‹ Les étapes d'un volontaire (volume 5)Chapitre 10 sur 10 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Je me souviens d'avoir lu au collège dans mon cours de géographie que Ganges est une ville manufacturière fort animée , qui possède des fabriques de bas et de bonnets : je ne sais si le cours de gëogra-

pbîeaété fait fort légèrement ou si la révolution 5 ce qui me paraît plus probable , a complètement cbangé l'ancieQ élat de choses, toujours est-il que quand je traversai Ganges, toutes les boutiques étaieut fermées et qu'un morne silence régnait dans la ville.

Un perruquier, dans la boutique duquel j'entrai pour me faire raser, m'apprit, par sa conduite et par ses propos, a quel point l'esprit révolutionnaire avait fait des progrès dans cette petite vilîe jadis exclusivement adonnée a l'industrie.

C'était un jour de décade : aussi, la boutique du Frater était-elle pleine de clients de toutes sortes, d'autant plus que, depuis

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rétablissement de l'ëgalité, les barbiers refusaient de se recdre en ville; les vieillards impotents étaient tenus de se faire transporter chez ces derniers , s'ils voulaient ne pas porter des barbes semblable^ à celles des anciens augures.

Une dizaine de personnes assises sur un banc adossé le long du mur attendaient leur tour de rôle , pendant que le perruquier, tenant une de ses pratiques la tête renversée en arrière et la figure couverte de mousse de savon, pérorait, en agitant son rasoir en l'air , sur les événements de la décade.

— Ah ! disait-il , je ne veux pas médire de la guillotine, mais je trouve cependant

que celle invention laisse beaucoup a désirer. NousautresbarbJerspaîrjoîesrerions plus de besogne en une beure que J'ins- Ifumenl de Gaillotin en un jour! Supposez 3 par exemple, que le citoyen que je suis en Irain de raser en ce moment soit un aristocrate et un fédérabste, zisteî Un léger coup de rasoir, et. voila un dangereux coquin de moins.

Le barbier, en parlant ainsi, pour donner plus d'énergie et plus de clarté sans doute à sa démonstration, passa vivement le dos de son instrument sur le col de la pratique qui, sentant )e froid de l'acier, poussa un cri terrible et manqua do tomber de dessus sa chaise par terre.

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De grands éclats de rire accueillireut ceiie belle plaisanterie. Le paîient, car ce maheureux barbier se servait de ses rasoirs avec une telle maladresse . que ses pratiques sortaient de ses mains avecjle visage eu sang; le patient disje, expédié, un vieil homme complètement chauve prit sa place.

— Pourrais-tu, citoyen , dit-il au barbier, me mettre un peu de poudre d'amidon sur la tête , pour remplacer la perruque que mes principes républicains m'empêchent de porter ?

— De l'amidon, répéia le barbier d'un air indigné. Ah ! tu te lances donc aussi dans le luxe, père Jérôme' Prends gardfî

à toi ! Au reste, quand bien même, foulant aux pieds ma rigidité, je consentirais a me rendre a ta demande, cela me serait impossible ; voilk plus de dix mois que pas une once d'amidon n'est entrée dans ma boutique.

— Eh bien! alors, citoyen, reprit le vieillard, remplace l'amidon par un peu de farine.

— De la farine ! Me prends-tu donc pour un traître! Te figures-tu que je m'en vais prodiguer la nourriture du peuple pour satisfaire ta ridicule coquetterie !

— Mais , citoyen, l'air, en frappant sur ma tète déi^arnie.

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— Tais-toi, imprudent ou conspirateur!

Apporte-moi . si tu le veux , de la farinefolle avec un certificat du maire , visé par l'administration du district, qui constatera 'que c'est de la farine-folle , et alors je le saupoudrerai à ta guise !

Ne voulant pas avoir avec ce barbier une querelle ridicule, en sentant que la patience commençait a m'échapper, je sortis de la boutique sans dire un mot, et me remis de suite en route.

A partir de la charmante petite ville de La Vigan où j'arrivai peu après , le pays désert et aride, que j'avais parcouru jusqu'alors, se changea en une terre fer-

lile et couverte d'une adiii'rable vcge talion.

Dégoûté des centres de population qui ne m'ofTraient que Je triste spectacle des iDauvaises passions humaines , sous leur coté le plus mestiuin, je résolus d'éviter, autant que possible, le séjour des villes et d'entrer dans la montagne. En effet, a partir de Merneys je m'enfonçai dans les Ce venues.

J'ignore quel destin me reserve l'avenir, mais je doute que jamais, le sort me comblât-ilde toutes ses faveurs, je puissepasser des heures plus douces et plus agréables que celles que me procure l'accomplissemenl de>mon projet.

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Je ne puis reodrerimpressioD eoi.vrante de bien-êlre que j'éprouvai lorsque parcourant, libre et joyeux, Jes so'iLfles de la monlacne, je songeais qu'autour de moi réanait la Irahison. la violence, l'espionnage, et que, iranquiUe et insoucieux, j'adra irais les beautés de la nature. L'égoïsme peut-être pour beaucoup dans mon bonheur, qu'importe! Cet égoïsme était si innocent, et mon bonheur si grand ! r ^ -r

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Ihn'était impossible, lorsque ma pensée, s'appesantissanl par moment sur le sort de la France, de comprendre, en présence des magnifiques et riants paysages qui s'étendaient devant mes yeux , comment les hommes se donnaient tant de mal pour se

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rendre misérables, lorsque le bonheur leur eût élé si facile.

Ce profond dédain pour les ambitions, les fureurs et les violences humaines, que me faisait éprouver la vue de la nature , m'explique comment et pourquoi les montagnards des Gévennes avaient repoussé jusqu'à ce jour, avec une inébranlable opiniàireté , les principes de la révolution.

Au reste les habitants des Gévennes, avec ce remarquable bon sens, qui est presque toujours la conséquence d'une vie simple et fructueusement employée , avaient compris que s'opposer par la force a la marche des idées nouvelles , eût été

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attirer sur Jeur pays la ruine et la persécution. Lorsque ^'administration du district leur dépêchait ses commissaires ils recevaient ceux-ci avec toute l'apparence d'une grande joie , les hébergeaient avec une simplicité peu ordinaire, les flattaient à outrance, semblaient se pâmer d'aise en écoutant leurs discours , et finissaient par les renvoyer on ne peut plus satisfaits de leur patriotisme.

Le lecteur se tromperait beaucoup si , jugeant les montagnards des Cévennes d'après la façon dont ils agissaient envers les commissaires républicains, il leur attribuait de la fausseté dans le caractère. Ces montagnards ne montraient qu'un grand bon sens , ou pour être exact/qu'un profond mépris pour ces agents.

Aa reste, quoique mon uniforme de solciai républicain eut dû me faire lenir en méûai ce, partout ou je frappai je reçus une hospitaUié pJeJrte de rondeur et de franchise. Ces bras es gens comprenaient bien vite, Ix ma façon de m'exprimer, que j'étais un honnête homme , incapable de les trahir.

j'élais parti un malin de fort bonne heure afin d'arriver avant la tombée de la * nuit a Mende, ou je comptais coucher, lorsqu'à la vue de plusieurs plantes assez rares, je quittai le sentier que je suivais et m'enfonçai dans la montagne.

La botanique et la minéralogie ont tou- 1

jours été mes passions favorites ; le lecteur

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ne s'étonnera donc pas qu'entouré de trésors, comme je l'étais alors, je ne songeai plus a mon itinéraire.

Bourrant de plantes et d'échantillons de pierre mon sac, hélas! à peu près vide de provisions, je ne m'arrêtai dans mes recherches que quand la fatigue et la faim m'attaquaient ensemhle avec une certaine violence.

M'asseyant au pied d'une grande roche, qui me garantissait des rayons du soleil , alors dans son plein, je tirai d'un linge humide oîi il était soigneusement enveloppé un morceau de pain qui pesait a peu près cinq onces et constituait, avec quel-

ques figues, toutes mes provisions, puis je me mis à diner.

J'attaquais avec une modération calculée, afin de me tromper moi-même sur la petite quantité de mes provisions, mes cinq onces de pain et mes figues, lorsqu'il me sembla entendre un léger bruit dans les broussailles et les fougères qui m'environnaient.

En effet, presque aussitôt je vis sortir du milieu d un fourré un tout jeune homme fort élégamment vêtu, et qui^ a mon aspect, ne put retenir un cri de surprise.

Le fait est qu'avec mon uniforme cou-

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vert de poussière et déchiré en maint endroit, mes chaussures raccommodées avec des ficelles, mes grandes moustaches et ma barhe inculte, je ne devais inspirer que fort médiocrement la confiance.

Remarquant l'hésitation du tout jeune homme, je me mis a rire et, lui adressant la parole sans quitter ma place :

— Citoyen, l'habit ne fait pas le moine, > comme dit le proverbe; j'ai l'air d'un gueux, j'en conviens ; mais je suis un officier du régiment de la Côte-d'Or. Si vous désirez partager mon repas, asseyezvous a mes côtés. Il me reste encore quatre figueselprèsde deux onces de pain.

Si VOUS tardez cinq minutes a accepter, il ne restera plus rien du tout !

Le jeune homme, rassuré par la façon joyeuse dont je lui avais parlé, se mit à son tour à sourire.

— Je ne vous cacherai pas, citoyen, me répondit-il, qu'a la première vue, je vous ai pris pour un fédéraliste en fuite, et que vous m'avez assez fort effrayé. Puis--je vous demander quelle rouie vous suivez ?

— Je compte aller coucher ce soir a Mende.

— Aller coucher ce soir à Mende I ré-

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péta le jeune homme, vous n'y songez pas, Savez-vous à quelle distance vous êtes de cette ville?

— Ma foi non ! A deux ou trois lieues, j'i-

magine..

— Vous êtes loin de compte. A sept lieues.

— Est-il possible ! Mais alors j'ai donc reculé depuis ce matin au lieu d'avancer ?

— C'est probable î vous vous serez égaré.

-^ i^e fait est que je me suis aimisé a

herboriser, et qu'il n'y aurait rien d'étonnant à ce que dans la chaleur des mes recherches, je me fusse un peu écarté de ma route.

— Ah î vous connaissez donc la botanique, mon officier ! me demanda le jeune homme avec étonnement.

' — Beaucoup.

-^ Me permettez-vous d'examiner les plantes que vous avez recueillies ?

— Volontiers, répondis-je en vidant mon sac devant mon interlocuteur qui se mit aussitôt à genoux pour examiner ma

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récolte plus à son aise, nomma chaque plante par son nom latin ; puis les divisant ensuite en deux tas distincts, me dit que Je pouvais abandonner sans remords la moitié de ces plantes fort communes.

— • Tiens ! mais citoyen, lui répondis-je, il me semble qu'au lieu de trouver un amateur, je suis en présence d'un professeur. Vous êtes bien jeune, cependant vous me paraissez fort instruit.

— On le dit, me répondit le jeune homme en riant.

— Et moi, j'en suis sûr. Mais parbleu, puisque le hasard vous envoie si a propos

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sur ma route, et que vous savez tant de choses, il faut que vous me donniez un conseil. Je suis, m'avez-vous dit, a plus de sept lieues de Mende, or, je vous avouerai que l'idée de passer la nuit a la belle étoile, dans la montagne, ne me sourit que médiocrement : apprenez-moi ce que je dois faire.

— Vous devez, mon ofQcier, remercier, en effet, l'heureux hasard qui m'a mis sur votre route, et me suivre.

— Vous suivre. Ma foi, avec plaisir !

Seulement me permettrez-vous de vous demSbnder où vous comptez me conduire?

J'ai le regnet de ne pouvoir répondre

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a cette question. Tout ce qu'il m'est permis de vous dire, c'est que vous aurez un excellent lit, un délicieux souper , que l'on vous fera un accueil fort gracieux, et que l'on ne vous demandera rien pour votre dépense !

— Ah ! ça, ne me contez-vous pas la une histoire tirée des J////e et une Nuits.

— Du tout ; je vous parle en connaissance de cause. Toutefois, je prendrai la liberté de vous prier, une fois pour toutes, en supposant que vous acceptiez mon offre, de ne plus m'adresser à ce sujet aucus&jpestion.

t -- J'accepte voire offre, et m'enfiage à

ne plus parler que de botanique, tant vous m'avez fait venir l'eau a la bouche et tant j'ai peur de manquer ce fameux souper et ce lit moelleux qui m'attendent.

— Alors, hâtons le pas; nous avons encore au moins deux lieues a faire.

— Dans quelle direction nous rendonsnous ?

— La-bas, derrière ces montagnes que vous apercevez au couchant.

Après une marche de plus de quatre heures, car vu l'âpreté des chemins que nous parcourions, nous étions obligés k de

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fréquentes haltes, nous arrivâmes à un bois de sapins et de hautes fulaies, qui, placé sur le plateau d'une montagne, dominait une grande étendue de terrain.

— Tiens, voila qui est plaisant, dis-je au jeune homme, aussi loin que la nuit qui se fait permet a mon regard d'atteindre, je n'aperçois pas une seule habitation. Il me semble cependant que nous avons déjà dû au moins franchir les deux lieues qui d'après vous, nous restaient seulement à faire !

— Aussi sommes-nous ^arrivés, me répondit mon jeune compagnon d'un air railleur.

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— Ah ! bah ! c'est dans cette forêt que je dois trouver ce lit, ce souper et cet accueil si remarquahîes...

— Oui, dans celte forêt.

— Ma foi, je n'y comprends plus rien.

J'avais bien raison, vous le voyez, de prétendre que vous me racontiez un conte des Mille et une nuits ^ répondis-je a mon jeune compagnon en le suivant dans la forêt, oîi il entra sans hésiter, quoiqu'il y régnât une nuit profonde.

Après avoir parcouru pendant environ cinq minutes, un sentier dont le $ol ferme et battu me prouva q^u'il devait êtro

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souvent foulé par des piétons, j'aperçus a cent pas à peu près devant nous une lumière fixe et brillante.

Presque au même instant je me trouvai au milieu d'une vaste clairière.

— Je ne sais si je me trompa, dis-je a mon jeune compagnon, mais il me semble , voir se détachant dans l'ombre et plus noir que la nuit, un imposant édifice...

— Vos yeux sont excellents, et ne vous trompent pas !

— Ah ça, savez-vous bien, continuai-je que si mon sac, au lieu de contenir des

échantillons minéralogiques et des plantes, renfermait une forte somme d'or, je ne serais pas sans inquiétude. Je me flgurerais qu'abusant de votre extrême jeunesse et de vos bonnes manières pour captiver la confiance des voyageurs, vous êtes le complice d'une bande de brigands qui vous a chargé de lui amener des victimes.

— Pourquoi ne pas croire plutôt, me répondit mon compagnon en riant, que je suis l'envoyé de quelque jeune et adorable princesse tenue sous le joug d'un puissant et méchant magicien, et qui cherche un féal et preux, chevalier pour la délivrer de son esclavage !

Tout en causant et en plaisantant ainsi.

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nous avions continué d'avancer d'un bon pas, et lorsque mon jeune compagnon prononça ces derniers mots nous arrivâmes devant une grille qui défendait l'entrée de ce grand édifice que j'avais déjà aperçu.

— Où sommes-nous, et quel est ce château? demandai-je plus sérieusement que je ne l'avais fait jusqu'alors a mon guide.

— Nous sommes, me répondit-il, arrivés au terme de notre voyage. Quant a ce château l'histoire de la province prétend qu'il a été bâti par les comtes de Gévaudan, et la tradition par le diable. C'est a vous, selon que votre esprit est plus ou moins porté du merveilleux, a choisir

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celle de ces deux versions qui vous conviendra le mieux.

— Ma foi, par la nuit sombre qui nous enveloppe, je m'arrête a la seconde, a celle qui désigne le diable comme Farchixecte de ce manoir.

Mon compagnon, sans me répondre, tira une chaînette en fer, qui pendait le long de la grille ; un timbre retentissant vibra dans l'air.

— Nous allons voir apparaître l'inévitable nain armé de sa trompe, qui vient ordinairement reconnaître les voyageurs, dis-je en riant. ^

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Ma prédiction, je dois ravouer, ne se réalisa que fort mal, car ce fut au contraire un grand coquin de sans-culotte, du moins à eu juger par son costume, qui s'avança derrière la grille, une lanterne sourde a la main.

— • Qu'y a-t-il pour votre service, citoyens? nous demanda-t-il d'une voix de stentor, et en portant sa main au sabre

qui pendait a son côté.

— Dites a la citoyenne Rose que deux voyageurs lui demandent, pour cette nuit, l'hospitalité.

— Je n'ai besoin de voir aucune citoyenne pour savoir si je dois oui ou non vous ouvrir 1# pprte, répondit d'une façon

brutsle le sans-culotle ; ètes-vous des patriote s ?

— Des patriotes enthousiastes î dit mon compagnon, des ullra-révolutionnaires!

— Alors c'est bien, on va vous ouvrir.

viTC lanepuiJliqueî s'écriia le sansculotte qui n'avait cessé, pendant toute la durée de ce dialogue, de diriger sur nous les rayons de la lanterne sourde qu'il portait a la main. En effet, la grille s'écarta devant nous en grinçant sur ses gonds, et nous pénétrâmes dans la cour du château.

— Mon ami, dit mon comgagnon en s'a-

dressant de uouveau à notre interlocuteur, on aime généralement, malgré la fraternité et l'égalité qui régnent aujourd'hui, savoir et qui l'on reçoit et à qui l'on a affaire. Ce citoyen, ainsi que son uniforme te l'indique, est un officier, j'ajoute, si cela peut te faire plaisir, qu'il revient de l'armée où il s'est couvert de gloire et qu'il

appartient au bataillon de la Côte-.l'Or! Quant à moi je ne suis rien du tout, mais

je me nomme Abel.

— Ah î c'est vous qui êles M. Abel! s'écria le sans-culotte, qui, non-seulement abandonna aussitôt le tutoiement qu'il avait employé jusqu'alors vis-à-vis de nous, mais ôta encore vivement le bonnet phrygien qui lui couvrait la tête, et salua le jeune Iiommç avec beaucoup de poli-

tesse et de defereace. Mon Dieu, monsioaf, combien je regrette que vous soyez arrivé aussi tard..., car j'ai peur que ces dames ne soient couchées et ne puissent vous recevoir. Enfin, n'importe..., veuillez entrer un moment chez moi, pendant que j'irai m'informer si je dois vous introduire.

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