DEUXIÈME PARTIE
Les lendemains des finissants
de 1868
Les finissants de 1868, à leur sortie du Petit Séminaire de Québec, se trouvaient répartis par la Providence en deux groupes à peu près égaux en nombre. Douze prenaient la soutane, et onze restaient dans le monde. Pour les premiers, on le conçoit, la séparation fut moins pénible. Leur vie ‘écolière était finie, il est vrai, mais celle du séminariste, plus agréable et plus enviable, allait commencer. En réalité, ils changeaient de régime, mais non pas de domicile. Plus fortunés que leurs confrères, ils pouvaient, quatre ans encore, prolonger leur séjour au Séminaire et leur ancienne vie de famille. Puis, ce temps de la formation sacerdotale expiré, ils feraient à leur tour le dernier pas, laissant à la maison un seul condisciple qui n’en devait jamais sortir. Cette fois, la famille entière serait définitivement éparpillée; tous ses membres pourraient enfin, comme le reste des mortels, s'asseoir au banquet de la vie, savourer ses mets exquis, goûter, en un mot, le bonheur presque parfait, si souvent entrevu dans leurs rêves juvéniles, et au-
laquelle ils croyaient constater qu’elle n’est ares oasis.
s alliage, auquel ils ont peut-être cru un jour, ne'cesse de se dérober au moment où ils pensent l'avoir conquis. Cependant, plusieurs d’entre eux ont été ce qu’on appelle des soldats heureux; la plupart ont raison de se féliciter de la portion de leur héritage—ceux surtout qui ont été appelés au Sacerdoce—et tous ne Sauraient trop remercier la Providence de ses bontés à leur égard. Il suffit, pour en avoir la preuve, de parcourir les pages suivantes, intitulées : « Les lendemains des finissants de 1868. »