NNE CHAPELLE DU SÉMINAIRE
ürir pen-
, Car elles excédèrent à Ce temps de villéenvole toujours
ves de quatrième,
pas exposés à s
ême.
de la famille, s’
à W © * DR] .
s ne furent
8 fl | 1 PL | fe BH
ais pour les futurs élè
Les écolier dant les vacances de 1862
peine la durée d’un car giature, au milieu vite; m
cette vitésse semblait. âtcélérée. Ils redoutaiént d'autant plus le dernier jour de cette quarantaine que, le lendemain, ils allaient, pour ainsi dire, entrer dans uÿ roride rioiveèu.
La quatrième, en effet, diffère beaucoup des classes précédentes. On y commence l'étude d'une langue presque morté; qu’on n’a jamais entendu parler, et dont l'alphabet même nous: ést inconnu puisqu’il est grec. On y tente également de nous initier à la facture des vers latins qui, hélas ! «sont souvent dès enfants morts-nés. » Heureux l'élève dont on peut dire: « Péniblement construit, son vers froid et gêné, n’est que le fruit tardif d’un travail obstiné. » N ins, les heures consacrées à fouiller le Gradus, à enfler des dactyles et des spondées, ne sont jamais un temps perdu. La construction des vers latins est une gymmastique qu'on aurait tort d’anathématiser. C'est aussi en cette classe que les écoliers, imberbes la plupart, timides encore, sont officiellement présentés aux dieux et aux déesses donit le paganisme a bourré son Olympe. La simple mention du nom ét de l’attribut prêtès à ces manñequins dé la divinité « bons tout au plus à désigner les planètes dans un almanach, » ‘et dont la nomenclature pourrait loger dans un vo-
cabulaire de deux ou trois Pages, n’est pas jugée suffisante. On est tenu, de plus, de se familiariser avec les légendes que le catéchisme mythologique relate religieuser:°nt. Rien ne manquait au bonheur des quatrièmes de cette lointaine époque, pas même le petit coup d’appétit, sous la forme d’une décade du Jardin des racines grecques, à déguster tous les matins.1 Comme couronnement, ce programme hérissé d’épines était exécuté sous la direction d’un professeur qui affectionnait le régime militaire, et que notre confrère Belleau va nous ressusciter presque en chair et en os.
«La quatrième ! Sur le haut de l'escalier du troisième, dans le corridor en face de l’ancien marché,première porte à droite. Grosse serrure. Enorme et lourde clef. Saïle basse,toute sur la longueur, éclairée à une seule de ses extrémités, Par deux ouvertures. C’est à ce bout de la salle que le professeur est assis, entre les deux fené-
tres qui projettent leur lumière sur les élèves en-
1, Les décades et l’amplification latine sont maintenant supprimées. Quant au culte des vers latins, il n’est Plus toléré qu'en quatrième. Mälgré cela, je persiste à croire que l’ancienne méthode n’était pas la plus mauvaise, et que les élèves ne sauront pas mieux le latin et le grec que leurs devanciers,
filés de chaque côté. Par cette ingénieuse disposition, le professeur, le dos tourné à la lumière, est comme en embuscade. Il voit tout sans être vu, Car l'effet de la lumière est de dérober le mouvement de ses yeux, de manière qu’il est impossibi de dire si. regarde dans son livre, ou s’il a les yeux sur vous.
«C'est la quatrième. Professeur: M. l’abbé Pierre Roussel.
«En y entrant chacun décline ses nom et prénoms, et reçoit un numéro, comme à la caserne. Ici, en effet, on est sous le régime militaire.
« Pendant que dans les autres classes, on consacre bien une bonne semaine, quelque fois plus, à secouer les souvenirs des vacances, en quatrième la discipline est en pleine vigueur, et la retenue bat son plein dès l'après-midi du premier jour. Le lendemain, on a déjà enjambé quatre pages de la grammaire grecque, autant de la prosodie, et cinquante vers de Virgile. Et ca marche. Right—Loft—Quick—March ! Tambour battant. Sans relâche. Sans relais. Tous les matins, inspection générale; et malheur à celui à qui il manque un bouton. Tous les mercredis et veilles de congé, grande revue et mise à l’ordre du jour pour le lendemain.
« Les quatrièmes ont une Carac .ristique, On les reconnait partout: à l'étude, dass les cri. dors, à la salle, surtout à la reteaue, :vec four Compagne indispensable, la &rafiniaire grecque. La retenue ! On Y voit touiours 1 co tingent remarquable de la quatrièrre, tiré le ‘one jes rangs, sans distinction de naissance, ni de ricr, des sujets des meilleures familles, à ;:iver le niveau de l'institution.
a C'est que le professeur Roussel ne connait Personne que par son numéro. Grands, petits, Campagnards, citadins, c’est pour lui tout la même chose. Ils ne diffèrent que par le chiffre, le numéro un, le numéro deux, etc. C'est la justice idéale, avec bandeau sur les yeux, authentique.
« Tous les ans, un essaim de nouveaux venus de ce que l'on appelait la Succursale de Lotbinière s'abattait sur la quatrième. Cette succursale était tout simplement une école libre,tenue à Lotbinière Par un professeur alors renommé, M. Bédard, qui Y enseignait le français, ainsi que les éléments latins et grecs. Il préparait ses élèves à entrer en quatrième où ils faisaient toujours bonne figure. M. le curé Faucher, un saint prêtre, dont le dévouement sacerdotal égalait l'originalité, y convoquait ceux des enfants de sa paroisse qui se
ie tente
destinaient aux études et au sacerdoce. Il en est sorti toute une pépinière d'excellents prêtres et de citoyens qui ont fait leur marque dans le monde.
« Mais si les élèves de M. Bédard étaient ferrés sur le français, le grec et le latin, ils étaient moins forts sur l'anglais et sur la discipline. Leur première lecture dans le « Modern History » donnait au père Paxman des extases suivies de crises de nerfs inquiétantes. Le vieux Saxon, qui a enseigné l'anglais au Séminaire, pendant trente ans, sans apprendre un seul mot de français, relevait le collet de sa grande redingote noire, se bouchait les oreilles, les yeux, le nez, et jetait des cris à fendre l’âme. « Barbarisme !» « Horribile ! » « Horrendum ! » I] parlait le latin comme sa langue, et c'est à la langue d’Horace qu'il avait recours dans les grandes circonstances.
« Les de Lotbinière de 1862-1863 étaient aussi revêches à la discipline qu’impitoyables pour la langue de Shakespeare. L'un d'eux, pris un jour d’une ‘colique, au beau milieu d’une traduction de Virgile, avait fermé son livre, pris son chapeau et enjambé la salle. 11 mettait la main sur la poignée de la porte, quand il se sentit saisir au collet par le maître de classe, et ramené à son siège avec une vigueur qui n’admettait pas de ré-
plique. La surprise eût l'effet de paralyser son mal, et il se convainquit, sans dénouement plus fâcheux, que, au collège, la liberté n'était pas aussi libre qu’à Lotbinière. Pas besoin d'ajouter, qu'après quelques semaines de cette discipline, les nouveaux venus manœuvraient comme de vieux troupiers.
«M. Roussel ne riait jamais devant ses élèves, et comme s’il eut voulu ajouter à La sévérité naturelle de sa physionomie, il portait en classe une soutane sans faux-col, et ne se rasait que le dimanche et les jours de congé. Il y avait pourtant une circonstance dans l’année qui faisait exception, c'était aux examens de semestre. Ce matin-là, il arrivait en classe en tenue de gala, comme un colonel à la tête de son régiment, un jour de parade, barbe fraichement rasée, soutane des dimanches avec faux-col blanc, souliers bouclés. Il n’était plus reconnaissable, Souriant à tout le monde, il semblait avoir sur les lèvres les mots du grand capitaine : « Allons mes braves, faites votre devoir.» La quatrième faisait toujours
honneur à son professeur,
« Ceux qui, plus tard, ont retrouvé M. Roussel au pensionnat de l'Université, ont pu admirer la souplesse avec laquelle il se pliait aux exigen-
Re enr eememng
me 70
ces les plus variées, Le n’était pius le professeur toujours à cheval sur la discipline, affectant les airs d’un marabout fripé, mais le gentleman de mise irréprochable, le directeur affable, conciliant, faisant appel à la raison des élèves et à l'intérêt de leur avenir; mais surtout, entourant d’une sollicitude toute particulière ceux qui avaient été ses élèves au Sérninaire.
«Sa chambre au pensionnat était ouverte à toute heure, et ceux qui ne l'ont pas vu là, n’ont connu qu’à demi ce remarquable éducateur. »
Nous n'avions donc pas tort de redouter le passage de la quatrième, et de reprendre sans enthousiasme le chemin du Séminaire. Tout de même, nous disions-nous: là où les aïnés ont passé, les cadets passeront bien aussi,
Evidemment, la plupart de mes confrères raisonnèrent ainsi, car le 3 septembre, jour le l’ouverture des classes, le bataillon de M. Roussel comptait quarante-neuf élèves. Peu considérable était l'augmentation, mais en fait il y avait augmentation. Il ne faut pas en conclure que tous les cinquièmes se retrouvaient sur les bancs de la quatrième. Les nouveaux venus, au nombre de treize, en comptant Beaulieu et Fraser, deux confrères de la première heure, comblasent les vides
faits dans nos rangs.
L'avantage de commencer leur cours en quatrième, plusieurs nouvelles recrues le devaient aux excellentes écoles qt:- possédaient alors quelques-unes de nos paroisses. Je puis citer,en particulier, Lotbinière, Saint-Michel, Cap-Santé,Saint- Jean et Saint-Laurent, île d'Orléans. On ne peut que regretter la disparition de ces académies sans le titre officiel, qui florissaient à une époque où nos gouvernements ignoraient presque le service de l'instruction publique, qu’ils sont aujourd'hui trop jaloux de contrôler. Qu'ils doublent et triplent plutôt des octrois trop maigres, laissant aux intéressés la liberté d'élaborer des programmes appropriés aux différents milieux. Autrefois on ne tentait pas de gaver les cervelles d'enfants, et l’on débutait par le commencement : la lecture, l'écriture et les quatre règles simples, Personne ne passait de cette zône dans une autre, avant de la connaître à fond. Si la botte de livres des enfants était légère et facile à porter, du moins la plupart d’entre eux savaient quelque chose, et le savaient bien. Non seulement on n’a plus de ces petits collèges paroissiaux, qui naissaient et prospéraient en dehors de la tutelle de l'Etat, sans ses programmes surchargés, et
uniformes pour les Campagnes et les villes : mais on n’a même plus d'aussi bonnes écoles élémentaires .Que ceux qui en doutent veuillent bien interroger les professeurs du Séminaire, qui, tous les ans, prennent contact avec des douzaines d’enfants venant de tous les coins de la province !
La liste des Quarante-neuf élèves de quatrième va permettre de connaître les noms des nouveaux venus, et de noter ceux qui nous avaient faussé compagnie.
Le groupe de la quatrième de 1862-1863 comptait: Beaulieu, U. Bélanger, Belleau, F. Bernier, Blouin, Ed. Burroughs, Anselme Caron, Casault, Cimon, Jean Chaperon, Ed. Chateauvert, Félix Couture, Darveau, P. Descombes, Desrochers, Désiel, J.-B. Dugal, Fortier, Fraser, À. Fréchette, Georges Garon, Edmond Gauvreau, Eug. Gingras, Gosselin, Guay, J-E. Grondin, J. Hamel, Em. Huot, Ed. Huot, Labrecque, Ladrière, Laflamme, Ed. Laliberté, Télesphore Laliberté, J. Lavoie, Paul Lavoie, D, Lemieux, S. Marmette, J--B. Morissette, Elz. Morissette, N. Paquet, Ed. Patton, Arthur Robitaille, Jules Robitaille, Pierre Roy, Georges de Saint-Georges, J. Sexton, Jules Taché, E, Vaillancourt,
Parmi les treize nouveaux condisciples, cinq:
Ladrière, Laflamme, Ed. Laliberté, ainsi ‘que Beaulieu et Fraser, comme je l'ai déjà fait remarquer, devaient être au nombre des finissants de 1868, dont le groupe, en quatrième, était presque au complet. :
Tous les ans, à notre retour des vacances, nous Constations quelques changements dans le personnel du Séminaire, Sa physionomie, comme celle d'une classe, tout en restant essentiellement la même, ne cesse jamais de se modifier. Ces permutations sont dans l’ordre naturel des choses. Tout change; pas un coin de la scène du monde qui échappe à cette loi.2
Les élections de 1862 opérèrent les changements suivants: M. Buteau succéda à M. Ca- Sault, comme directeur du Grand Séminaire et
1. Finissants de 1863 : Cho. Baillargeon, Cyrias Béru. bé, Anselme Boucher, Wilbrod Couture, Francis Erly, Auguste Gosselin, prêtres ; David Larose, Peter Melntyre, médecins : Che, Murray, Edward Murray, neveux de Mgr Horan, prêtres ; Cyrias Pelletier, Juge de la Cour supérieure ; Eugène Rousseau, médecin.
2. Pendant l'année 1862-1863, les prêtres agrégés étaient : MM. Taschereau, Gingras, Buteau, Méthot, Laverdière, Audet, Ad. Légaré, Hamel, Cyr. Légaré. Les auxiliaires étaient : MM. Baillargé, Brunet, Stremler, Laliberté, Roussel, Ben, Paquet, Beaudet, Chandonnet, Maingui, L.-H, Paquet, V. Légaré, Dumontier et Gonthier. Ces deux derniers représentaient le Séminaire au
professeur de théologie morale; M. Adolphe Légaré fut nommé Procureur ; M. Méthot, professeur de rhétorique, fut remplacé par M. C. Légaré, professeur de seconde; celui-ci par M. Beaudet, professeur de troisième; ce dernier par M. Ben. Paquet, qui venait de quitter le vicariat de N.-D. de Québec pour entrer au Séminaire, et M. Désiré Vézina, professeur de cinquième, était remplacé par M. L.-N. Bégin. Les autres professeurs restaient les titulaires des mêmes classes.
Les deux premiers régents, MM. Auger et V.
Légaré, avaient pour auxiliaires: MM. C. Hallé, N. Laliberté, Sauvageau, Neville, Doherty et Bégin.
Les habitués de la salle des grands ne retrouvèrent donc point M. Maingui à son poste de premier régent. Il avait temporairement accepté le cours de mathématiques au Séminaire de Sainte-Thérèse, et on l'avait remplacé par M. Auger. Ce changement ne contrista personne, car les écoliers, en général, le trouvaient trop rigoriste, Le règlement, disaient-ils, est pour lui aussi sacré.que la loi du Sinaï. De plus, une paralysie de la langue, qui le retenait plus ow moins longtemps sur une même syllabe, le génait et l'empéchait de se montrer sous un jour
qui l'aurait fait mieux apprécier. M. Maingui n'était pas rigoriste, mais exigeant, surtout pour soi-même, Il est de fait que je n'ai jamais croisé sur mon chemin un prêtre plus esclave de sa règle. Il n’oubliait jamais qu’elle est l’ex- Pression de la volonté de Dieu. Cest ce qui explique son intransigeance en matière de discipline. L'incident suivant met bien en lumière le surnaturel des mobiles qui l’inspiraient, et son impeccable impartialité.
Il imposa un jour une pénitence publique à un élève qu’il croyait coupable de je ne sais plus trop quelle infraction au réglement. On s'étonna, car l'inculpé était l’un des meilleurs écoliers. Peu après, M. Maingui réalisant sa méprise, n’hésita pas à faire amende honorable et à réparer l'erreur en présence de toute la communauté. Cette punition imméritée, à laquelle l'élève eut le bon esprit de se soumettre, ne compromit nullement son avenir, puisqu'il a eu l'honneur, en 1896, d’être appelé au poste de premier ministre de la province de Québec.
Après avoir passé deux ans au Séminaire de Sainte-Thérèse, M. Maingui fut rappelé à Québec et nommé assistant-procureur. C’est dans cette position, plus en harmonie avec ses goûts
RP nr esse
et ses aptitudes, que la mort est venue le chercher cn mars 1878. Il dut enfin Capituler devant la maladie contre laquelle i] luttait depuis nombre d'années ; mais il Pouvait se rendre Je témoignage de lui avoir disputé le terrain pied à pied, et d’avoir, grâce à un régime presque héroïque, retardé sa victoire une dizaine d'années au moins. Le Séminaire perdit en M. Maingui un mathématicien distingué, un auxiliaire dévoué et un Saint prêtre.
Les conirères de la quatrième que l’à- 8e retenait à la salle des petits eurent Pour premier régent, M. Victor Légaré, Il n'était pas encore prêtre, mais il allait bientôt le devenir. Ses désirs se réalisèrent le 22 février 1863, jour où il fut ordonné, en même temps qu’un confrère plus jeune, M. F.-X. Delage. Le lendemain, il dit sa Première messe à la chapelle du Séminaire, et Communia les membres de sa famille. Georges Fraser, successeur de L.-N.
Bégin comme organiste de la communauté, était à l’harmonium, accompagnant Isidore Belleau qui, alors, avait un osier de rossignol. Les servants de messe, l'organiste et le soliste étaient tous des élèves de la salle que présidait M, Lé. garé.
M. Delage monta dire Sa première messe à Charlesbourg, Sa paroisse natale.
Ces souvenirs me reportent à quarante-cinq ans en arrière, bien qu’ils soient d’hier, au compte de ma mémoire. Les enfants de cette époque sont aujourd'hui des sexagénaires, et les deux ordinands sont disparus de la scène de- Puis plusieurs années. Le premier est décédé subitement, en 1898, en son presbytère de Saint- Jean Chrysostôme : le second est mort à St-Roch de Québec, en 1905, et son corps repose mmaintenant dans l’église où il a fait sa première communion et cé‘ ré sa Première messe,
Le changement le Plus important, en 1862, fut la nomination de M. A. Légaré à la charge de Procureur, Je puis affirmer, en connaissance de cause, qu’il était difficile de mieux choisir, puisque de 1868 à 1872, j'ai été l’un de ses assistants. À
Le procureur du Séminaire de Québec est plus qu’un simple Procureur. Il est, à la fois, un ministre des Finances, des Travaux publics,de l’Agriculture, de la Colonisation, des Terres et Forêts de la seigneurie de la Côte Beaupré. On peut
même dire qu’il est Ja Pierre angulaire de la maison. Il peut, en effet, selon qu’il est Plus ou
moins qualifié, consolider le crédit et !:s œuvres de l'institution dont il est l'intendant, les maintenir à l’état stationnaire, ou les ébranler. Il est donc aisé de présumer les connaissances et les aptitudes multiples que requiert la bonne ad- Ministration de tous ces départements, par un seul titulaire, qui n’a peut-être jamais eu un nombre suffisant d’auxiliaires, Aussi, s’il a un peu de la sagesse et de la prévoyance du célèbre viceroi qui sauva l'Egypte de la famine, sous le règne des Pharaons; si, du moins,le dépôt qui lui a été confié continue à grossir, il a droit, il me semble, à l'honneur de figurer parmi les arrière-fondateurs.
Ces aptitudes et ces connaissances, M. Légaré les possédait dans une mesure qui n’a été dépassée que par M. Forgues. Lorsqu'il démissionna en 1879, les diverses branches de l’administration fonctionnaient parfaitement: leurs recettes l’emprr*sient notablement sur leurs dépenses; en un xt, la position financière du Séminaire n'avait jamais été plus enviable.
M. Légaré n'était pas ce que pouvait laisser croire son extérieur froid, quelque peu hautain et dédaigneux. Ce qui préjugeait ceux qui le connaissaient seulement de vue, n'était qu'appa-
rent. Cette impression s’évanouissait au premier contact avec la réalité. Paternel pour ses inférieurs, courtois et bienveillant pour ses égaux, respectueux pour ses supérieurs, tel il m'est
2Pparu—sans jamais se démentir—au cours de -
mon passage à la procure. Son humble auxiliaire, il l’a toujours traité avec une bonté qu’il n’a jamais oubliée, ni manqué de rappeler en maintes circonstances. Autoritaire, il ne l'était pas. Il a Pu le paraître à ceux que leur tempérament prédispose au rôle de courtisans, ou qui, placés dans les mêmes conditions, l'auraient probablement été; mais il n’a jamais fait plus que se tenir debout en toute occasion. Les caractères de cette trempe, plüt à Dieu qu’ils fussent moins rares !
M. Légaré a été un digne successeur de M. Forgues, cet ancien procureur que je suis tenté d'appeler le second fondateur du Séminaire de Québec. Que personne ne s’en scandalise !
Je l'ai bien connu, puisqu'il a été, dixsept ans, le curé de ma paroisse natale. Ses années de procure étaient souvent le thème de ses conversations. Les faits principaux de sa car. rière de procureur, il me les a plus d'une fois relatés en détail, de sorte que j'ai bien connu l'état financier du Séminaire, au début et
AS
it he
Étéstr at sos rmpn SA D DURS
MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)
(es mot # 90 USA (716) 482 - 6300 (716) 288 - Se Fe
or +
ec
à la fin de son administration. MM. Forgues et : Légaré ont été, dans mon humble opinion, les deux plus remarquables procureurs du Séminaïre pendant le dernier siècle,
M. Légaré démissionna en mars 1879. Il hésita beaucoup, et s’il fut resté à son poste, comme il l'avait promis à un vieil ami qu’il consultait Souvent, il aurait Peut-être mieux servi Ja politique administrative qu’il n'avait Pu. faire triompher. Mais, procureur depuis dix-sept ans; Plus au fait que ses collègues de la situation fi: nanCière du Séminaire, du montant annuel qui pouvait être affecté aux dépenses extraordinairés; convaincu que le projet de construction adopté par la majorité du Conseil ne pouvait manquer de paralyser les œuvres de l'institution ; probablement sollicité par des motifs d’ordre se: condaire, il crut devoir démissionner et quitter une maison qu’il avait aimée comme soi-même.
J'ignore s'il a été bon ou mauvais prophète... Quoiqu'il en soit, c'était son droit ; et en l’ex-
€rçant au détriment même de ses goûts et de ses intérêts personnels, il ne pouvait ni démériter ni se déprécier. Au reste, toute démission qui entraîne des sacrifices mérite au moins le respect. M. Légaré entra immédiatement dens le minis
tère paroissial, auquel ne prépare guère la charge de procureur, comme il s'en aperçut un peu tard.
M. Forgues démissionna lui aussi, dans une circonstance dont j'ai oublié les détails.
Sa malle, transportée déjà sur le perron de l’aile centrale, allait être expédiée à Saint-Michel, lorsque le supérieur, M. Casault, cédant sur le point controversé, pria M. Forgues de reprendre immédiatement ses fonctions de procureur.
M. Légaré a été Successivement curé de Saint- Denis, de Sainte-Croix, et de Beauport en dernier lieu. 11 démissionna en 1803, et se retira à THôtel-Dieu de Québec, où il est décédé en juin 1895.:
Sur la fin de la Première semaine de septembre nous fimes Connaissance avec le professeur d'anglais des classes supérieures. La première entrevue fut passablement houleuse. Il était à peine rendu à son siège, qu’un élève, livres sous le bras, se dirigeait vers la porte de sortie. La sentinelle ecclésiastique, qui montait régulière-
ment la garde pendant ce cours, lui demanda le mot de passe. « Je n'apprends pas l'anglais, répondit Paul» Les rires de la classe lui firent | 1: Is été inhumé à Beauport.
de ne HSE
comprendre qu'il était victime d'une mystification.
Le bonhomme Paxman, comme nous l’appelions in petto, s'installa, ajusta ses lunettes d’or, Ouvrit son missel, qui n'était autre que le « Modern history, » et débuta en nous faisant lire à tour de rôle. Ne pas défigurer certains noms qu’il prononçait Pour la première fois, eût été Presque miraculeux. Or, Pour plusieurs bonnes raisons, il ne faisait point de miracles. Ainsi, Pour ne citer qu’un exemple, le confrère Caron eut une fière peur lorsqu'il s’entendit appeler : « Master Carcnne. » Ne saisissant pas la différence qu’il y a entre Master et Miss, et voyant son: nom de famille féminisé, il se crut métamorphosé. Mais sa moustache, qu’il s'empressa de pal- Per, le rassura. Ces altérations de noms nous amusèrent si bien, que les soixante minutes de la classe anglaise furent totalement perdues. Ce charivari fut le premier et le dernier. La seule taquinerie qui resta en honneur, fut la prononciation des should et would à la canadienne. Nous
lui en avons servi à souhait tout le cours de l’année. Le bonhomme Sursautait chaque fois, et Paraissait aussi épouvauté que Saint-Jérôme méditant sur le jugement dernier.
M. Paxman était un beau vieillard, très instruit, parlant également bien le latin et l'anglais, mais ne sachant pas un mot de français. Il professait depuis nombre d'années lorsque nous avons commencé notre cours, et c’est peut-être un peu notre faute s’il a été mis à la retraite ‘année suivante. Le Séminaire, en reconnaissance de ses longs services, lui paya, sa vie durant, une pension qui lui permit de finir ses jours sans se préoccuper du lendemain.
Rien de remarquable à noter pendant les quatre premiers mois de l’année 1862-1863. A part la retraite qui commença le 8 octobre et fut prèchée par le R. P. Royer, O.M.L., on tourna dans
le cercle ordinaire : Promenades à travers Québec, les jours de congé, à l’est, à l'ouest, au nord et au sud.
La monotonie du premier semestre fut rompue pour la première fois ie 8 janvier, qui fut en quelque sorte un jour de fête. Il y eut d’abord la séance solennelle de la collation des diplômes universitaires, présidée par M. Taschereau, deuxième recteur de Laval, en présence d’une foule de prêtres et de laïques. Le docteur Hubert Larue prononça l'éloge du premier recteur, dont il avait été l'élève et le protegé. Il dût intéres-
ser, car j'ai souvenir qu’il était fréquemment * applaudi.
” La crilation des diplômes rminée, le prix du Prince e Galles, fondé en 1860 par celui qui règne aujourd’hui sous le nom de Edouard VII, fut donné pour la première fois. Le lauréat était un jeune abbé qui venait de prendre la soutane après un brillant cours d’études. Il ne devait plus s’arrêter dans sa marche ascendante. Il est actuellement archevêque de Québec, et il n’a probablement pas erièore complété son cursus honorum.
Sur l'invitation du recteur, une bonne partie de l’auditoire prit ensuite le chemin de l’ancien 1e chapelle pour assister au dévoilement du marbre drapé de deuil, érigé à la mémoire de M. Le-J. Casault, et au Libera solennel chanté à cette occasion. Mgr. Baïillargeon présida cette cérémonie religieuse. , Le marbre a eu le sort de la chapelle que nous aimions tant ; mais l’œuvre du fondateur de Laval ne cessera de rappeler son nom aux futures générations.
Pendant l'hiver de 1863, la Société Laval passa Par une crise qui se termina Par la suspension ‘emporaire des séances, A la suite d’une cabale parfaitement organisée, Théodore Jobin, simple
rhétoricien, fut élu président, et Cyrias Pelletier, élève de philosophie junior, fut nommé secrétaire. On soupçonne aisément ce qui arriva. La querelle s'envenima au point que le directeur de la Société vint publier, au milieu d’une séance, le décret de suspension. Aux membres qui s’avisèrent d’applaudir, M. Méthot, répliqua « qu’il n'était pas venu mendier leurs applaudissements, » et s'empressa de disparaitre. Ce fut le signal d’une salve d’applaudissements prolongés.
La meilleure tactique d’un secrétaire élu dans de semblables conditions serait plutôt d’accepter gaiement la position à laquelle il est nommé, de remercier ses électeurs de l’honneur qu'ils lui ont fait, et de remplir ses fonctions jusqu’à une prochaine élection. S'il montre du dépit, et refuse d'agir comme secrétaire, le but de ceux qui n'avaient d’autre intention que de l’agacer est alors atteint.
Ceite crise de la Société Laval était la deuxième du même genre, et ne devait pas être la dernière. Elle se renouvela, en 1866-1867, dans des conditions identiques. Le docteur M. Fiset, qui a toujours été un belliqueux, fut l’un des princi- Paux organisateurs de cette élection, qui aboutit à la nomination de L-N. Belleau comme secré-
taire, et à celle d’Apollinaire Gingras, comme président. Le premier était élève de philosophie junior, et le second, élève de rhétorique. Plusieurs amis de ce confrère démissionnèrent immédiatement.:
La fête la plus mémorable de l’année scolaire 1862-1863 fut celle du deuxième centenaire de la fondation du Petit Séminaire de Québec. Rien ne fut épargné pour la rendre aussi grandiose que possible.
Le dimanche précédant le 30 avril, le curé de Québec, M. Auclair, dont les prônes étaient toujours admirablement tournés? fit l’historique sommaire de ce Petit Séminaire où il avait étudié, rappela les services qu’il avait rendus, et lut ensuite le programme de la fête, à peu près
1. La Société Laval a été fondée en décembre 1851 ; la Société Saint-Denys, en décembre 1852 ; la Société St. Louis de Gonzague, en 1858 ; et la Société Ste-Cécile, en mai 1869.
2. Il réussissait aussi assez bien dans le genre sermonnaire ; mais une gêne naturelle qu'il ne put jamais dompter, lui joua parfois de mauvais tours. Prêchant un jour sur l’observance du dimanche, il s'emméêla au point de dire « qu’il fallait travailler au moins trois heures pour ne pas pécher mortellement.» I1 était plus dans le vrai lorsqu'un lapsus linguæ lui ft dire qu'on devait, pendant les Quatre-Temps, demander pardon à Dieu des péchés commis pendant la dernière session,
dans les termes suivants: messe de commnnauté, dans la chapelle du Séminaire, à 7.30 heures; grand’messe pontificale à la cathédrale, sermon et Te Deum, à 10 heures; présentation d'adresses dans la cour de la deuxième salle, à l'issue de BP. messe; Salut solennel à la chapelle du Séminaire, à 5 heures de l'après-midi, puis concert dans la salle des promotions.
La messe de communauté fut dite par M. Granet, supérieur des Sulpiciens ; la grand’messe fut chantée par Mgr Baïllargeon; l’allocution fut prononcée par M. Antoine Racine, alors desservant de St-Jean-Baptiste, de Québec, et l’adresse des citoyens de Québec fut lue par Philippe Jolicœur, pro-maire de Québec;.celle des membres catholiques des deux Chambres du Parlement de Québec, par J.-E. Turcotte, président de l’Assemblée législative, puis celle du clergé diocésain, par M. F. Cazeau, vicaire général ; la Bénédiction du Saint-Sacrement fut donnée par le curé de N.-D. de Lévis, M. Déziel.
Le concert du 30 avril 1863 est peut-être le plus beau qui ait jamais eu lieu à l’Université Laval. Le chant et la musique furent superbes. Les discours, prononcés par MM. C. Légaré et P.- J.-O. Chauveau furent éloquents comme celui