Les étapes d'un volontaire
L'infâme concierge après avoir hurlé ces paroles jeta violemmenl le portrait par terre et l'écrasa avec le talon de sa botte!...
Le lendemain, 4 thermidor, je trouvai m 1
en m'éveillanl Anselme déjà occupé a écrire.
— Tu es bien matinal , lui dis-je , que griffonnes-tu donc là? Ton testament?
— Je n'ai qu'un robuste appétit a léijuer, me répoiidil-ll en riant, et je doute, par le temps de famine qui court, que quelqu'un voulût de cet héritage, j'écris tout simplement à cet excellent citoyen Fouquier- Tin ville.
— Comment, c'est a Fouquier que lu
écris? répétai-je en pâlissant, car je connaissais Anselme capable de toutes les ge-
nérosités et de toutes les imprudences possibles, et un mauvais pressentiment venait de me traverser le cœur.
— Oui, a lui-même ! Veux-tu que je te communique le contenu de mon épître?
J'en suis justement a la fin, et je n'ai plus que ma signature a mettre.
— Oui, communique-moi ce contenu, Anselme!
— Il n'est pas long, écoute!
Mon ami prit alors délicatementsa lettre entre ses doigts, et me lut avec une satis-
faction d'auteur, qui perçait malgré lui dans son débit, ce qui suit :
« Monstre vomi par les enfers, exécrable assassin, immense canaille, Fouquier-Tinville, que je ne salue pas, tu affectes, brigand, de croire qu'un complot d'évasion a eu lieu a Saint-Lazare, afln de pouvoir prendre un nouveau bain de sang! Je te déclare que ce complot n'a jamais existé, que je proclamerai partout cette vérité, et que je dévoilerai tes infâmes projets ! Moi seul ai voulu m'évader, entendstu, moi seul ; donc tu n'as droit qu'a une tête, la mienne. J'attends tes valets, et je finis en te priant d'agréer l'hommage du
D UN VOLONTAIHE
profond mépris avec lequel je suis celui qui te brave et se moque de toi.