‹ Les étapes d'une classe au Petit séminaire de Québec, 1859-1868 [microforme]Chapitre 6 sur 36 · CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CINQUIÈME

La rentrée du 3 septembre.—Liste des 47 élèves de cinuième.—Les finissants de 1862.—Le personnel du | ro eue sv és et prêtres auxiliaires, — M. Bureau, ancien gent.—M. D. Vézina, tent seur de cinquième.—Les finissants de 1858.—Le passage à Québec du prince Napoléon,—Retraite annuelle prêchée par le R. P, Connillault, S. J.—Visite officielle de Lord Monck,—Un chat installé À la salle d'étude. —Création d'un bataillon de 75 carabiniers. — Collision entre un carabinier etun pr tre, — Accident dant les manœuvres du bataillon à Maizerets.— cès de M. Ls.-J, Casault.—Son œuvre capitale, — La fête nationale de 1862, —Distribution des prix, — Discours d’adieu par L.-N. Bégin.--Sortie le 9 juillet.

L ES écoliers de ma décade étaient—d’une ma-

nière générale—moins privilégiés que ceux d’aujourd’hui. Les vacances d'été, maintenant longues de dix à douze semaines, —sans compter celles du jour de lan,—duraient alors six semaines au plus. Ainsi, en 1861, la sortie avait lieu le 10 juillet, et la rentrée le 3 septembre. Ilest même arrivé—en 1863—que nous sommes sortis le 15 juillet, Ordinairement nous partions en vacances après les plus fortes vagues de chaleur.

Le peuple ailé, dont l'instinct est Pourtant le seul guide, émigre invariablement lorsque la bise commence à souffler, et nous le printemps.

née tous les an

revient seulement avec Mais cette leçon de choses, don- S, Passait inaperçue. Cette innovation, maintenant Passée dans Jes mœurs, eut fort scandalisé si quelqu'un s'était avisé de l’avocasser.

Le quatre Septembre 1861, le quième, M. Vézina, Constatait, avec une

pilote de la cinassis à la Poupe de sa barque, évidente Satisfaction, qu’elle comptait un équipage de Quarante-sept mousses. Nous avions, il est vrai, perdu onze confrères, enu quatorze, Numérimême classe; mais sa blement modifiée. On

€ En Purcourant Ja liste

et Surtout en la CoMmparant avec la pré-

mais il nous en était surv duement, c'était bien Ja physionomie s'était passa s’en rendra mieux compt officielle, cédente.

Les duarante-sept élèves de la cinquième de

1861-1862 étaient : Utric Bélanger, .-N. Belleau, F. Bernier, B. Blouin,

Ed. Burroughs, E. Ca-

Grenier, M. Guay, Em. Huot, Ed. Huot, Ed. Ladrecque, Chs. Lavoie, J. Lavoie, L, Latulippe, D. Lemieux, S. Marmette, L. Marticotte, S. Michaud, J.-B. Morissette, Elz. Morissette, N. Pa- Quet, T. Paré, E. Patton, A. Robitaille, P. Roy, J-P. Sexton, J. Simard, Ed. Slevin, Jules Taché, Ed. Trudel, O. Turgeon, E. Vaillancourt 1

Sur les quatorze nouveaux compagnons de route que nous comptions, cinq: Darveau, Déziel, Fortier, Gosselin, Lemieux et Sexton, devaient figurer parmi les finissants <e 1868. Bien que fort éloignés encore du terminus, ils formaient déjà un groupe de quinze. Sans l’+-ence temporaire de deux Lévisiens, Beaulieu et Fraser, qui avaient préféré faire leur cinquième au collège de leur ville natale, ils eussent été au nombre de dix-sept. Peu à peu la classe prenait son assieite' définitive, et bientôt notre petite famille allait se trouver au complet. Quant au personnel du Séminaire après les vacances, très peu de changements à noter parmi les professeurs et les régents, M. Méthot était, à nouveau, chargé

1. Finissants de 1862: L.-N. Bégin, Archevêque de Québec ; H. Constantin, prêtre, A, Lapointe, A, Me. Donald, prêtre, Lucien Moreau, médecin, Honoré Paquet, prêtre, P. Savoie, prêtre, Aug. Vézina, notaire.

de la rhétorique 5 M. Huot étai sième par M. Ls. Beaudet, e de sixième, M. Auger, Doherty.

Les auxiliaires de M.

de la salle des grands, e régent de la salle des pe

garé, A. Pelletier, D.

berté, et P. Doherty.1 M. Bureau, dont ses anciens sujets ont conservé un si bon Souvenir, avait cédé Son bâton de

maréchal à M. Maingui, et était entré dans le mi-

nistère paroissia]. Nommé au vicariat de Chartes.

bourg en 1861, il était l’année suivante promu à

la cure de Sainte-Agnès, située en arrière de ja Malbaie. En route

rénCOntra un futur

t remplacé en troit notre professeur avait pour Successeur, M.

Maingui, Premier régent t de M. Auger, premier tits, étaient MM. V. Lé- Vézina, J. Martin, N. Lali-

te en lui disant : « Sainte-Ala plus laide Paroisse du dio-

1. Pendant l'année 1861-1862 les prêtres agrégés 6taient : MM. Tascherean, Gingras, Buteau, Méthot, Laverdière, Audet, À. Légaré, Hamel et C. Légaré,

Les prêtres auxiliaires étaient : MM. Baillargé, Brunet, Stremler, Laliberté, Roussel, Beaudet, Chandonnet, Maingui, Dumontier et Gonthier, Les deux derniers résidaient au collège de Lévis,

a 4 — cêsé. Bién qué j'y réside depuis vingt ans, je m'y enhuié encore autant qu’à mon arrivée.» Heureu-

On m'a raconté que le premier curé de Sainte-Agnés, en 1835, n'y tenant plus au bout de quelques semaines, était remonté à Québec, armes et bagage, précédant sa démission qui, elle, cheminait avec la malle, Si, avant de déserter son poste, il était allé frapper à la porte du tabernacle, comme un confrère que j'ai connu, et prévenif lé Bon Dieu qu'il partait le lendemain s'il n’enchaïnaït je démon de l'ennui qui l'obsédait sans trève ni merci, il aurait probablement été délivré comme ce dernier. L'église et le presbytère dé Sainte-Agnès sont blottis au fond d’une espèce d’entonnoir, d’où l'on n’aperçoit qu’une

r bien qu’à um dé:

avisé a dû être retenu en Quarantaine avant d’entrér dans le port de l'éternité bienheureuse, Notre professeur était l'un des finissants de

1858, et non le moins brillant d’une classe qui

Parce que le Conseil du Séminaire, sur la fin de l'année, avait décidé que cet examen, volontaire jusque là, serait dorénavant obligatoire, Après s'étre attardé un an sur son ile-aux-Grues, il ui fallut cependant venir Passer—à la suite de ses

Condisciples—sous jes fourches i Sans

cette formalité, Pas d'admission au Grand Séminairet ;

Ce simple fait indique suffisamment la trempe de ce caractère intransigeant,combatif,« craignant

TS

Dieu et n'ayant d'autre crainte, » enthousiaste et.prèt à tout sacrifier —il l’a prouvé plusieurs: fois—pour le triomphe de l'idée, du principe, ou de la cause qu’il épousait et à laquelle il jurait fidélité, Dans un siècle de persécutions, il n’au-rait pas manqué de cueillir la palme du martyre. Si les délateurs eussent oublié de le dénonçer, il se serait rappelé à leur souvenir, et n'aurait même pas craint d’apostropher les tyrans couronnés de l’époque, et de crier sur leur passage « Vive les chrétiens ! » :

Ces tempéraments génent et incommodent parfois; mais ils sont généralement francs, loyaux, riches de dévouement et d’abnégation. Ils seront même héroïques jusqu’à la folie si, au lieu d'étre brisés comme verre, ils sont compris et dirigés. IL est bon qu’il y en ait, quoique l’on pense; d'autant plus que les âmes de cire molle, courtisanes de tout ce qui peut servir leur ambition et leur intérêt, prenant instantanément l'empreinte de tous les milieux ambiants,seront toujours légion. D'ailleurs, chacun son.goût ; mais il n’a pas tout à fait tort, il me semble, celui qui préfère les natures viriles à celles qui ne le scnt que par le sexe, On a compris, sans qu’il faille insister davan-

la quantité dans la

—$53— cent mille fois, Bien plus, il nous préchait d'exeunple ; il exagérait même l’accentuation, espérant sans doute nous mieux convertir. Hélas ! il parlait à des sourds. Les notes de Villemeureux leur paraissaient si longues qu’ils remettaient toujours au lendemain. La crainte du ridicule—l’une des multiples formes du respect humain—paralysait les langues et annulait les velléités de tenir compte de la quantité, Ces recommandations, il n’a cessé de les faire, toute l’année, avec la même bonne humeur. M. Vézina quitta le Séminaire sur la fin de l’année scolaire 1864-1865, et débuta dans le ministère paroissial par le vicariat de St- Nicolas. Lors de l'érection du diocèse de Rimouski, en 1867, il cessa d'appartenir au clergé de Québec, et devint bientôt l’un des prêtres les plus en vue du nouveau diocèse. Il était curé de St-Germain de Rimouski, et semblait devoir four-. nir une longue carrière, lorsqu'un incident imprévu le fit brusquement démissionner et prendre sa retraite, il Y a sept ou huit ans. Notre ancien professeur est décédé à l'Hôpital Général de Québec, le 7 décembre 1906, et a été inhumé sous la coupole de l’église des Trois-Pistoles, dont il a doté cette paroisse pendant qu'il en était le curé.

Mentionnons d’abord une visite que nous a-

religieux du fameux

ciellement. Cependant, Par déférence Pour le con sul français, Gauldrée-Boileau, il consentit à Jui faire visiter Jes musées et le Pensionnat de J’Université, On le fit entrer dans la chambre d’un élè de mieux juger, et i] fit

La préparation él le, qui s’ouvrit le

vait les jeunes pas mal remuants. Aussi, plusieurs fois, au cours de chaque instruction, on l’entendait faire appel à leur bonne volonté dans les termes suivants: « Allons les petits, un peu d’attention, s’il vous plait.» Il ne put réussir à nous faire oublier le R. P. Baudry.

Enfin, à notre grande satisfaction, novembre nous donna une journée qui rompit la monotonie ordinaire. Le 26, le Petit Séminaire avait lhonneur de recevoir la visite officielle de Lord Monck, notre nouveau gouverneur général. Les deux adresses présentées furent lues: l’une par Joseph Lajeunesse, élève de seconde ; l’autre par Guillaume Giroux, élève de troisième, et maintenant ancien curé de Saint-Ambroise. Le congé traditionnel fut sollicité par Adolphe Poisson, élève de sixième, aujourd’hui régistrateur d’Arthabaska, et qui alors, n’était guère plus qu’un infiniment petit.

La plupart de nos confrères se rappellent sans doute une autre visite que nous reçümes le même jour, à une heure très matinale. Le personnage était un monsieur Rodillard, que nous œouvämes installé sous l’un des pupitres de la salle d’étude. Tout chat qu’il fut, comme il ne portait pas le capot à nervures blanches, il fut accueilli par

un folle général, Aussi il décampa immédiatement, en protestant dans Son patois. Cet incident fut naturellement l’occasion d’un beau ta- Page qui dura bien le temps d’un Deo gratias. Décembre 1861 nous

inattendues. On se ra qui, durant Ja &uerre de aux prises John Bull et nada, vu sa “position Séographique, s'attendait donc, de jour en jour,

américaine,

Pris d’une fièvre mili d’un bataillon de s0ixan

ques semaines plus tard principe, et le choc

inua pas moins de vivre ire, il ne fut licen-

et, si j'ai bonne mémo:

cié que trois ou quatre ans plus tard. Il est certain que sa tenue était remarquable, et qu'il faisait bonne figure aux parades. Bien qu'il n’ait jamais manœuvré sur aucun champ de bataille, et qu'il ne compte ni victoires ni défaites, son histoire ne Manque pas d'ivtérêt. Mais comme elle ne peu‘ entrer dans le cadre rétréci de cette MOnOgraphuc,10tons seulement deux incidents, ou mieux, deux accidents dont il fut l’occasion.

Le premier accident fut une collision entre l’un des soixante-quinze carabiniers, Michel Fiset, aujourd’hui médecin à St-Sauveur, Québec, et un prêtre du Séminaire, M. Michel Méthot. Elle eut lieu dans le corridor qui conduisait à l’arsenal, au premier de l'aile incendiée er, 1865. Le choc—que Fiset aurait pu éviter, en déviant seulement de dix Pouces, fut suiv: d’une explosion qui atteignit le bataillon tout entier. :!eureusement, il n’y eut ni morts ni blessés, et chacun sup- Porta gaiement cette pluie d'orage,

Tous les ans, avait lieu ce que nous pouvons appeler les grandes Manœuvres. À l'aube de cette journée Militaire, fixée généralement le 24 mai, fête de la Reine, ou le 24 juin, le bataillon partait pour Maizerets, musique en tête, Carabines sur l'épaule, en un défilé irréprochable. Les pré-

Ce fut pendant l’une de ces Parades, en juin 1863, qu’un confrère faillit être incendié. Les Cadets évoluaient et manœuvraient 2:; commandement avec uñe précision Parfaite. Des figures

ufruitier du Capot était M.F..

X. Gosselin,actuellement curé de Lévis. I] conserva son habituelle tranquillité d’âme, et fut même le Premier consolateur du franc-tireur confus et humilié, Ce dernier est devenu plus tard le lieutenant gouverneur de sa minuscule Province, l’île

Pour ce jour-là. Aussitôt les lignes se resserrèrent, 1es rangs se formèrent et le bataillon se mss sant de nouveau, alla déposer les armes à l’arsenal improvisé, à

Si ce bataïïlon n’eût jamais été licencié il au-

rait aujourd’hui Auarante-six ans. Après avoir

il, il a été ressuscité et vivre longuement. Avec l'excellent gymnase que les élèves ont maintenant à leur disposition, les éléments nécessaires à leur Culture physique ne font plus défaut, La gymnastique, on ne Peut que s’en féliciter, entre de plus en plus dans nos mœurs ielle est maintenant regardée par les directeurs de nos collèges comme un moyen de procurer des récréations saines et honñêtes, On Comprend mieux qu’il faut rendre plus intense la vie du pensionnat, et développer chez les jeuns gens les qualités physiques et morales Propres à en faire des hommes d'action.

Le 5 mai 1862, le Séminaire était plongé dans le deuil par la mort de l’un de ses membres les plus distingués, M. L.-J. Casault. Ce fut probablement parce que le fondateur de l'Université était mourant que la soirée musicale et litté-

raire du 30 avril n'eût Pas lieu.

L'ancien recteur, qui me semblait bien vieux, n'avait sependant que cinquante-quatre ans. Les apparences lui ont toujours prêté plus d'années qu’il n’en comptait. C'est un fait que l’on constate S&énéralement chez jes tempéraments maladifs. Or, si la Providence l'avait richement doté au Point de vue intellectuel, elle ne lui avait donné qu'une bien pauvre santé. Sous une enveloppe qui trahissait des souffrances physiques presque continues, il cachait une âme éprise d’idéal, un esprit ouvert à tout ce qui est beau, grand et noble, une volonté d'acier. C'est ce qui explique que ses journées, sans être mathématiquement ordonnées comme celles du cardinal Taschereau, étaient néanmoins bien remplies, et qu'il menait à bonne fin tout ce qu'il mettait sur pieds.

L'œuvre capitste de Sa carrière a été la fondation de l'Université Laval. Sans doute, il n’en à pas eu l’idée Première, il a trouvé en MM. Taschereau et Forgues des collaborateurs qui l'ont Puissamment secondé, mais il n'en est pas moins le principal fondateur Sans amoindrir Je mérite de ses deux lieutenants, on Peut affirmer qu’il à été le « Deus ex machin » de cet impérissable monument.

$ M. Casault était un silenciéux, ét Les inémbrés de cette caste manquent rarerhent d’être inis au nornbré des sages ; mais je Prestige dorit il” jouissait était tniquérient ja résultante d’üné inContéstable supériorité. Elle se manifésta de boñne hèure, éar on raconte que M. Jérôine Dérhers, étant supérieur du Séminaire, lé méntionria en Pleit examen public, coimie «le méilléist élève qu’il eut encore rénéontré. » M. Cäsault n’a pas seulement brillé au Petit Séminaire, mais dans toutes les positions qu'il a occupées, et il a laissé un nom qui ne fera que grandir dans l’histoire de notre pays.

Pendant les deux derniers mois, les jours se suivirent, et se ressemblèrent plus que jamais. Les écoliers, tout entiers à la préparation de leurs <xamens, ne se permettaient d'autre distraction que de jeter un coup d'œil sur leurs calendriers fin d'année, et de biffer Chaque soir la journée qui venait de finir. La fête nationale même ne fut pas célébrée avec la pompe accoutumée, I] n’y eût ni banquet ni discours. Les écoliers firent mieux,ils donnèrent en faveur des incendiés de St Jean-Baptiste de Québec le montant collecté pour célébrer la fête suivant le cérémonial traditionnel. Le bataillon, qui s'était rendu en armes à

médiatement leur feuille de route, bien que la sortie officielle fut fixée au 9 juillet,

CHŒUR DE L'ANCIE

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