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iiute sans pouvoir prononcer une parole.
— Ah! monsieur, me dit-elle enfin avec un attendrissement que je n'oublierai jamais, le service que vous venez de me rendre est trop grand pour que je puisse vous témoigner ma reconnaissance : il me contraint même a ne plus vous revoir!
Croyez au moins que votre nom trouvera ï^ace tous les jours dans ma prière !
Je m'inclinai silencieusement devant la noble jeune fille : elle parut un moment vouloir m'adresser de nouveau la parole, mais changeant presque aussitôt de résolution, elle s'éloigna vivement.
Craignant qu'en traversant seule la ville a une heure aussi avancée, elle n'eût a
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subir les outrages des patrouilles irrcgulières des sans-culottes, jela suivis de loin jusqu'à ce qu'elle eût regagné sa demeure.
J'avoue que si Anselme eût pu lire en ce moment dans ma pensée, il eût trouvé dans mes propres sentiments des armes pour me battre, car je maudissais alors les hommes de sang qui exploitaient la France a leur profit, et je mêlais mal^é moi, dans ces malédictions, le nom de la République.
Révolté par l'infamie de Pistache, ému par les malheurs de mademoiselle de R**"", je me demandais si, en saluant avec enthousiasme l'avènement de la révolution, je n'avais pas plutôt obéi a la fougue de ma jeunesse qu'à la raison? Si soutenir ce
gouvernement fondé par la violence, et qui ne s'appuyait que sur la guillotine, n'était pas se rendre complice des meurtres qui désolaient et déshonoraient la France ?
Oui, je dois avouer que, par instants, un doute terrible assiège mon esprit! J'ai peur que ma fidélité à mes convictions n'ait pour cause un coupable sentiment d'amour-propre qui m'empêche de reconnaître que je me suis trompé ! Eloignons de moi ce doute qui m'obsède !
Rentré chez moi, je passai une nuit fort agitée ; je craignais que Pistache, ne subissant plus ma pression, ne révoquât l'ordre d'élargissement que je lui avais arraché par violence.
Un moment je fus sur le point d'aller trouver Anselme, pour le mettre au courant de ma position, et lui demander aide et conseil ; mais j 'abandonnai de suite cette résolution, afln de ne pas l'entraîner dans ma perte, si les événements se compliquaient, car, quant a moi, ma résolution était inébranlabîcnîcnl arrêtée , de ne reculer devant aucun obstacle , aucun danger.
A peine fit-il jour que je m'habillai à la liàte et me rendis chez le citoyen Pistache que je trouvai encore au lit.
— Ah! ah! s'écria-t-il, en me voyant entrer, il paraît, cher ami, que tu doutes encore de ton triomphe , et que tu ne le crois pas complet. Rassure-toi ! loin de t'en vouloir, je te suis, au contraire, très
reconnaissant de ta conduite d'hier! Elle m'a appris qu'il ne faut jamais se fier li personne, et m'a mis en garde pour l'avenir... Cette leçon vaut bien une tête, sans doute. Sans compter que pour un aristocrate qui m'échappe, je saurai bien me rattraper sur vingt autres ! Ne parlons donc plus de cela ! T'outefois, et pour en finir a tout jamais avec ce sujet, je te rappellerai que je compte sur la promesse que tu m'as faite de ne révéler a qui que . ce soit au monde l'existence de mon l)oudoir.
— C'est une promesse que je tiendrai ! Seulement, permets-moi de t'adresser une question. Comment se fait-il que parmi les nombreuses personnes qui ontdii pénétrer dans ce mystérieux réduit, pas une seule ne t'aie encore dénoncé ?
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— Voilà que lu redeviens naît aujourd'hui, comme j'aurais voulu te voir hier, me répondit Pistache en haussant les épaules. Quoi, lu ne comprends pas que mon boudoir a toujours servi d'antichambre a l'échafaud ! Or, je ne connais pas de confident plus discret que la guilliotine !
— Ainsi, mademoiselle de R**r» m'écriai je.
— Parbleu, si elle fut restée ici hier au soir, demain elle eût été guillotinée avec son père, me répondit froidement Pistache sans me laisser achever ma phrase. Voila que tu pâlis... Enfant, lu ne seras jamais qu'un obscur et triste révolutionnaire!
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— Piévoliitionnaire j moi! répétai-je avec force. Jamais! Mais, tiens Pistache, nous ne pouvons continuer a nous voir!... L'horreur que me cause ton cynisme est tellement violente, qu'elle l'emporte sur ma prudence ! Je veux enfin que tu saches ce que je pense de toi !
— C'est inutile , s'écria Pistache en m'interrompant , ces scrupules d'enfant ne feraient ^uère d'impression sur moi et ne changeraient ni ma manière de voir ni d'agir I Que veux-tu ? tu prends la révolution au sérieux et tu ne comprends pas le parti que l'on peut tirer d'un patriotisme
intelligent Nous n'arriverions donc
jamais à nous entendre... Je te plains plus que je ne te hais, et comme me venger de toi me donnerait plus de mal que cela ne
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me rapporterait de plaisir, lu n'as rien à craindre de ma colère... laisse-moi Iranquille et va-t-en.
De retour chez mon hôle, M. Aîarcotte, je trouvai a table, l'heure du déjeûner sonnée, un nouveau commensal que je ne connaissais pas encore, c'est-à-dire un jeune commissaire des guerres qui venait d'arriver , muni d'un billet de logement.
La conversation tomba sur le siège de Toulon, et le commissaire ne se gêna pas pour émettre l'opinion que cette ville était imprenable.
— Je l'espère bien, s'écria notre hôte avec enthousiasme. Ah ! Toulon, voyezvous, c'est notre dernier espoir! Le jour où
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les troupes de la République s'en empareraient, je me raserais la tête et je me couvrirais de cendre en signe de deuil !
Le déjeûner terminé, je me rendais au quartier en compagnie d'Anselme, lorsque tout a coup j'entendis les tambours battre, les trompettes sonner et de nombreux coups de feux retentir dans toute la ville : bientôt une population qui paraissait en proie a la folie, envahiiles rues en poussant des cris de joie.
— Qu'est-ce que cela signifie? dis-je a mon compagnon.
— Ma foi, je l'ignore ; mêlons-nous aux groupes, et interrogeons un de ces fous qui gesticulent à perdre haleine.
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— Que s'est-il donc passé, citoyen? deniandai-je à un liomme d'un certain â^^e, qui dansait en frappant ses mains l'une contre l'autre, ot en criant a tue-tête : Vive la République! vive la Montagne!
— Quoi! vous ignorez encore la grande nouvelle ! me répondit-il d'un air indigné. Vous êtes donc un mauvais citoyen ! Toulon vient de tomber au pouvoir de nos armes. Les Anglais sont en fuite. Nous triomphons !
— Ètes-vous bien certain au moins de la parfaite authenticité de cette nouvelle?
— Si j'en suis certain, reprit-il! Est-ce que l'on peut mettre en doute le triomphe de la République ?
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— Dame, c'est que ce triomphe s'est fait si longtemps attendre...
— Mais laissez-moi tranquille, s'écria mon interlocuteur. Vous m'empêchez avec vos questions^ de me livrer a la joie, et vous me feriez passer pour un suspect.
L'homme d'un certain âge se mit alors a recommencer ses gambades et ses cris.
— Vraiment, me dit Anselme, je suis ravi du triomphe de nos armes...
— Tu m'étonnes ! je te croyais converti a la royauté?...
— Eh bien! qu'importe! Te figures-tu
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par liasard que parce que Ton n'est pas républicain, on cesse d'èlre Français et de s'intéresser a la gloire de sa patrie? Tu le tromperais grossièrement. C'est justement parce que j'aime mon pays que je méprise et que je hais les misérables qui l'oppri- ;nent et qui le déshonorent!...