FERDINAND TAN GUAY
« Ce condisciple est né à St-Valier, comté de Bellechasse, le 26 octobre 1848.
«Orphelin dès son bas âge, il lui a manqué la vie et l'éducation de famille. Un frère qu'il avait à Québec, lui-même sans famille, se chargea de son éducation. Il débuta dans les écoles anglaises de la ville, et entra au Séminaire en 1858. Après trois ans, il laissa le Séminaire de Qué-
ur aller continuer son Cours à Sainte-Anne d'abord, puis chez les Jésuites, à Montréal, et finalement revint à Québec en septembre 1866, Pour y faire sa philosophie et Y terminer son cours,
«Tanguay était un Caractère original, dont la dominante n’était pas facile à saisir. I] se ressentait de l'abandon dans lequel l'avait laissé
de bonne heure la mort de ses père et mère. Il avait manqué à cette âme le contact d’un dévouement, d’une affection. Repliée sur elle-même, quelque chose comme une défiance instinctive, l’empécha toujours de se livrer tout entière.
« Ces plantes qui croissent ainsi sans soleil, n'arrivent jamais au terme de leur expansion naturelle,
« Toutefois, sous cet extérieur froid, distant même, il cachait un cœur sensible. Son amitié Pour ses confrères fut toujours fidèle, elle fut même exclusive. En dehors de leur cercle, il ne connaissait personne.
« Sa classe était sa famille: il y vivait et y trouvait de quoi remplir toute sa vie d'étudiant. Or- &ueilleux de ses succès, heureux des attentions dont il se voyait entouré, il aurait voulu voir tout <ela durer toujours.
« Aussi, pendant que tous souriaient à l’avenir, lui, jouissait du présent.
« Etait-ce incertitude sur le choix d’une carrière, ou appréhension de l'avenir ? Se livrait-il, au fond de cette nature indéchiffrable quelque gi- &antesque combat dont l'issue resta jusqu’à la fin incertaine ? Toujours est-il que personne ne connut jamais ni ses projets, ni ses rêves, ni ses ambitions.
« Le jour du départ le surprit comme un homme qui n'avait pas encore songé à partir.
« Quel ne fut pas l’étonnement quand, quelques semaines après, il fut annoncé que Tanguay se faisait prêtre !
«Rien n'avait fait prévoir ce dénouement.
«D'inclinations vers l’état ecclésiastique, per- Sonne ne lui en avait jamais soupçonné. C'est même le côté religieux, qui fut toujours chez lui
«Puis revenu au rait, se b
igueur.
il au fond
plication.
répondait que par un demisourire, to qui semblait vouloir dire: i Î
son appréciati il se voyait l’ sondable,
« Personne Cependant n'a jamais douté de la sincérité de sa vocation. Il était trop loyal pour ne Pas y entrer avec conviction et sincérité, Ce fut un choix nù le penchant naturel des inclina-
nations n’eut aucune part, un choix tout de raison. Il avait, d‘a: leurs, le caractère et la volonté pour une décision de cette nature.
« Ces vocations ne sont pas les plus communes, mais ce ne sont pas non plus les moins sûres.
«Un autre trait du caractère de Tanguay. 11 était correct en tout, dans sa conduite, dans son langage, dans sa mise. Il se pliait à la discipline comme un soldat prussien, sans enthousiasme, mais avec une exactitude stricte. S'il s'était attiré quelque réprimande, il la subissait avec dignité, sans aigreur et sans critique. Ses maîtres, d’ailleurs, comme ses condisciples n’eurent jamais à lui reprocher un mot acerbe ou une parole désobligeante. La pénétration d'esprit et la finesse d'observation dont il était doué ne furent jamais au service de la malignité. Son éducation était faite avant de sortir du collège. Il pouvait, sans autre apprentissage, entrer dans la s0ciété la mieux choisie, et s'y serait fait remarquer par la distinction de ses manières.
« Sa politesse était exquise. Rappelons ce trait qui la peint bien.
«Un jour, devant toute la salle réunie, le directeur commence une solennelle réprimande. I! avait à peine prononcé quelques mots, quand un grand garçon se lève à l’extrémité de la salle, et, sans rien dire, s'incline respectueusement. Tanguay, qui avait compris,n’avait pas attendu qu’on le nommât pour prendre l'attitude qui convient à un élève en défaut.
« Avec cela, bon compagnon, obligeant dévoué et loyal à ses amis; mais toujours cachant derrière ce demi-sourire, une arrière-pensée qui l’empêchait de se livrer tout entier.
« Tanguay fut ordonné prêtre à Green-Bay,
Etats-Unis, le 27 septembre 1871. 1] exerça le ministère successivement à Green-Bay, à Grand-
ids, puis à Appleton, Wisconsin, où il mourut le 25 novembre 1887.
Il fut toujours dévoué à son ministère, et
nna durant sa courte Carrière l'exemple d’une vie sacerdotale sans reproche.
€ Il manqua au conventum de 1878. Mais il s’en excusa dans une lettre charmante, qui tout en témoignant du souvenir affectueux qu'il avait gar-
é pour ses confrères, révélait l'état paisible d’une âme qui a trouvé sa voie.
« Le sacerdoce avec ses obligations et ses devoirs, ses nécessités de renoncement et d’abandon,avait visiblement détendu les ressorts de cette nature et lui avait ouvert des horizons que l'isolement de ses jeunes années l'avait empêché jusque-là d’apercevoir.
« Sa carrière, si prématurément interrompue, aurait peut-être fini par donner la clef du mystère qui avait enveloppé ses débuts.
« Dans tous les cas, l'originalité même du caractère de Tanguay donne un intérêt tout particulier aux souvenirs que son nom évoque.
«Et ces souvenirs sont de ceux qui ne lais-
sent pas indifférent.