JAMES-PATRICK SEXTON
Né à St-Nicolas le 8 janvier 1846: entré au Petit Séminaire de Québec, en 1860 ; élève finis- ; ordonné à Lévis, le 26 mai 1872; vicaire à St-Roch, Québec, et aumônier de l'H6. Pital de la Marine,en 1872 ; décédé à l'Hôpital Général, Québec, le 21 août 1885 ; inhumé, suivant son désir, dans le cimetière des Pauvres de l’H6- Pital Général.
« James-Patrick Sexton appartenait à ure famille dont le ch de Saint Nicolas
françaises, il avait conservé dans toute leur pureté, l'accent, la tournure d'esprit, les sentiments de sa race. Il en avait aussi le physique. Personne, en l’abordant, ne pouvait s’y tromper. Après huit années passées au Séminaire, il était resté un irlandais typique.
Lui et John O’Farrell étaient bien deux types caractéristiques. Plus irlandais que pas un, cependant ils ne se mélaient jamais à leurs compatriotes. Les groupes irlandais des provinces maritimes, qui faisaient bande à part, et constituaient une petite « Irlande,» leur furent toujours étrangers. Ils préféraient prendre et tenir pied en plein pays ennemi, pour Y Surveiller de plus près les intérêts de la race. Peut-être aussi, pour montrer qu’un vrai irlandais ne se mitige pas. C'était comme deux sentinelles toujours vigilantes, postées là, tout exprès pour surveiller les mouvements de l'ennemi. Au moindre propos malveillant la riposte mordante partait, le poing levé s’abattait, et vive l'Irlande ! Puis vite, . John mordait le poing coupable; James retirait doucement le trait de la plaie vive, et tout était fini. Car autant le sang bouillait vif, autant le Cœur était sensible et généreux.
Sur le terrain national, Sexton fut toujours ce qu’on appelle un fanatique. Reportant sur chaque irlandais le respect qu’il avait pour sa race, il ne souffrait pas qu’on parlât mal d’un compatriote en sa présence. Une allusion, un mot empreint de la plus légère pointe d’ironie, le faisait prendre feu. Et alors, il n'épargnait personne, fût-il l'ami le plus éprouvé. A preuve la scène qu'il fit un jour à l'ami Rouillard, alors rédacteur du Nouvelliste, qui avait laissé imprimer dans son journal, qu'un irlandais avait été
rencontré ivre sur le pont Dorchester. Pourquoi un irlandais plutôt qu’un canadien ?
Il était alors vicaire à Saint Roch de Québec, avec les confrères Déziel et Gosselin, deux pondérés, qui riaient de bon cœur de cette exagération qui se manifestait jusque dans sa piété, presque dans son zèle. Ainsi, parmi les saints du calendrier, il avait fait un choix. Stanislas de Kostka était son privilégié. Il n’aimait pas Angustin et Madeleine, et tous ces pécheurs convertis qui avaient goûté les joies du vice avant de connaître les austérités de la pénitence,
«Ordonné prêtre le 26 mai 1872, il fut nommé vicaire à Saint Roch, et exerça le saint ministère dans ceite paroisse jusqu'à sa mort. Il était en même temps aumônier de l'Hôpital de la Marine.
«Il se dévoua à son ministère avec un zèle dont le souvenir est resté vivace dans la population de Saint Roch. Sa charité se manifestait de toute manière. D'abord, envers les pauvres dont il était le confident et l'ami, puis enver; les malades qu'il visitait assidüment.
(II n’y avait pas un coin de Saint Roch qu’il ne connüt. C’est à lui qu’on allait quand il y avait quelque misère physique ou morale à soulager. Et si l'on ne venait pas à lui, il y allaix, 11 avait le talent de tcut savoir et se dévouait au soulagement des infortunes et des misères qui se trouvaient sur son chemin, Sa chambre était constamment assiégée, et il accueillait tout le monde avec la même bonté, Cette connaissance intime des besoins et des misères lui permettait de porter l'assistance où elle était requise. Il servait d’intermédiaire aux paroissiens Charitables qui voulaient faire l’aumône à bon escient. Ça lui était un prétexte pour pénétrer Partout où sa présence
pouvait être utile, et porter en même temps, les secours spirituels. Sa bonhomie le faisait bien accueillir partout.
« La somme du bien quil a fait pendan’ son séjour à Saint Roch est considérable.
« Son zèle pour les âmes lui faisait rechercher Surtout le commerce des jeunes gens. I1 s'occupait de leur trouver des positions, s’intéressait à leur établissement et souvent même les aidait de ses ressources. Le salaire qu’u recevait comme aumônier de l'Hôpital de la Marine, était consacré aux oeuvres qu’il affectionnait, entre autres, à l’achat de livres de classe qu’il prétait aux élèves pauvres.
« Il introduisit et popularisa le mois des âmes. C'était surtout pour les âmes souffrantes du purgatoire que sa charité se manifestait dans toute son ardeur. :
* CII aimait la prédication, mais ne visait pas à l'éloquence. « Ses sermons, dit un biographe, ne brillaient pas par les grands mouvements oratoires, mais étaient toujours intéressants et touchaient aux sujets les plus pratiques. Ce n’est pas de lui qu’on pourra dire qu'il craignait de stigmatiser les abus par crainte de l'opinion. Quand son devoir l’exigeait, il les dénonçait avec une franchise et une virulence qui étonnaient, et auraient pu lui faire des ennemis si son-zèle infatiguable ne les eut désarmés, S'il n'avait pas cette éloquence qui pousse à l'admiration, il avait l’art de rendre ses prédications effectives. Il savait émailler ses discours d’une foule d’anecdotes bien choisies, qui gravaient dans l'esprit du peuple des enseignements qu’il voulait donner.
« Dans l'intimité, devant un auditoire restreint, sa parole faisait plus facilement écho aux senti-
ments de son grand cœur. Elle avait de l'onction.
appréciant son dévouement, l'avaient chargé d'organiser Ja réunion de 1888, qu’il ne devait pas voir.
€ Il est mort à l'Hôpital Général, de Québec, le 21 août 1885. Son COrps repose dans le cimetière des pauvres qu’il a choisi comme sa dernière demeure, I.-N.-B.