» Pour copie conforme, » Signé CuRTius, secrétaire. »
Curlius, après avoir entonné ce décret, replia gravement ma feuille de route et s'assit : l'orchestre se mit aussitôt a jouer des airs patriotiques, puis la toile se leva.
Il y avait alors près de dix-huil mois que je n'avais assisté h aucune réprésentation théâlrale ; je ne puis exprimer Tétonnement profond que me causa le nouveau genre de déclaaialion alors en voffue.
Les acteurs, semblables a des maniaques ou a des possédés, hurlaient leurs rôles d'une voix de stentor et avec une énergie sans pareille. Chaque fois qu'ils prononçaient les mots de « liberté; peuple, oppression, tyrans, » on eiit dit qu'ils étaient en proie a une attaque d'épilepsie ou qu'ils voulaient se jeter sur le parterre.
De leur côté, les spectateurs, c'est une
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justice a leur rendre, tombaient en pamoisson et applaudissaient avec un enthousiasme qui tenait du délire a toutes les tirades débitées contre les rois, le despotisme, la noblesse et le clergé. Leurs transports se traduisant alors en gestes désordonnés, ilsfaisaient trembler les galeries sous leurs pieds et couvraient le parterre d'un nuage de poussière.
— A présent que la tranquillité est rétablie, me dit Jouveau-Gurtius, il faut que j'aille voir un peu pourquoi ce gros homme habillé de vert a provoqué, ainsi qu'il l'a fait, le public. Peut-être y a-t-il la une affaire!...
— Oîi te reverrai-je, Jouveau?
— Attends-moi ici, je reviens desuite.
Quelques mots à présent sur mon cousin Jouveau que je venais de retrouver d'une façon si inattendue , et jouissant d'un si grand crédit.
Jouveau et moi avions été camarades de collège, et comme mon bon père, lié jadis avec la famille de mon ami, servait de correspondant a ce dernier et le faisait sortir avec moi, nos condisciples s'étaient figurés que nous étions, Jouveau et moi, parents, et nous avions fini tous les deux, après avoir plaisanté de cette prétendue alliance, par la prendre au sérieux, et par nous traiter de cousins.
Mon cousin Jouveau, je dois cet aveu a
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la vérité, n'était rien moins qu'un bon écolier. Affligé d'un esprit inquiet, turbulent; aimant le plaisir avec passion, peu délicat sur les moyens à employer pour satisfaire ses désirs, il vendait au collège ses effets d'habillements, ses livres ; empruntait de l'argent a droite et a gauche, et montrait les plus fâcheuses et précoces dispositions de dissipation.
Au demeurant, Jouveau, exclusivement occupé de lui-même , n'élait nullement méchant avec ses camarades ; oubliant €iussi facilement une injure qu'un service reçu, selon que son intérêt le lui conseillait, il ne voyait dans ses amis que des gens qui pouvaient lui rendre service. Un esprit vif et ingénieux, un fond de gaîté inépuisable , faisait rechercher Jouveau
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par ceux-là mêmes de ses camarades qui l'exploitait avec le plus d'impudenee, et qui connaissaient le mieux son féroce ëgoïsme : Jouveau amusait.
Au reste, j'ai peut-être tort, au point de vue de la reconnaissance, de mettre ainsi à nu les défauts de mon cousin, car si Jouveau aimait quelqu'un au collège, c'était certes moi. Ma gravité, ma taciturnité et ma franchise lui en imposaient singulièrement : il me craignait bien autrement que notre régent; un reproche de moi le faisait pâlir. •
Depuis sept ans à peu près que mon cousin Jouveau avait été renvoyé du collège, cette fois était la première que nous nous retrouvions ensemble.
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— Eh bien! lui dis-je lorsqu'il rentra cinq minutes plus tard dans la loge, as-tu appris quel est cet original qui a mis ainsi la salle en insurrection?
— J'apprends et je sais tout, me répondit-il en souriant. Quand a l'homme habillé de vert, il n'y a rien d'étonnant dans sa conduite; c'est un sourd et muet de naissance qui ne se doutait seulement pas des hurlements poussés par le public.
— Comment, tu apprends et tu sais tout! répétai-je. Es-tu donc investi d'un pouvoir extraordinaire? Je ne te cacherai pas que la façon dont tu as fait rentrer le parterre dans l'ordre, m'a beaucoup intrigué. Qu'es-tu donc?
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— Je De puis répondre a cette question que par un récit. Je remets donc les explications, que tu demandes a la sortie du spectacle.
Une heure plus tard, la toile se baissa, et Jouveau ou Curtius, car c'était la le nom nouveau de mon cousin, me prenant par le bras, m'entraîna avec lui : je remarquai que chacun s'écartait avec respect devant mon cousin, puisque cousin il y a, pour lui faire place.
— Cousin, me dit-il, lorsque nous fûmes dans la rue, je "puis, a présent, satisfaire ta curiosité. Tu vois en moi le secrétairegénéral, intime et particulier, d'un représentant en mission!
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— Reçois tous mes compliments sur ton élévation. Je vois que tu as su faire ton chemin.
— Mais oui, pas mal. Il n'y a pourtant que six mois que je suis entré dans la vie politique. Mon représentant est le meilleur! vivant Q^'il soit possible d'imaginer. Aimant par dessus tout le plaisir et ayant en moi une confiance absolue et sans bornes, il représente, mais c'est moi qui gouverne. Curtius , m'a-t-il dit , il y a trois mois de cela, a la suite d'un fabuleux dîner qui dura quaran te-huit heures. Curtius, je suis un bel homme, et je représente mieux qiie personne au monde.; mais j'ai le travail en horreur.
Partageons-nous donc la besogne. Moi,
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je vais me montrer ici a la foule, je recevrai les dépuiaiious, je haranguerai les délégués des comités : loi, iu l'occuperas de toutes les affaires administratives et politiques, tu prendras les arrêtés, tu rédigeras mes rapports. Je m'en rapporte entièrement a ton expérience et h ton patriotisme. Ce marché te convient-iJ? Parfaitement, ai-je répondu; car je ne suis pas assez sot pour refuser le pouvoir. — Vous pouvez compter, citoyen représentant, que je m'arrangerai en sorte de vous faire une vie tissée de soie et d'or. —C'est ce que je demande, et je vois que tu comprends à demi-mot. Je m'en rapporte à toi du soin de ne me laisser manquer de rien.
En effet, depuis celte conversation, la confiance de ^mon représentant en moi est
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telle, qu'il me délivre toujours vingt signatures en blanc a l'avance pour les expéditions des affaires pressantes qui pourraient le déranger de ses plaisirs. Mais il se fait tard, et il faut qu'avant de me coucher, je rédige et fasse expédier l'arrêté que j'ai pris au nom de mon réprésentant, à propos du trouble (jui a eu lieu à la comédie ce soir. Bonne nuit, cousin; je ûe puis l'exprimer la joie que me cause ta présence a Marseille et notre rencontre. Aussitôt que lu seras levé demain, viens me voir, nous déjeunerons ensemble.
Le lendemain, j'étais dès sept heures du matin, — car nous étions aux plus longs jour de l'été, — chez le citoyen Curtius. Son valet me répondit que son maître dor-
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mait encore et qu'il ne serait visible que vers les onze heures.
Lorsque je vins a l'heure désignée, je trouvai l'antichambre de Curlius-Jouveau remplie de toute sorte de gens et j'eus beaucoup de peine a pénétrer jusqu'à
Curlius, assis près d'un bureau dans son cabinet de travail, avait encore son bonnet de nuit ; devant lui était placé un papier blanc, et une plume a la main il semblait indécis de savoir s'il devait oui ou non céder aux instances de deux jeunes solliciteuses qui lui souriaient de la plus séduisante façon.
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— Ah ! te voilà, cousin, dit-il en m'apercevant -, sois le bienvenu. Mes enfans, continua-t- il en s'adressant aux jeunes filles que mon entrée avait toute décontenancées, je ne vous cacherai pas que j'ai soupe fort tard hier soir, que je suis ce matin d'une humeur désagréable, et que votre présence, loin de me distraire, me fatigue. Revenez voir demain matin si je suis dans une meilleure disposition d'esprit. Aujourd'hui, je renonce aux affaires qui peuvent se remettre.
' — Mais, citoyen, dit la plus âgée, ou, pour être plus exact, la moins jeune des deux solliciteuses, qui pouvait avoir dixhuit ans au plus, notre pauvre mère se désespère !... Un jour de captivité de plus
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représente un siècle po]ir les malheureux qui souffrent!...
— Je n'aime pas que l'on insiste auprès de moi, citoyenne, répondit sèchemeni Curtius. Au total, depuis trois mois que votre mère est incarcérée, elle a dû s'habituer a la prison, et vingt-quatre heures de captivité de plus ou de moins ne sont rien pour elle. Après tout, si revenir vous dérange, rien ne vous force a cette nouvelle démarche.
— Oh ! cela ne nous dérange nullement, citoyen, se hâta de dire la jeune fille, nous reviendrons. A revoir citoyen !...
Les deux jolies solliciteuses saluèrent
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alors humblement mon cousin Jouveau et s'éloignèrent en essa3ant fie sourire : je vis trembler des larmes dans leurs yeux.
— Que signiOe la conduite, Jouveau, dis-je alors sévèrement à mon ancien camarade; je te connaissais égoïsie, mais je ne le savais pas inhumain ! Pourquoi avoir montré cette dure lé a ces pauvres enfants?
— Je t'assure, cousin, me dit tranquillement Jouveau, que tu l'abuses complètement sur mon compîe ; personne n'est moins cruel que moi. Seulement, j'ai pour règle de conduite invariable et constante de ne me gêner en rien pour personne ! Ces jeunes filles m'ennuyaient, je les ai donc priées de s'éloigner... Voila tout.
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Jouveau achevait a peine de prononcer ces mois quand un tout jeune liomme entra dans le cabinet.
— Ah ! c'est toi, Horatius Codes! s'écria Gurtius. Va-t-en dire à Fabricius et aux deux Gracchus de travailler, toute affaire fessante, a mettre au net les lettres pour le comité de sûreté générale. Quant a toi, cousin, continua Jouveau en se levant de dessus son fauteuil et en jetant au milieu de la chambre son bonnet de nuit, suismoi, je vais te présenter a l'illustre N***, mon très cher représentant!...
— Que veux-tu que je lui dise à ton représentant? Je n'ai nullement besoin de le voir.
— Veux-tu bien te taire, malheureux.
Est-ce que tout le monde n'aime pas a se réchauffer aux rayons du soleil ? Ignorestu donc l'immense pouvoir dont jouit un représentant en mission? Allons, trêve de réflexion, et suis-moi.
En traversant l'antichambre de Jouveau, puis ensuite celle du représentant, je remarquai que les solliciteurs saluaient mon cousin avec autant d'humilité et de respect que s'il eut été un Richelieu ou un Louis XIY. Tous ces gens qui s'indignaient au souvenir de la cour étaient certes plus obséquieux et plus vils que les plus éhontés courtisans de la monarchie : seulement s'ils s'abaissaient avec autant d'humilité que les habitués de l'O'il-de-Bœuf, ils ne
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possédaient pas Ja même grâce que ces derniers.
— Allends-moi un moment ici, me dit Jouveau lorsque nous eûmes pénétré dans les apparlemenls occupés par le représentant, et que nous ne fûmes plu$ séparés de lui que par une seule pièce, je vais avertir le grand homme de ta présence.
Jouveau entra alors, en laissant la porte .ouverte derrière lui, dans le salon ou se tenait le chargé des pouvoirs de la Convention.
-^Ah! c'est toi, mon ami, s'écria une voix que je conjecturai être celle de N*** ,
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sois le bien-venu. Qu'y a-t-il de nouveau? Que dit-on dans la ville?
— Vraiment, citoyen re'présentant, s'écria mon co usin sans répondre a la question qui lui éfail adressée, je n'ai jamais vu un teint plus é^ixl et meilleur que celui que vous avez ce matin.
— Tu trouves, Curtius ; cependant j'ai passé la plus grande partie de cette nuit a souper : je dois toutefois avouer que cet extra ne m'a pas plus pesé que s'il se fut agi d'avaler un biscuit, dit le représentant d'un ton satisfait.
— Le fait est que votre estomac est bien le plus fort que la Convention possède.
— Oui, je confesse que la nature n'en a pas trop mal agi à mou éi^ard...
— Elle vous a traité en enfant gâté, citoyen représentant.
— Trêve de compliments, mon cher Curlius, dit le puissant personnage d'un ton qui était loin de sentir la colère ; causons un peu affaires. Jl paraît que j'ai pris, hier au soir, un arrêté au sujet des troubles qui ont eu lieu a la comédie.
— Oui, citoyen représentant, je viens de le faire transcrire sur le registre; si vous désirez en prendre connaissance, je vais vous le lire : vos considérants sont
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peut-être un peu longs, niais ils n'en valent pas moins pour cela...
— Je m'en rapporte à toi, Curtius, mais, dis-moi, comment as-lu pu donner lecture de ce document, qui n'était pas composé a l'avance, puisque tu ne t'attendais pas a l'événement qui l'a provoqué?
— Je l'ai improvisé, représentant!
— Tout d'une Jialeinc et sans hésiter, Curtius ?
— Oui, représentant ; tout d'une haleine et sans hésiter.
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— C'est à ne pas y croire. Vraiment, lu es doué d'un esprit liors ligne, Curtius.
— Quand on aime sa patrie, représentai?!...
— Oii ! connu. Mais poursuivons notre travail. As-tu a présenter quelques pièces ce malin à ma signature?
— Oui , représentant , plusieurs : des arrêtés, des mesures de police et de sûreté
générale.
— Très bien ; passe moi ma plume ; je m'en rapporte à toi. Ah ! j'oubliais : a pro-
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pos (le mesures de sûreté générale, n'oublie poiat de faire opérer aujourd'hui l'é- -'ari;issemeoi du ci-devanl comie de Sainl-*^\..
— Mais, citoyen représenlant, les preuves qui exisleni de la culpabilité du comte de Saint-*** sont accablantes : son dossier est le plus cba<"j^é de tous ceux de notre police, et des patrioîes nous ont dernièrement adressé une pétition pour demander sa mise eu jugeuient, et, par suite, son exécution au plus vite.
— Curtius! tu manques d'esprit, s'écria le représentant, fouille tes cartons avec plus de soin, et lu y trouveras au contraire une demande signée de la plupart des pa-
trioles les plus illustres du déparlement, qui me prient de" relâcher le comte de Saint-***, victime d'une erreur et du patriotisme duquel ils répondent.
— C'est bien, citoyen représentant, je trouverai ce document, et ce soir au plus tard, le comte sera libéré. N'avez-vous plus d'ordres a me donner?
— Réflexion faite, Gurtius, l'ordre d'élargissement ne doit être que provisoire. Quand à cette lettre dont tu m'as parlé, envoyée et signée par des gens sans aveu, qui en veulent à ce pauvre diable de comte de Saint-***, jette la au feu !
— Puis-je vous demander, citoyen re-
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présentant, sans commettre une indiscrétion, s'il y a lonf,4emps que vous avez vu la délicieuse fille de l'ex-ci-devant comte?
— Hier au soir, mauvaise langue; mais tais-toi. Un galant homme doit être discret... Ah ! j'oubliais encore... Quant aux vieilles demoiselles de R...., qui m'assiègent de lettres, de visites et de supplications pour obtenir la mise en liberté de leur tante, tu leur feras compren ire que la rigueur de mes devoirs s'oppose a cela... que si elles insistaient et me fatiguaient eq,core de leurssempiternelles jérémiades, je serais forcé de punir le scandaleux intérêt qu'elles portent a une suspecte. Qu'elles prennent garde!... Continue ton rapport, Gurtius.
— 11 vous reste encore, citoyen représentant, a statuer sur le sort de la famille Med...
— Qu'on l'envoie au tribunal révolutionnaire!...
— Mais elle se prétend tout à fait innocente de l'accusation qui pèse sur elle.
Au tribunal révolutionnaire, te dis-
je.
— A ne vous rien cacher, réprésentant, j'ai parcouru le dossier de cette famille sans trouver contre elle non seulement une seule preuve de culpabilité, mais
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même encore un seul prétexte d'accusation.
— Que me chantes-tu la, Curtius ! Sache que toutes les fois qu'il s'agit de prouver la criminalité d'un nohle ou d'un prêtre, les preuves ne doivent et ne peuvent manquer; c'est la une règle de conduite dont je ne me départirai jamais, et qui m'a été recommandée, lors de mon départ, par Amar et Yadier.
— Mais, citoyen représentant, le comte de Saint-***, dont vous devez signer l'élargissement aujourd'hui, est nohle cependant, si je ne me trompe !...
— Mauvais plaisant, tu sais bien que j'ai mes raisons pour...
— Et moi aussi, donc, j'ai les miennes , inlerrompit Jouveau, pour m'intéressera la famille de M***.
— Ah ! mon gaillard ! s'écria le représentant en partant J|^n grossier éclat de rire, il paraît que vous n'êtes pas aussi accaparé par vos affaires que vous voulez bien le prétendre. Eh bien ! va pour l'élargissement de la famille de M***.