‹ Les étapes d'un volontaire (volume 4)Chapitre 2 sur 12 · ANSELME · texte numérisé non relu

ANSELME

— Eh bien , que penses-tu de cette épîlre, cher ami ? me demauda-t-il.

— Je pense que, si tu as été assez fou pour l'écrire, tu auras au moins assez de bon sens pour la déchirer.

— Eh bien, tu penses fort mal. Je me suis juré que j'enverrai cette lettre, et ce que je jure, je le fais î

En effet, malgré mes prières, mes sup-

plicatioiis, presque mes larmes, Anselme resta inébranlable dans sa résolution, et remit sa fatale lettre au guichetier qui vint ouvrir la porte de notre chambre.

— Je crois pouvoir, sans me vanter, me dire sûr de mon affaire! s'écria-t-il joyeusement en voyant le guichetier s'éloigner. Allons, mon ami, continua-t-il, en me prenant les mains, chasse cet air lugubre qui assombrit ton visage. Nous n'avons plus si longtemps a rester ensemble pour que lu emploies ces derniers moments a me quereller. \\i diable!

lu ne devrais })as être triste! J'évite le déshonneur! quoi! toute la question est la!

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Vers le milieu de la journée l'Ilalien Manini fit une courte et significative apparition dans notre corridor : cette fois le bandit avait jeté le masque et il se montra a nu!

— Mes bons amis, nous dit-il en ricanant, je me figure que demain beaucoup de gens qui me tournent le dos aujourd'hui, et affectent de jouer au grand seigneur avec moi, perdront la tète.

Ravi de l'effet produit par celte déclara^ lion, l'Italien, qui craignait pcut-êlre aussi de rencontrer Anselme, se hâta de s'éloiiiner.

A peine élait-il parti, qu'arriva la femme Semé, digne épouse de son mari ; celte horrible mégère s'élait toujours montrée, par son implacable cruauté, a la hauteur de nos souffrances. Elle venait nous annoncer que le lendemain devait être un grand jour, et nous demander, vu le peu de temps que, selon toutes les probabilités, il nous restait a vivre , si nous voulions échanger, contre un bon repas, les bijoux que nous étions parvenus a soustraire a la rapacité des voleurs qui nous avaient dépouillés. Elle fit quelques affaires.

Après tant d'avertissements, le doute ne nous était plus possible; le reste de la journée se passa pour nous dans une tris-

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tesse profonde, non pas que la crainte de réchafaud pesât sur notre courage ; mais tel prisonnier qui, jeune homme, aurait bravement marché a la guillotine, pleurait,père de famille, cellequ'il allait laisser exposée a la misère et sans appui!

Le lendemain vers les quatre heures de l'après-midi, et ce jour-la les affreux plats de l'empoisonneur Périnal étaient restés a peu près intacts sur la table, le lendemain, dis-je, vers les quatre heures, la femme Semé apparut a la grille qui fermait notre corridor, et d'une voix railleuse et qui retentit à nos oreilles comme un glas de mort : « Voici les voitures de ces messieurs qui arrivent! » nous criai-elle en disparaissant aussitôt.

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En effet, presque au même instant entrèrent dans la cour deux énormes chariots qu'escortaient quatorze gendarmes.

Instinctivement je me rapprochai d'Anselme, qui, le sourire sur les lèvres, et le regard assuré, relevait fièrement la tête.

Bienlôtune nuée de guichetiers envahit les corridors , et le nouveau concierge Verney, assisté de Semé, appela le nom des victimes désignées pour comparaître devant le tribunal révolutionnaire. Or , comme nous savions tous que de l'antre de Fouquier-ïinville a l'échafaud il n'y avait cfu'un pas, nous embrassâmes les malheu-

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reux que l'on venait chercher et nous leur fîmes nos derniers adieux.

— Voila qui est étrange, me dit Anselme, on m'a oublié! Est-ce que ce gredin de Fouquier voudrait se donner l'air de me mépriser! Je crois que j'ai été trop modéré dans ma lettre ; il n'aura pas compris que je voulais l'insulter. Ne t'inquiète pas, si mon tour ne vient pas demain , je lui enverrai une seconde missive qui ne laissera rien à désirer.

Une heure après le départ de nos compagnons d'infortune, j'aperçus le porteclefs Leduc qui, une feuille de papier a la

main, passait rapidement devant moi; je l'arrêtai parle bras.

— Citoyen, lui dis-je, quel est donc ce papier que lu portes ?

— C'est la liste des prisonniers qui viennent de partir.

— Ah ! veux-tu me permettre de la copier? cela me fera plaisir.

— La voici, mais dépêche-toi : je suis presse.

Le guichetier Leduc avec qui, — j'ai déjà

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rappelé celte circonstance une fois, — j'avais eu une scène de violence le jour de mon entrée a Saint-Lazare, m'avait pris^ depuis notre raccommodement, tout a fait en affection. J'étais, je crois, avec Anselme, le seul détenu qu'il traitai avec douceur; il ne m'appelait ordinairement que : Mon officier.

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